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Un roman de Georges Simenon, de la série du commissaire Maigret, datant de 1932.

THÈME : Le corps sans vie de M. Emile Gallet a été découvert dans un hôtel de Sancerre. Il s’agissait d’un représentant de commerce domicilié à Saint-Fargeau. Le commissaire Maigret est chargé de l’enquête et sa première surprise est d’apprendre que M. Gallet n’était plus représentant de commerce depuis dix-huit ans. Que faisait-il donc ? Maigret poursuit ses investigations et découvre que la victime était en fait un escroc : il soutirait de l’argent à des familles aristocratiques en employant un pseudo-journal royaliste. Cela n’explique pas pourquoi il était descendu dans cette auberge, juste à côté du château de M. de Saint-Hilaire, ni pourquoi son fils Henry Gallet traînait dans le secteur, accompagné de sa fiancée. Cela n’explique pas non plus pourquoi il avait souscrit une assurance-vie juste avant de mourir. Bref, le mystère s’épaissit. Pour l’éclaircir, Maigret doit absolument déterminer qui était réellement Emile Gallet et quel fut son parcours.

MON AVIS : Je sais que cette comparaison fera sourire, mais il existe un parallèle entre le commissaire Maigret et la série de SF Star Trek. Les premiers épisodes de Star Trek furent diffusés dans le désordre, provoquant des incohérences amusantes sur l’écran. Parce que la chaîne de télé n’attachait aucune importance à une série de SF. Pour Maigret, ce fut un peu pareil. Simenon avait écrit une rafale d’enquêtes du commissaire et l’éditeur Fayard eut l’idée incongrue (pour nous) de les publier dans le désordre. De sorte qu’on ne sait plus maintenant quel fut le premier Maigret, ou le deuxième, ou le troisième. Il est vrai que tout le monde s’en fout, à part quelques collectionneurs pointilleux.

On se contentera donc de dire que « M. Gallet décédé » faisait partie des premiers. On s’en aperçoit assez vite, car le commissaire porte encore un chapeau melon. Pour le reste, une lecture aujourd’hui s’avère passionnante et aussi un peu intrigante. En effet, nous voici replongés dans une France que nous ne connaissons plus, puisqu’elle a disparue depuis longtemps et à jamais. Il y a des poules dans la cour de l’auberge, on entend les sabots des chevaux, les personnes se disent « Monsieur » ou « Madame », on salue le châtelain du coin, on compte en anciens francs. Disons-le : c’est un peu déstabilisant. On aimerait bien succomber à la nostalgie, ce serait agréable. Seulement, cette France-là est définitivement ensevelie sous la poussière du passé. Alors, l’impression est étrange.

Si l’on revient au bouquin, il faut bien dire qu’il est formidable. Je comprends que les lecteurs de l’époque aient été fascinés au point de devenir fans absolus de Maigret. Chez Sherlock Holmes, le suspense est créé par des faits concrets et palpables. Chez Maigret, la démarche est toute autre : le suspense naît des émotions ressentis par les personnages. Ici, le commissaire se met à la place du mort, reconstitue son parcours en s’efforçant de retrouver les mêmes sentiments, et c’est ainsi que, peu à peu, nous voyons se reformer la chaîne des événements. Et ça marche. À moins de faire preuve de mauvaise foi, on doit avouer que le suspense est prenant.

Alors, on se dit que le livre est très bien, que le commissaire Maigret, c’était formidable, et on comprend qu’il soit devenu un personnage-phare de la littérature.