Le Blogue de Manuel Ruiz

23 juillet 2018

Terre des hommes - Antoine de Saint-Exupéry - Gallimard - 1939

893723712Un livre de Saint-Exupéry, datant de 1939, couronné par le Grand Prix du Roman de l’Académie Française.

THÈME : À travers une suite de récits, Saint-Exupéry évoque l’histoire de l’Aéropostale, une entreprise qui s’occupait de transporter le courrier entre la France et l’Argentine. Il raconte comment les pilotes risquaient leur vie en volant par-dessus le Sahara, ou la Cordillère des Andes. Il rend hommage à leur courage et s’interroge sur la finalité de ces exploits à la fois admirables et dérisoires.

MON AVIS : Saint-Exupéry publie « Terre des Hommes » en 1939, clôturant ainsi un triptyque entamé avec « Courrier Sud » et « Vol de Nuit ». Les trois livres sont très différents. Au contraire des deux premiers, celui-ci n’est pas un roman, mais une suite de récits sur l’histoire de l’Aéropostale. On peut cependant les considérer comme complémentaires.

Ce triptyque représente un sommet de la littérature du XX° siècle et a pris place parmi la culture générale. Bien sûr, je parle de nous, de notre génération. Parce que je ne pense pas que les jeunes connaissent ça, et je ne pense pas davantage qu’ils s’y intéresseraient. Le monde a tellement changé. Un avion qui décolle, ou qui atterrit, cela ne fait plus rêver personne. D’ailleurs, on se demande ce qui fait encore rêver les gens, à part la télé-réalité et le football (P.S. : je précise que j’adore le football). Alors, les récits de Saint-Ex ne sont plus vraiment dans l’air du temps.

Pour nous, c’était différent. Les aventures de l’Aéropostale faisaient partie de notre mythologie quotidienne. Nous les connaissions aussi bien que les BD qu’on achetait chaque semaine. Ces petits biplans fragiles survolant le désert nous fascinaient autant que les diligences des westerns. On rêvait avec ça, on voulait devenir un pilote de l’Aéropostale. Malheureusement, elle n’existait déjà plus. Mais Mermoz ou Guillaumet peuplaient nos esprits d’adolescents.

Maintenant, l’honnêteté s’impose. Nous savons aujourd’hui, grâce aux biographes, que Saint-Exupéry était le plus mauvais pilote du monde : les mécaniciens hésitaient à lui confier des avions, car il les abîmait tous, coulait toutes les bielles, cassait tous les trains d’atterrissage. Rien d’étonnant : il se destinait à la Marine, et ne travailla dans l’aviation que par hasard. En somme, l’épopée de l’Aéropostale a été popularisée, et glorifiée, par le plus mauvais pilote de l’Aéropostale. Nous vivons dans un monde étrange. Bah, tout le monde s’en fout, puisque cela a été enseveli par les sables du Sahara. Il ne nous reste plus que ses œuvres, la seule chose qui compte.

Alors, parlons de ses œuvres. « Terre des Hommes » est un livre majeur dans la littérature française. Absolument passionnant. Il occupe une telle place que certaines phrases de son texte sont entrées dans le patrimoine commun. Beaucoup de gens les connaissent sans savoir d’où elles proviennent :

Ce que j’ai fait, aucune bête au monde ne l’aurait fait.

L’homme se découvre quand il se mesure avec un obstacle.

Mais de temps à autre, respectable pour l’éternité, l’un d’eux ne rentrait pas.

Quand on se donne la peine de le relire (ou de le lire, plus simplement), on redécouvre que ce bouquin se présente comme un formidable album d’images, toutes inoubliables : les biplans conçus pour monter à cinq mille mètres alors que les Andes culminent à sept mille, les aviateurs coincés sur un plateau sans aucune issue pour redescendre, les pilotes perdus dans le désert constituant un cercle avec le contenu des carlingues afin de passer la nuit, d’autres survolant des volcans et des coulées de lave, et ce vieux sergent tout ému parce qu’il peut enfin parler à quelqu’un. Comprenez-vous pourquoi l’aventure de l’Aéropostale nous emballait tellement ? Comprenez-vous pourquoi un gamin de ma génération fut marqué à vie ?

Saint-Exupéry est un humaniste, mais pas un idiot. Les hommes, il sait ce que c’est. Et il n’oublie pas de rajouter quelques récits un peu moins enthousiasmants. Par exemple, ces pilotes naufragés et qui, au lieu de remercier les sauveteurs, les insultent en rejetant sur eux la responsabilité de leur accident. Même dans la plus belle aventure, les humains restent humains. Ces témoignages rendent « Terre des Hommes » encore plus fort et crédible. Cette chanson de geste est captivante justement parce qu’elle n’est pas idéalisée.

Il est vrai que j’ai préféré « Vol de nuit ». Mais celui-ci, dans un genre différent, participe autant de la légende de l’Aéropostale, de celle de Saint-Ex. Décollons vers le ciel.

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15 mai 2018

Auto-interview sur le troisième volume du Cycle de l'Etrange

http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/859090/s/le-cycle-de-l-etrange-27b37e797b/

M. Ruiz, bonjour ! 

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— Bonjour.

Alors, vous publiez un troisième volume du Cycle de l’Etrange ? Pouvez-vous nous rappeler de quoi il s’agit ?

— D’une suite d’histoires, de récits, de nouvelles, dont la plupart appartiennent aux genres du fantastique et de la science-fiction. À l’origine, j’écrivais pour un site internet, Anice-Fiction. Ensuite pour un feuilleton radiophonique. Aujourd’hui, j’écris pour moi. De temps en temps, je réunis mes textes en un gros volume, ce que je viens de faire.

Soit. Mais entre le deuxième et le troisième, celui-ci, il s’est écoulé un certain temps, voire un temps certain. Où étiez-vous passé ?

— Au même endroit que d’habitude. Simplement, j’ai fait autre chose. J’ai essayé d’écrire des romans et des scénarios, avec plus ou moins de bonheur. En plus, j’ai subi une mésaventure en perdant mon Artblog : la plate-forme a disparu. Du coup, je n’avais plus de support pour mes créations, à l’exception de Facebook. Voilà pourquoi vous avez l’impression d’une parenthèse.

Laquelle se referme. Il y a quand même un changement : celui de l’éditeur. Pourquoi ?

— Parce que j’en avais marre de me taper tout le boulot technique et de devoir en plus chercher un numéro ISBN. Horripilant. C’est pour ça que j’ai laissé The Book Edition et que je suis passé chez Edilivre. Au moins, le travail technique est fait proprement et ils s’occupent du numéro ISBN. En tant qu’auteur, ça fait du bien.

La photo de la couverture, c’est vous qui l’avez choisie ?

— Oui. Jolie, n’est-il pas ? (Rire) Elle reflète relativement bien le contenu, assez orienté science-fiction.

Jolie photo, en effet. Mais ce troisième volume, qu’apporte-t-il de plus par rapport aux deux premiers ?

— De plus, je ne sais pas. De différent, certainement. Il est vrai que ma création évolue. Je tourne le dos aux petits personnages isolés dans leur appartement pour aborder des sujets plus vastes. Une évolution qui suit probablement celle de ma vie personnelle. On se fait vieux, que voulez-vous. Je n’irai pas jusqu’à prétendre que je préfigure l’avenir de l’humanité, mais il est vrai que je m’interroge.

Vous présentez quand même un nouveau personnage : Charles Gramme, le moniteur de l’étrange.

— Oui. C’est mon steampunk à moi ! (Rire) En fait, il s’agissait pour moi de remplacer le cavalier Bringuier, que j’ai rangé au placard. Je suis très heureux d’avoir écrit des westerns fantastiques et je les trouve excellents. Mais je dois constater que le public n’a pas vraiment accroché. Sans doute le western ne fait-il plus partie de la culture. J’ai donc mis fin à la chevauchée de Bringuier et j’ai créé Charles Gramme, le moniteur de l’étrange. Franchement, je me suis régalé à écrire ça. J’adore le XIX° siècle, les haut-de-forme, les redingotes, les fiacres, etc. Charles Gramme évolue au temps de Victor Hugo et traverse des aventures étranges, parfois amusantes, parfois plus angoissantes. Cela me permet de retrouver la veine de Jules Verne et de Gustave Le Rouge. Si le public accroche, je continuerai avec plaisir.

En revanche, le capitaine Maxi et ses deux super-copines ont disparu. Que sont-ils devenus ?

— Ils sont en vacances dans une lointaine galaxie (Rire) ! En fait, le capitaine Maxi et ses deux super-nanas étaient le prototype de la fausse bonne idée. Au début, ça paraissait génial. Au bout d’un moment, on s’apercevait que ça tournait en rond. Alors, j’ai décidé d’arrêter momentanément. Je les ai mis en congé sans solde. Ils reviendront si je trouve un truc pour relancer leurs aventures. En attendant, le Cycle continue sans eux.

En-dehors de Charles Gramme et du commissaire Cresse, vous demeurez fidèle à vos histoires de science-fiction, avec spationefs et spationautes. Alors, vous y croyez encore ?

— De moins en moins. Grâce aux récentes découvertes scientifiques, nous savons que les voyages dans l’espace sont actuellement impossibles, à cause des rayons cosmiques et de quelques autres obstacles. Tout ce que nous racontons n’a donc aucune chance d’exister. Que voulez-vous que je vous dise, il faut bien raconter quelque chose. Il faut bien écrire, chanter, filmer. Alors, on continue. Soyons clairs : ceux qui lisent de la science-fiction se fichent que ce soit vraisemblable ou pas. Du moment que c’est joli…

Heureusement pour vous !

— En effet ! Le jour où le public deviendra réellement exigeant, on pourra s’inquiéter ! (Rire) Mais je crois que nous aurons le temps de nous laisser pousser la barbe !

En attendant, bonne chance pour le troisième volume du Cycle de l’Etrange !

— Merci, et en avant pour le quatrième !

 

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25 avril 2018

Le cerbère de la prairie (Jackman's Wolf) - Ray Hogan - Librairie des Champs-Elysées - 1973

IMG00459Un roman de la collection western du Masque (N° 80), datant de 1973.

THÈME : Un vagabond perd son cheval dans un accident et se retrouve perdu en plein désert. Il marche et parvient à un ranch isolé, où on lui accorde l’hospitalité, en échange de menus travaux. Ce qu’il ignore, c’est que les hôtes, April Jackman et son frère Clint, se trouvent dans une situation difficile : le grand propriétaire du coin, Frank Sutter, veut absolument racheter leur ferme pour une bouchée de pain, et il emploie tous les moyens pour y parvenir. Tous les moyens, y compris la violence. Bien malgré lui, le vagabond va se voir impliqué dans ce conflit. Cela l’amènera à révéler sa véritable identité et un passé tragique.

MON AVIS : Je crois l’avoir déjà écrit, quelque part sur ce blog : le drame de ma vie est que je n’ai pas vécu au Far-West. Je me suis trompé d’époque, de lieu. Je me suis trompé sur tout, et j’ai passé mon existence à chercher ma place, sans la trouver. Ma place, la vraie, elle était là-bas. J’aurais du naître vers 1825. À la majorité, j’aurais du atterrir du côté du Missouri. J’aurais du embarquer sur un chariot bringuebalant, suivre la Piste de Santa fé en cahotant, voir le soleil se coucher sur l’immense Prairie, manger autour d’un feu de brindilles, m’endormir en craignant une attaque des Indiens. J’aurais du aboutir à une ville de pionniers, parmi le bruit des forgerons et des charpentiers. Qu’aurais-je fait alors ? Bah, dans une contrée neuve, tout est à bâtir : j’aurais trouvé du boulot sans problème, et sans doute d’un genre inattendu. J’aurais vécu parmi les chevaux et les cow-boys, me déplaçant en diligence, guettant l’horizon en tremblant à l’idée de voir apparaître les silhouettes des hors-la-loi. J’aurais connu le Colorado, le Nevada, le Wyoming, avant les routes et les voitures. J’aurais été heureux, probablement, sûrement.

J’aurais du, j’aurais du… Mais je n’ai point. C’était ma place et je n’y étais pas. J’ai raté ça. Je me suis trompé d’époque. Du coup, je vais et je viens dans un monde qui ne me convient pas, et qui me considère comme un anticorps. Tant pis pour moi. Je ne peux vivre le temps de la Frontière qu’à travers le cinéma, et la littérature.

Bon, je papote, je papote, et je m’aperçois que je ne vous ai pas encore parlé du bouquin d’aujourd’hui. Je le qualifierai d’intéressant. En fait, au bout de quelques pages, on reconnaît assez vite la trame, et l’ambiance, de « Shane ». Ici, Alan Ladd est remplacé par un mystérieux vagabond aux mains gantées. Mais la description du ranch et de la ville de Cabezo correspond assez bien. Ray Hogan apporte néanmoins sa touche personnelle et la façon dont il implique le héros dans un conflit qui ne le concernait pas au départ se révèle franchement originale et bien amenée. Pour le reste, on ne voit pas vraiment de suspense, car on devine rapidement comment cela va finir. Aucune importance, puisqu’on aime le western et qu’on suit quand même. S’il est vrai qu’un western est un film qui se passe à la campagne, dixit Jean Rochefort, on est bien servis ici : nous sommes effectivement à la campagne, avec les troupeaux de bœufs, les broussailles, les genévriers. À la ferme, on coupe du bois, on répare les portes et les fenêtres, on mange des œufs au bacon. À la ville, en fait un village, on entre au magasin général pour acheter les provisions, au saloon pour s’envoyer une bière réconfortante. Un univers campagnard qui n’est pas le nôtre, mais auquel on s’attache, comme les personnages attachent leurs chevaux aux barres horizontales.

Alors, je me suis trompé d’époque et de lieu, je n’ai pas trouvé ma place, mais j’essaye de compenser. Vive le western, les amis !

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07 avril 2018

Des notes

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En ce moment, j'occupe mes journées à prendre des notes. Oui, pour ceux qui connaissent, une figure imposée de l'activité littéraire. Il faut prendre des notes. Une idée, un plan, un résumé, une phrase. N'importe quoi, mais des notes.

Pour ma part, j'en ai un tiroir plein. Et j'en fais encore. J'y passe même des heures. La vérité ? Eh bien, j'ignore totalement à quoi cela servira. Cela servira-t-il d'ailleurs à quelque chose ? S'il y a une réalité que j'ai appris dans cette activité, c'est que 90% de ce qu'on fait ne mènera à rien. Si les 10% restants mènent à un résultat quelconque, bien heureux. 

En attendant, je note, je note. Méthode Coué ? Sans doute.

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02 avril 2018

La déclaration AGESSA

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Ce week-end, je me suis acquitté d'une corvée annuelle, et rituelle pour un écrivain : remplir la déclaration à l'AGESSA. Vous savez : photocopies, stylo, etc.

J'avoue que cette étape me laisse chaque année un sentiment contrasté. D'un côté, il s'agit bien d'une corvée, ennuyeuse et fastidieuse. On est soulagé quand on s'en est débarrassé. D'un autre, il s'agit quand même d'un moment positif. Parce que, si on doit remplir ça, c'est la preuve matérielle qu'on est réellement un écrivain, et non pas un doux rêveur. 

On devrait donc s'en réjouir ? Bah, comme tout dans la vie, il y a deux versants aux choses. En tout cas, c'est fait, jusqu'à l'année prochaine.

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15 mars 2018

Le butin du hors-la-loi (The outlaw loot) - Paul Evan Lehman - Librairie des Champs-Elysées - 1976

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Un roman de la collection western (N°146), de la Librairie des Champs-Élysées, datant de 1976.

THÈME : Le jeune Bob Cody arrive en diligence dans la ville de Concho. Arrivée plutôt chaotique, puisqu’il se fait d’abord attaquer, avant d’apprendre que son père, qu’il croyait prospecteur, est en réalité un bandit recherché pour un vol de chargement d’or. Dur à digérer, d’autant que le meilleur ami de son père se fait tuer aussitôt après. Bob doit se lancer dans une enquête personnelle. Difficile, car le banquier local, Packard Kline, ne lui cache pas son hostilité, relayé en cela par le marshal du coin. Bob ne peut compter que sur la bienveillance de la ravissante Sally Burgess, qui se pose les mêmes questions que lui, et le soutien du mystérieux Kid d’Abilene, dont on ne sait si on doit vraiment lui faire confiance.

MON AVIS : Salut, les amis ! Puisque vous êtes quelques-uns à suivre ces chroniques de westerns. Oui, je suis là pour ça. Mais je vous avouerai que, dans ce cas, je me sens quelque peu embarrassé, car je ne sais pas trop quoi commenter sur ce bouquin. En fait, si vous désirez savoir de quoi il s’agit, il vous suffit de regarder la couverture et de lire le titre. Tout est résumé.

Il n’y a en effet aucune surprise là-dedans. Nous voici en présence du classique western standard. Une diligence, un bandit, un shérif plus ou moins digne de confiance, un héros jeune et vaillant, une héroïne belle et sensible. En le lisant, j’ai eu sans arrêt l’impression de voir un épisode de ces séries western que l’ORTF débitait le dimanche après-midi. Formaté, dit-on aujourd’hui. En gros, on se dit qu’on a déjà vu, ou lu, ça des milliers de fois. Parce qu’on l’a réellement vu, ou lu, des milliers de fois. Les péripéties sont archi-connues. Tout au plus peut-on souligner, par souci d’honnêteté, un certain suspense concernant l’identité du coupable.

Quand on arrive au bout, puisque j’y suis arrivé, on se sent partagé. D’un côté, ce bouquin avait parfaitement le droit d’exister, et je suis même convaincu qu’il trouva son public en 1976. D’un autre, on s’interroge : dans l’énorme production américaine de westerns de l’époque, n’y avait-il vraiment rien de plus à traduire ? Cela me rappelle justement ces séries américaines des années 60, dont on se demandait parfois qui les avait achetées. Sans doute une politique éditoriale qui nous échappe maintenant.

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13 mars 2018

Les Mines du Ciel (Moons for Sale) - Volsted Gridban - Fleuve Noir - 1955

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Le N°57 de la collection Anticipation, du Fleuve Noir, datant de 1955.

THÈME : En 1975, un grand savant tente une expérience audacieuse : modifier le cerveau d’un être humain pour développer toutes ses facultés mentales. D’autant plus audacieuse qu’il la tente sur son propre fils. Un quart de siècle plus tard, un mystérieux jeune homme appelé Slade prend place à bord d’un croiseur interplanétaire. Il semble détenir une science universelle, puisqu’il maîtrise toutes les matières. Suffisant pour attirer l’attention de Jerome, un homme d’affaires. Celui-ci engage Slade et le charge d’une mission quasi-impossible : récupérer le contrat de vente de Phobos, satellite de Mars. Impossible, puisqu’il faut pour cela affronter le redoutable gouverneur de la planète rouge, ce que personne n’ose faire. Slade va pourtant essayer, avec le soutien de la jeune secrétaire Zonia, peut-être plus intelligente qu’il y paraît.

MON AVIS : Ce bouquin, rescapé de 1955, porte témoignage de la formidable énergie créatrice de la littérature populaire de l’après-guerre. En effet, voici un numéro de plus (le 57) de l’énorme collection Anticipation qui en comptait des milliers. On serait donc en droit d’attendre le produit standard, vu et revu. Or, bien au contraire, on tombe sur un récit plutôt original. Un sujet de départ bien trouvé, quoique un peu vague. Naturellement, ce Volsted Gridban est totalement inconnu au bataillon, comme tant d’autres. Sans doute un pseudo quelconque.

On entame la lecture. Ensuite… Eh bien, ensuite, il faut bien s’apercevoir que le roman nous vient de 1955. Que voulez-vous que je vous dise, il s’agissait d’une autre science-fiction, d’une autre littérature. Et d’un autre lectorat, ne l’oublions pas. On se surprend à sourire quand la jeune secrétaire prend des notes en sténo. Bien sûr, l’auteur ne pouvait pas prévoir l’essor des ordinateurs et des smartphones ! Surtout, on se surprend à penser que tout cela s’avère quelque peu téléphoné et prévisible. Les évènements se succèdent tels qu’on les entrevoyait, jusqu’à un dénouement pas franchement novateur. Des considérations probablement injustes et déplacées : en 1955, ce bouquin devait paraître super-avant-gardiste.

Nos yeux contemporains ne le voient plus ainsi. C’est comme ça. Mais ce vestige est là, témoin d’une autre époque, celle qui a permis précisément à la science-fiction d’exister.

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20 février 2018

Douze tours de Vices - Julie-Anne de Sée - Tabou Editions - 2017

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Un recueil de nouvelles de Julie-Anne de Sée, aux éditions Tabou.

MON AVIS : J’ai déjà chroniqué Julie-Anne de Sée avec son roman « L’année des amours buissonnières ». Ici, changement de décor, puisqu’on sort du cadre du roman et qu’on entre dans le recueil de nouvelles. Douze, pour donner le chiffre.

Elles ne sont pas disparates. En fait, elles constituent une unité, car elles illustrent toutes un aspect, ou plusieurs, des sept péchés capitaux. Je sais bien que nous devons tous les connaître, mais au cas où, je les rappelle :

-L’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, la luxure, la gourmandise, la paresse.

Ces nouvelles embrassent (si j’ose dire) toutes les situations de la littérature érotique, depuis les rencontres sur la plage jusqu’aux messages sur les sites Internet. Une grande variété donc, dans les thèmes.

Cependant, je dirais que les récits ont peu d’importance. L’auteure nous propose surtout des exercices stylistiques, parfois de haute volée, à base de descriptions érotiques sans le moindre tabou. C’est bien écrit, raffiné, recherché. Bref, ça vaut la lecture, pour les éventuel(le)s candidat(e)s. Pour ma part, je l’avoue : je suis davantage client des romans, avec un début, un milieu et une fin. Je me sentais donc plus à l’aise dans « L’année des amours buissonnières ». Question de goûts. Ce recueil me convient tout aussi bien, car il a le mérite de proposer de la vraie littérature, avec un effort d’écriture. À lire.

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13 décembre 2017

Qui parle de conquête (Who speaks of conquest) - Lan Wright - Fleuve Noir - 1959

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Un roman de la collection Anticipation (N° 128) du Fleuve Noir, datant de 1959.

THÈME : Une expédition terrestre, menée par le capitaine Brady, a découvert l’existence de civilisations extra-terrestres très avancées. Plus exactement, il y en a une, les Rhiniens, qui contrôle la galaxie à travers les autres. Se sentant menacés, les Terriens choisissent de passer à l’attaque. Ils s’emparent de la technologie des aliens et déclenchent les hostilités. D’ailleurs, ils sont victorieux et deviennent à leur tour les maîtres de la galaxie. Du moins le croient-ils. Car le capitaine Brady va s’introduire dans un vaisseau isolé où une énorme surprise l’attend.

MON AVIS : 1959, ça remonte loin. À un autre siècle, au propre et au figuré. Les reliques que nous retrouvons de cette époque nous apparaissent comme des vestiges du Moyen Âge. Un peu dur, j’en suis conscient. Mais telle est la réalité.

Comme ce roman, par exemple. Un nouveau numéro de l’imposante collection Anticipation, du Fleuve Noir. Peut-être la plus énorme de la littérature populaire. Elle contient tant de volumes qu’on serait tenté de leur donner un numéro et de les aligner, tel un assemblement uniforme. Ce serait une erreur. Celui-ci en apporte la preuve. Naturellement, je ne connais ce Lan Wright ni d’Ève, ni d’Adam. Mais son bouquin vaut la découverte.

Certes, il appartient à un genre précis : la science-fiction militaire. En le lisant, j’ai beaucoup pensé à « Starship Troopers », ou à « Babylon 5 ». Surtout, j’ai pensé à « Dispergerums Antecesors », de mon copain A.J. Crime, chroniqué ici même. Oui, je sais bien que ce genre ne branche pas tout le monde. Je sais que cette succession d’opérations et de batailles dans l’espace peut devenir répétitive. J’ai moi-même ressenti cette impression. Un énième récit sur la lutte entre les Terriens et les Aliens ? Vous êtes tenté de stopper la lecture et de refermer le livre ? Ne le faites pas !

Parce que si vous allez jusqu’au bout, vous ne regretterez pas le temps consacré. La deuxième partie se révèle simplement passionnante. D’abord, le dénommé Lan Wright est superbement documenté : tous les détails qu’il donne sur les planètes et le cosmos sont d’une absolue précision. Convenons que ce n’était toujours le cas dans la SF de l’époque. Et puis, il y a le dénouement, vraiment génial et complètement inattendu. Un dénouement fort et d’une ironie féroce, qui pulvérise tous les discours sur la gloire et la puissance. L’auteur désirait-il transmettre un message ? Bien possible. Ce dénouement, à lui seul, justifie qu’on se tape les 186 pages.

Alors, un numéro de plus ? Sûrement pas. Ce bouquin surgi de la nuit des temps possède son originalité, son audace. Ici, les Terriens ne sont point des pauvres victimes sans défense. Bien au contraire, ce sont eux qui déclenchent la guerre en employant une ruse franchement condamnable. Une philosophie peu répandue en ce temps. Même si ce Lan Wright s’est englouti dans le trou noir du passé, son roman mérite d’être découvert.

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30 novembre 2017

June - Virginie Bégaudeau - La Musardine - 2017

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Un roman de Virginie Bégaudeau, à La Musardine, de 2017.

THÈME : 1973, aux États-Unis. June est une épouse insatisfaite et déçue. Son amie Elsa la convainc de tout quitter pour commencer une nouvelle vie. Voilà les deux femmes embarquées dans un van et qui parcourent le pays en toute liberté. Du moins est-ce ce que June croit au début. Mais très vite, Elsa lui avoue qu'elle l'emmène dans un endroit précis : la maison des Carpenter, mystérieuse demeure sur laquelle courent bien des rumeurs. Lors d'une halte, elles rencontrent Sacha. Celui-ci les prévient du danger de cette maison et leur annonce qu'il va les accompagner, afin de les protéger. Un peu plus tard, ils atteignent ce lieu énigmatique et font connaissance avec le maître des lieux, Adrian. La malheureuse June ne se doute pas du piège diabolique qui est en train de se refermer sur elle et qui va la mener aux limites de la mort.

MON AVIS : J'ai acquis ce livre au dernier Salon du Livre Erotique. J'ignore d'ailleurs si c'est le bouquin lui-même qui m'a interpellé, ou la poitrine de l'auteure. En tout cas, je l'ai pris. J'ai bien fait : alors que je comptais le lire peu à peu, je l'ai dévoré en un après-midi. J'en suis le premier surpris, mais il faut le dire sans détour : il est passionnant.

Cependant, une précision : contrairement à ce que laisserait entendre la couverture, il ne s'agit pas vraiment d'un road-movie. Moi-même, je m'attendais à « Thelma et Louise », ou « Easy Rider ». Or, le voyage en van n'occupe qu'une portion du récit. L'essentiel de l'intrigue se compose d'un huis-clos interminable et étouffant, dans une maison terrifiante que nous ne recommanderons pas aux lecteurs. Une fois la jeune June entrée, on se demande comment elle pourra en ressortir.

Pendant ce huis-clos, il se passe beaucoup de choses. J'ai bien aimé cet aspect : au rythme des péripéties, on découvre les différentes facettes des occupants de la demeure. La belle June elle-même montrera la face obscure de sa personnalité, et Elsa et Sacha aussi. J'avoue pourtant que le rôle exact d'Elsa est resté pour moi difficile à définir. Celui du mari de June également, mais il intervient peu.

Je ne peux pas prétendre que j'ai été dépaysé. 1973, j'ai connu. C'était mon époque, mon adolescence. J'ai retrouvé dans ce volume toute l'ambiance des seventies : le sexe, la drogue, le rock'n roll. Tout cela paraît si loin désormais. On s'imaginait vraiment que le futur serait meilleur. On s'est trompé, pas grave. Virgine Bégaudeau a le mérite de ne rien cacher des élément sordides de ce temps que nous mythifions un peu trop.

Je le répète : je l'ai lu en un après-midi. C'est donc qu'il accroche. Alors, accrochez aussi : ouvrez-le. Vous ne pourrez plus le refermer jusqu'à la fin.

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