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Un roman de Georges Simenon, publié aux Presses de la Cité, édition de 1957.

THÈME : Le commissaire Maigret est à la retraite, quand un jeune homme vient lui faire une proposition étrange : l’accompagner à New York, où il craint pour sa vie. Maigret se laisse convaincre. Mais au moment où le bateau accoste, le jeune disparaît. Voilà le commissaire en retraite livré à lui-même, en plein cœur d’une ville qu’il ne connaît pas, où on parle une langue qu’il maîtrise à peine. Il ne peut compter que sur le soutien, bien peu appuyé, d’un ami du F.B.I. D’autant qu’il ne sait pas sur quoi il doit enquêter : la disparition du jeune homme ? Le meurtre d’un vieil Italien ? Le destin de deux musiciens débarqués 28 ans plus tôt ? Heureusement, son obstination légendaire lui permettra de franchir les obstacles.

MON AVIS : Les biographes de Simenon, et ils ne manquent pas, nous disent qu’il a vécu trois vies successives : une française, une américaine, et une suisse. Sans oublier sa jeunesse belge, naturellement. Je pense pour ma part qu’il en a vécu quelques autres, plus parallèles et plus discrètes. Mais nous en resterons à celles qui apparaissent à la surface.

Si ma chronologie est correcte, ce bouquin appartiendrait donc à la période américaine. On sait que Simenon, lassé de s’entendre reprocher d’avoir publié pendant la guerre, franchit l’Atlantique pour s’installer là-bas. Combien de temps dura son séjour au Nouveau-Monde, je ne le sais. Mais je sais qu’il y écrivit pas mal de livres. Notamment le fameux « Trois chambres à Manhattan ». Et « L’horloger d’Everton », adapté par Bertrand Tavernier. Et donc quelques Maigret.

Outre son implantation dans la cité des gratte-ciel, celui-ci nous réserve quelques éléments inédits. De façon surprenante, le commissaire est à la retraite. Maigret à la retraite, qui y aurait pensé ? Rien ne l’oblige à répondre à la sollicitation du jeune homme qui vient le visiter. Qu’il se laisse convaincre de replonger dans une enquête sans commission rogatoire et dans un pays étranger fait partie de ces trucs de la fiction qu’il faut bien accepter pour faire des romans.

Bref, voici notre Maigret national à New York. Il traîne son chapeau et sa pipe à Broadway et à Greenwich Village. Dépaysement. D’une telle ampleur que dans deux ou trois passages, il paraît presque ridicule. Sans doute une grande première. L’autre est qu’il accomplit presque un travail de détective privé, car on doit le répéter : il n’est mandaté pour aucune enquête officielle. Il devra déployer son imagination pour trouver des prétextes lui permettant d’interroger les témoins.

Finalement, le texte accroche. Bien sûr, les détracteurs nous diront que « c’est toujours pareil ». Oui, toujours les mêmes dialogues, les mêmes marches à pied, les mêmes ambiances. On admettra que Simenon n’a pas vraiment fait d’effort pour évoluer. En l’admettant, on ajoutera que cela ne changera rien. Avec ce style si particulier, il a dominé les rayons de toutes les librairies du monde pendant un demi-siècle. Alors, il n’avait aucune raison de se remettre en question.

Donc, le texte accroche. Du moins jusqu’à la fin. Parce que ce sera mon observation personnelle : si l’enquête en elle-même se révèle passionnante, le dénouement m’a paru en queue de poisson. Quel poisson, je ne le sais. Mais j’ai dû rater quelque chose, en constatant que l’histoire s’achevait alors que tout n’était pas dit. Bah, ce n’est pas bien grave : nous savons que Simenon avait sa conception de la chose. Sans doute meilleure que la mienne, si je compare ma carrière à la sienne. Alors, c’est forcément moi qui ai tort.

Surprenant, inattendu, et limite saugrenu. Tels sont les mots qui viennent à l’esprit. Ce bouquin a-t-il jamais été adapté, à la télé ou au cinéma ? Franchement, je l’ignore. J’en serais étonné, tant il s’éloigne de la série habituelle. Mais il existe, il nous montre un Maigret différent de celui que nous connaissons, et c’est peut-être une bonne chose, pour ceux qui lisent la saga simenonienne.