Un roman de la collection Maigret, datant de 1932, édition de 1976.

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THÈME : Le commissaire Maigret est victime d’un accident dans un train. Ramassé par terre, il se retrouve à Bergerac, dans une chambre d’hôtel où on s’efforce de le soigner. Il apprend qu’un fou erre dans le pays en commettant des meurtres. En observant par la fenêtre et en discutant avec ses visiteurs, il collecte des détails. Peu à peu, il reconstitue les événements qui troublent la ville, cerne la vérité. De son lit, il traque le coupable et ne va pas tarder à l’identifier.

MON AVIS : Les artistes ont des particularités. Normal, ils sont artistes. Dans le cas contraire, ils seraient balayeurs. Parmi les particularités, il y en a une qu’on ne peut généraliser, mais qui est assez répandue. Celle de se fixer des gageures et de les tenir. Une sorte de pari, avec les autres et avec soi-même. Une façon de s’imposer son propre exercice de style.

En guise d’exemple, on se souviendra de Howard Hawks pariant avec Hemingway qu’il ferait un film avec le plus mauvais récit de l’écrivain. Un engagement abracadabrant. Le résultat en fut « Le port de l’angoisse », grand classique du cinéma. Ou bien Hitchcock déclarant tranquillement qu’il allait tourner un film se déroulant intégralement sur un canot en pleine mer : cela donnera « Lifeboat », un chef-d’œuvre. Bref, les artistes s’imposent ces choses-là, peut-être par défi, peut-être pour se prouver des choses.

Simenon s’est fixé une gageure. Il raconte une nouvelle enquête du commissaire Maigret, à la poursuite d’un tueur en série dans la région de Bergerac. Mais pas de randonnée interminable pour trouver les indices : au contraire, Maigret est immobilisé sur un lit, dans une chambre. Il ne peut se déplacer. Ses seuls moyens d’action sont d’observer par la fenêtre et de recevoir des visiteurs qu’il interroge. Naturellement, nous en concluons tous, et logiquement, que jamais il ne pourra de la sorte démasquer un fou qui erre dans la nature. Le pari de Simenon est de nous prouver le contraire.

Il y parvient. Peu à peu, la trame se reforme sous nos yeux. Sans bouger de sa chambre, le commissaire parvient à aligner la chaîne des événements. Ah, je devine l’objection de certains, et je la partage : oui, la façon dont le commissaire renoue les fils de l’intrigue se révèle parfois un peu tirée par les cheveux. Soyons francs : les lecteurs de l’époque s’en sont-ils souciés ? Simenon avait son lectorat, de même que Sartre avait le sien. Chacun son truc, dit-on familièrement.

Gageure, exercice de style, ce « Fou de Bergerac » est donc à part dans la collection. Ici, pas de parcours à travers Paris, pas de bistrot pour s’envoyer de la bière, pas de filature. Tout est confiné dans une chambre d’hôtel. Pourtant, c’est bien du Maigret et on retrouve son univers, même par intermittences.