Le Blogue de Manuel Ruiz

19 avril 2019

Dépôt de la déclaration à la SACD

57608880_10157330122354306_5405837913978044416_nHier, j'ai accompli, une fois de plus, le rituel qui clôt chaque saison des Chroniques de l'Etrange. Je suis allé déposer la déclaration de l'émission au siège de la SACD.

C'est un moment important pour nous autres. Il met un point final au travail sur une saison. Ensuite, on prend conscience que c'est terminé, et qu'il faut passer à autre chose.

Autre chose ? Mais quoi ? Je me donne le temps de la réflexion. Bonne journée à tous.

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12 avril 2019

Le secret de l'Espadon - Edgar P. Jacobs - Editions du Lombard - 1950

20880,blake-et-mortimer-le-secret-de-l-espadonUne BD d’Edgar P. Jacobs, d’abord publiée sous forme de feuilleton entre 1946 et 1949, ensuite sous forme d’album en 1950.

THÈME : Le monde est en danger. En effet, l’Empire Jaune a décidé de conquérir la Terre entière et d’y imposer sa loi. L’offensive est imminente. Une seule chose peut sauver la civilisation : une arme secrète, appelée l’Espadon. Le plan en est détenu par le professeur Mortimer et le capitaine Blake. L’Empire Jaune envoie alors un de ses agents, le démoniaque Olrik, pour s’en emparer. Blake et Mortimer doivent s’enfuir. De la possession du précieux plan dépend l’avenir du monde. Olrik les poursuit donc sans pitié, déterminé à le leur dérober. Le scientifique et le capitaine emploient toutes les ruses. Le but : rejoindre leur armée et construire l’Espadon, qui se révélera décisif dans cette Troisième Guerre Mondiale.

MON AVIS : Je ne vais pas vous mentir, puisque je ne le fais jamais. En toute franchise, je vous dirai que je ne suis pas sûr que Blake et Mortimer aient vraiment fait partie de mon enfance. J’ai plutôt l’impression que je les ai découverts plus tard, et intégrés à mon enfance avec le recul. Évidemment, je ne le sais pas. Je suis vieux maintenant, et mes souvenirs sont confus, ou peuvent l’être. Je ne me rappelle plus très bien, simplement.

Justement, j’ai révisé, pour me rappeler. Avouons-le : c’est génial, monumental. Pour certains amateurs de BD, « Le secret de l’Espadon » est le meilleur album de tous les temps. Bien sûr, ça se discute. Comme tout. Mais on peut effectivement parler de chef-d’œuvre du genre. Un chef-d’œuvre venu du passé, d’un temps où la BD balbutiait encore. Il paraît qu’Edgar P. Jacobs voulait faire un récit historique, mais qu’il y en avait déjà pléthore. Alors, pour se distinguer, il créa Blake et Mortimer. Tant mieux pour nous.

Plus de 70 ans plus tard, on rouvre l’album, et on est toujours impressionné. Le sujet est gigantesque, démesuré. Comment un homme a-t-il pu imaginer, puis créer, puis diffuser une histoire pareille ? Oui, il y avait le souvenir récent de la seconde guerre mondiale. Mais il a été le seul à le faire. Il fallait bien qu’il ait eu quelque chose en plus que les autres. Faire quoi ? Monter une troisième guerre mondiale, la concevoir réellement et à l’échelle juste, et la raconter avec la précision d’un reportage en direct. Oui, Jacobs a osé. Depuis, le principe a été repris et perfectionné. Au point de devenir un sous-genre entier de la science-fiction. Mais cela remonte à 1946, rappelons-le.

Planches jaunies par le temps, dessins portant la marque de crayons bien éloignés de nos ordinateurs, attitudes des personnages qui paraissent théâtrales aujourd’hui. En plus de ça, le texte est écrit en toutes petites lettres, rendant la lecture ardue ! Bref, tout incite à passer au large et à ranger l’ensemble parmi les antiquités. Or, je l’ai trouvé, moi, parfaitement lisible et captivant. Le récit est génial, voilà tout. Les différentes façons dont Blake et Mortimer échappent à leurs poursuivants m’ont semblé très plausibles, si on veut se souvenir que nous sommes dans le domaine de la fiction. Disons qu’on a vu plus bête depuis. Tiens, Blake et Mortimer : ils n’ont pas la bonhomie d’Astérix, la sympathie de Tintin. Ils représentaient une autre BD, plus froide, plus scientifique, plus en retenue. Une facette différente de cet art qui a tant marqué le XX° siècle. Bien sûr, il se trouvera les bachibouzouks de service, pour « dénoncer » la représentation colonialiste et raciste du Moyen-Orient et de l’Asie. Des nèfles. J’ai trouvé, moi, que la vision du monde développée par Jacobs était plutôt avant-gardiste pour l’époque.

En refermant le livre, on se prend à réfléchir. De la simple distraction pour ados ? On aimerait, on préférerait. Sauf que nous ne sommes plus en 1946. L’horrible État Islamique est venu nous rappeler que les craintes exprimées sur ces planches étaient bel et bien fondées. Si un nouvel Empire Jaune s’attaque à nous, y aura-t-il un Blake et un Mortimer pour nous défendre ? Espérons-le. Je n’y crois pas trop, et pressens plutôt que nous ne devrons compter que sur nous-mêmes. Raison supplémentaire pour relire « Le secret de l’Espadon » et suivre à nouveau nos héros sur la piste interminable de leur fuite désespérée. Le plus grand album de BD de tous les temps ? Bien possible.

 

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10 avril 2019

Déclaration annuelle à l'AGESSA

119640422_oLe week-end a été occupé, une fois de plus, par un rituel : la déclaration annuelle à l'AGESSA et à l'IRCEC.

Parce que la grande nouvelle est là : après délibération, l'AGESSA a maintenu mon affiliation. J'avoue que je m'inquiétais quelque peu, mais le cas est réglé. Je continuerai donc à marquer des points en vue de la retraite. Une retraite qui se profile déjà à l'horizon. Point positif.

Le moins positif est que mes cotisations continueront à être calculées en fonction du seuil légal (9200 euros), alors que j'ai gagné beaucoup moins. En somme, je paierai des cotisations pour de l'argent que je n'ai pas touché. Impossible de faire autrement.

L'important est là : je reste affilié à l'AGESSA. Avec la retraite qui approche, c'est une nouvelle réconfortante.

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16 octobre 2018

Stage à la Société des Gens de Lettres

s'orienter 5À la formation du 8 octobre, à la SGDL. Ainsi que vous le constatez, j'étais hyper-attentif !

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09 octobre 2018

Stage à la Société des Gens de Lettres

IMG_20181008_020504_1CSOn bouge, mine de rien. Hier, je me rendais à l'Hôtel de Massa, siège de la Société des Gens de Lettres. Le but : participer à une journée de formation. Le thème : "S'orienter dans le monde de l'édition, écrire et publier". Précisons qu'il s'agissait d'une formation officielle, avec remise d'une attestation, et remboursée par l'AFDAS, ce qui est quand même agréable.

Un seul mot : passionnant. Le formateur était un responsable des manuscrits chez Robert Laffont. Il nous a entretenus toute la journée, avec franchise et compétence. Nous avons appris beaucoup de choses : qu'un livre coûte 3 euros à la fabrication et qu'il est vendu 20 euros en librairie, qu'un livre en librairie a un rythme de rotation de 3 semaines, que le diffuseur et le distributeur (surnommé le paquet-ficelle) sont deux personnes différentes, qu'il existe en France 3000 éditeurs mais que 350 seulement sont commerciaux. Franchement, c'était intéressant. On appréhende mieux ce monde mystérieux de l'édition, on comprend mieux pourquoi on a du mal à y pénétrer. Cela m'a enrichi, personnellement.

Pour ma part, ce que j'ai vraiment aimé, c'est la journée avec le groupe. Nous étions une quinzaine, venus d'horizons très divers. Nous ne nous connaissions pas. Mais très vite, nous avons senti que nous partagions la même passion : l'écriture. Alors, nous avons parlé, échangé. Sept heures merveilleuses avec des gens comme moi, qui me ressemblaient, qui portaient les mêmes expériences et les mêmes déceptions. Croyez-moi, ça fait du bien. Cela permet d'échapper à un quotidien bien décevant. On aurait aimé que ça dure. Mais il a fallu se quitter et retourner vers nos vies respectives. Une journée dont je me souviendrai et qui me permettra, peut-être, de redémarrer.

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02 octobre 2018

La NASA repart dans l'espace

圖片-3-2On nous l’a annoncé si souvent, on y a cru si souvent, on a été si souvent déçu, qu’on n’ose plus le dire franchement, qu’on se retient. Mettez-vous à notre place : presque un demi-siècle qu’on attend et que rien ne se présente. Alors, le mieux est de prendre des précautions. Pourtant, tout semble indiquer que cette fois est la bonne. En tout cas, ça y ressemble. La longue attente prend fin.

La NASA a finalement produit le communiqué tant espéré : elle s’apprête à reprendre la conquête de l’espace. La vraie. Plus question de robots et de sondes. Non, on va revoir des fusées et des astronautes. Comme dans notre enfance. Comme dans la S.F. Le président de la NASA, M. Jim Bridenstine, l’affirme lui-même.

https://trustmyscience.com/nasa-plan-envoyer-astronautes-lune-mars/

https://sciencepost.fr/2018/10/la-nasa-devoile-ses-projets-pour-retourner-prochainement-sur-la-lune-et-aller-sur-mars/

Apparemment, le programme prévu se diviserait en trois grandes étapes : 1/Installer durablement la présence humaine en orbite autour de la Terre, 2/Installer une base permanente sur la Lune et un astronef autour du satellite, 3/S’élancer vers Mars et y implanter enfin la base tant attendue. Les délais ? 2023 pour la Lune, 2030 pour Mars. Nous savons par expérience que dans le domaine spatial, les dates ne signifient rien d’autre que ce qu’elles signifient, et qu’elles risquent fort d’être revues, de même que tout le reste du programme. Le cosmos est ce qu’il est, et il ne changera pas pour nous.

Aucune importance. Ce qui compte est là : la conquête de l’espace est relancée. On va y retourner. Je ne vous cacherai pas que j’accueille la nouvelle avec joie et soulagement. Nous autres, amateurs et auteurs de S.F., commencions à nous démotiver. Difficile de raconter des belles histoires de space-opera quand on sait que tout ce qu’on narre a peu de chances d’exister un jour. Difficile de regarder un film spectaculaire quand on sait que ce qui brille sur l’écran n’est que scénario et fiction. Seules quelques entreprises privées, telle SpaceX, entretenaient un faible espoir, même farfelu.

Maintenant, le rêve et l’optimisme sont de retour. Car il ne s’agit plus de vagues promesses, mais d’un véritable programme, ambitieux et pragmatique. Par exemple, la NASA prévoit, en parallèle de ses propres activités, de favoriser l’essor de sociétés privées pour soutenir et améliorer ses projets. Les fans de S.F. ne seront pas surpris, puisque c’était précisément ce que prédisaient les films et les romans. D’ailleurs, les futurs vols vers la Lune sont déjà qualifiés de « commerciaux », ce qui écarte tout malentendu. Un vrai programme. Le vaisseau spatial s’appellera Orion, la station spatiale autour de la Lune Orbital Platform-Gateway, le corps de fusée Space Launch System. Les noms, à eux seuls, nous apportent déjà le parfum irremplaçable de l’aventure cosmique.

Moi, je me réjouis. On ne pouvait plus continuer comme ça, enfermés dans l’immobilisme et le refus. La race humaine a besoin d’aventures et de nouvelles frontières. C’est ce qu’elle a toujours cherché, et qui l’a poussée à se dépasser. Renoncer et reculer serait tourner le dos à toute notre histoire. Et puis, la Terre ne suffit plus à faire vivre l’Humanité. Il faut trouver de nouveaux mondes. Enfin, je me réjouis parce que nous pourrons retrouver le rêve en regardant nos chers films de S.F. Salut à notre Enterprise, notre Deep Space Nine, notre Babylon 5. Nous allons les revoir en sachant qu’ils sont dorénavant une réelle possibilité pour l’avenir. Nous repartons : Where no man has gone before !

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17 septembre 2018

L'uniforme et les armes des soldats des Etas-Unis - Liliane et Fred Funcken - Casterman - 1980

473000363Un recueil de textes et de planches de dessins, à propos de l’histoire de l’armée des Etats-Unis, chez Casterman et datant de 1980.

 

On ne vit pas que de romans. Dit-on. Cela se discute. Parce que tout se discute dans le domaine de la création artistique, y compris les choses les plus évidentes. En tout cas, nous délaissons aujourd’hui le genre romanesque pour commenter un bouquin que l’on qualifierait de livre d’histoire. Intéressant ? Il faut croire que non, à en juger par les réactions que j’ai recueillies autour de moi. En résumé, tout le monde semble s’en foutre. Sans doute pour de bonnes raisons. Je n’en disconviendrai pas. Laissons tomber. Moi, ça m’intéresse, et c’est ce qui compte. Quand on aime les westerns, on est forcément attiré par l’histoire de l’Amérique du Nord. Voilà de quoi il s’agit.

Tout d’abord, il ne s’agit pas vraiment d’un livre, mais d’un recueil de planches de dessins accompagnées de textes explicatifs. Je sais, certains rejettent cela comme on rejette une hérésie. Ils ont tort, parce que c’est passionnant. Les nombreux dessins nous en apprennent autant que les textes. Ce qu’ils nous apprennent ? Une belle histoire, étirée sur 141 années. Et souvent ignorée. Parce qu’il faut bien le dire : en dépit de la multitude de films, et de séries TV, qu’on a vu défiler, cette histoire demeure peu connue.

Elle débute en 1776, quand les colons américains se révoltent contre les Anglais. Ils forment une armée et choisissent de porter un uniforme bleu, pour se distinguer du rouge des Britanniques. Cela, on le sait. Du moins, je le suppose. Ce qu’on ignore, c’est la suite. Les uniformes demeurèrent bleus, mais ne cessèrent d’évoluer au fil du temps. Dans leur coupe, dans leur taille, dans leurs boutons, dans leurs cols. Les changements furent si nombreux et si fréquents que rien ne rapproche un uniforme américain de 1833 d’un autre de 1783, hormis la couleur. Avouons-le : on s’y perd.

Il faudra attendre 1861, et la menace d’une guerre civile, pour que l’état-major se décide enfin à abolir le charivari et à unifier l'ensemble. Tout le monde reçut donc la tenue suivante : veste bleu-foncé, pantalon bleu-clair, bottes, casquette molle, galons jaunes, bande jaune. Cela vous dit quelque chose ? Oui, voici enfin « l’uniforme de la cavalerie américaine », celui que nous connaissons pour l’avoir vu, et revu, dans des centaines de westerns. Celui qui a servi contre les Sudistes et contre les Indiens. Celui d’Audie Murphy et du lieutenant Blueberry. Celui de Fort-Apache et de Fort-Navajo. Le nôtre, en quelque sorte, car nous l’avons vu si souvent que nous avons presque l’impression de l’avoir réellement porté. C’est quand même une sensation agréable de se dire que John Ford n’a rien inventé, et que les uniformes qui apparaissent dans ses films correspondent à la réalité. Une justification a posteriori de nos rêves d’enfant.

Cette tunique bleue s’est tellement ancrée dans les esprits que nous nous figurons qu’elle fut éternelle. Naturellement, il n’en est rien. Dans les années 1890, une nouvelle couleur se glissa subrepticement entre les murs des campements : le kaki. Elle s’imposa assez rapidement, de même que les casquettes rondes, et les chapeaux à quatre plis. Le bleu se vit relégué à la tenue de parade, et aux cérémonies de commémoration. Le dernier régiment en uniforme bleu le fit disparaître définitivement en 1917. La fin d’une longue histoire, débutée 141 années plus tôt. Celle que ce bouquin raconte, et illustre, avec des planches de dessins magnifiques.

Elles nous en apprennent des choses, ces planches : que les soldats de la Guerre d’Indépendance touchaient une prime pour chaque boulet de canon ramassé, que dans les années 1880 on tenta d’imposer un casque colonial au Far-West, que les Indiens de 1890 portaient une chemise sacrée qui devait les protéger contre les balles, que l’insigne des actuelles Forces Spéciales est simplement celui des anciens éclaireurs indiens. Elles ressortent de l’ombre des combats oubliés et héroïques, comme celui de Waggon Box en 1867, où 12 Tuniques Bleues résistèrent à 1500 Indiens : vous avez bien lu !

Alors… Alors, ce livre passionnant m’a passionné, et je me suis replongé avec joie dans cet univers qui me fascine tant, et qui restera, quelque part, le mien.

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23 juillet 2018

Terre des hommes - Antoine de Saint-Exupéry - Gallimard - 1939

893723712Un livre de Saint-Exupéry, datant de 1939, couronné par le Grand Prix du Roman de l’Académie Française.

THÈME : À travers une suite de récits, Saint-Exupéry évoque l’histoire de l’Aéropostale, une entreprise qui s’occupait de transporter le courrier entre la France et l’Argentine. Il raconte comment les pilotes risquaient leur vie en volant par-dessus le Sahara, ou la Cordillère des Andes. Il rend hommage à leur courage et s’interroge sur la finalité de ces exploits à la fois admirables et dérisoires.

MON AVIS : Saint-Exupéry publie « Terre des Hommes » en 1939, clôturant ainsi un triptyque entamé avec « Courrier Sud » et « Vol de Nuit ». Les trois livres sont très différents. Au contraire des deux premiers, celui-ci n’est pas un roman, mais une suite de récits sur l’histoire de l’Aéropostale. On peut cependant les considérer comme complémentaires.

Ce triptyque représente un sommet de la littérature du XX° siècle et a pris place parmi la culture générale. Bien sûr, je parle de nous, de notre génération. Parce que je ne pense pas que les jeunes connaissent ça, et je ne pense pas davantage qu’ils s’y intéresseraient. Le monde a tellement changé. Un avion qui décolle, ou qui atterrit, cela ne fait plus rêver personne. D’ailleurs, on se demande ce qui fait encore rêver les gens, à part la télé-réalité et le football (P.S. : je précise que j’adore le football). Alors, les récits de Saint-Ex ne sont plus vraiment dans l’air du temps.

Pour nous, c’était différent. Les aventures de l’Aéropostale faisaient partie de notre mythologie quotidienne. Nous les connaissions aussi bien que les BD qu’on achetait chaque semaine. Ces petits biplans fragiles survolant le désert nous fascinaient autant que les diligences des westerns. On rêvait avec ça, on voulait devenir un pilote de l’Aéropostale. Malheureusement, elle n’existait déjà plus. Mais Mermoz ou Guillaumet peuplaient nos esprits d’adolescents.

Maintenant, l’honnêteté s’impose. Nous savons aujourd’hui, grâce aux biographes, que Saint-Exupéry était le plus mauvais pilote du monde : les mécaniciens hésitaient à lui confier des avions, car il les abîmait tous, coulait toutes les bielles, cassait tous les trains d’atterrissage. Rien d’étonnant : il se destinait à la Marine, et ne travailla dans l’aviation que par hasard. En somme, l’épopée de l’Aéropostale a été popularisée, et glorifiée, par le plus mauvais pilote de l’Aéropostale. Nous vivons dans un monde étrange. Bah, tout le monde s’en fout, puisque cela a été enseveli par les sables du Sahara. Il ne nous reste plus que ses œuvres, la seule chose qui compte.

Alors, parlons de ses œuvres. « Terre des Hommes » est un livre majeur dans la littérature française. Absolument passionnant. Il occupe une telle place que certaines phrases de son texte sont entrées dans le patrimoine commun. Beaucoup de gens les connaissent sans savoir d’où elles proviennent :

Ce que j’ai fait, aucune bête au monde ne l’aurait fait.

L’homme se découvre quand il se mesure avec un obstacle.

Mais de temps à autre, respectable pour l’éternité, l’un d’eux ne rentrait pas.

Quand on se donne la peine de le relire (ou de le lire, plus simplement), on redécouvre que ce bouquin se présente comme un formidable album d’images, toutes inoubliables : les biplans conçus pour monter à cinq mille mètres alors que les Andes culminent à sept mille, les aviateurs coincés sur un plateau sans aucune issue pour redescendre, les pilotes perdus dans le désert constituant un cercle avec le contenu des carlingues afin de passer la nuit, d’autres survolant des volcans et des coulées de lave, et ce vieux sergent tout ému parce qu’il peut enfin parler à quelqu’un. Comprenez-vous pourquoi l’aventure de l’Aéropostale nous emballait tellement ? Comprenez-vous pourquoi un gamin de ma génération fut marqué à vie ?

Saint-Exupéry est un humaniste, mais pas un idiot. Les hommes, il sait ce que c’est. Et il n’oublie pas de rajouter quelques récits un peu moins enthousiasmants. Par exemple, ces pilotes naufragés et qui, au lieu de remercier les sauveteurs, les insultent en rejetant sur eux la responsabilité de leur accident. Même dans la plus belle aventure, les humains restent humains. Ces témoignages rendent « Terre des Hommes » encore plus fort et crédible. Cette chanson de geste est captivante justement parce qu’elle n’est pas idéalisée.

Il est vrai que j’ai préféré « Vol de nuit ». Mais celui-ci, dans un genre différent, participe autant de la légende de l’Aéropostale, de celle de Saint-Ex. Décollons vers le ciel.

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15 mai 2018

Auto-interview sur le troisième volume du Cycle de l'Etrange

http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/859090/s/le-cycle-de-l-etrange-27b37e797b/

M. Ruiz, bonjour ! 

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— Bonjour.

Alors, vous publiez un troisième volume du Cycle de l’Etrange ? Pouvez-vous nous rappeler de quoi il s’agit ?

— D’une suite d’histoires, de récits, de nouvelles, dont la plupart appartiennent aux genres du fantastique et de la science-fiction. À l’origine, j’écrivais pour un site internet, Anice-Fiction. Ensuite pour un feuilleton radiophonique. Aujourd’hui, j’écris pour moi. De temps en temps, je réunis mes textes en un gros volume, ce que je viens de faire.

Soit. Mais entre le deuxième et le troisième, celui-ci, il s’est écoulé un certain temps, voire un temps certain. Où étiez-vous passé ?

— Au même endroit que d’habitude. Simplement, j’ai fait autre chose. J’ai essayé d’écrire des romans et des scénarios, avec plus ou moins de bonheur. En plus, j’ai subi une mésaventure en perdant mon Artblog : la plate-forme a disparu. Du coup, je n’avais plus de support pour mes créations, à l’exception de Facebook. Voilà pourquoi vous avez l’impression d’une parenthèse.

Laquelle se referme. Il y a quand même un changement : celui de l’éditeur. Pourquoi ?

— Parce que j’en avais marre de me taper tout le boulot technique et de devoir en plus chercher un numéro ISBN. Horripilant. C’est pour ça que j’ai laissé The Book Edition et que je suis passé chez Edilivre. Au moins, le travail technique est fait proprement et ils s’occupent du numéro ISBN. En tant qu’auteur, ça fait du bien.

La photo de la couverture, c’est vous qui l’avez choisie ?

— Oui. Jolie, n’est-il pas ? (Rire) Elle reflète relativement bien le contenu, assez orienté science-fiction.

Jolie photo, en effet. Mais ce troisième volume, qu’apporte-t-il de plus par rapport aux deux premiers ?

— De plus, je ne sais pas. De différent, certainement. Il est vrai que ma création évolue. Je tourne le dos aux petits personnages isolés dans leur appartement pour aborder des sujets plus vastes. Une évolution qui suit probablement celle de ma vie personnelle. On se fait vieux, que voulez-vous. Je n’irai pas jusqu’à prétendre que je préfigure l’avenir de l’humanité, mais il est vrai que je m’interroge.

Vous présentez quand même un nouveau personnage : Charles Gramme, le moniteur de l’étrange.

— Oui. C’est mon steampunk à moi ! (Rire) En fait, il s’agissait pour moi de remplacer le cavalier Bringuier, que j’ai rangé au placard. Je suis très heureux d’avoir écrit des westerns fantastiques et je les trouve excellents. Mais je dois constater que le public n’a pas vraiment accroché. Sans doute le western ne fait-il plus partie de la culture. J’ai donc mis fin à la chevauchée de Bringuier et j’ai créé Charles Gramme, le moniteur de l’étrange. Franchement, je me suis régalé à écrire ça. J’adore le XIX° siècle, les haut-de-forme, les redingotes, les fiacres, etc. Charles Gramme évolue au temps de Victor Hugo et traverse des aventures étranges, parfois amusantes, parfois plus angoissantes. Cela me permet de retrouver la veine de Jules Verne et de Gustave Le Rouge. Si le public accroche, je continuerai avec plaisir.

En revanche, le capitaine Maxi et ses deux super-copines ont disparu. Que sont-ils devenus ?

— Ils sont en vacances dans une lointaine galaxie (Rire) ! En fait, le capitaine Maxi et ses deux super-nanas étaient le prototype de la fausse bonne idée. Au début, ça paraissait génial. Au bout d’un moment, on s’apercevait que ça tournait en rond. Alors, j’ai décidé d’arrêter momentanément. Je les ai mis en congé sans solde. Ils reviendront si je trouve un truc pour relancer leurs aventures. En attendant, le Cycle continue sans eux.

En-dehors de Charles Gramme et du commissaire Cresse, vous demeurez fidèle à vos histoires de science-fiction, avec spationefs et spationautes. Alors, vous y croyez encore ?

— De moins en moins. Grâce aux récentes découvertes scientifiques, nous savons que les voyages dans l’espace sont actuellement impossibles, à cause des rayons cosmiques et de quelques autres obstacles. Tout ce que nous racontons n’a donc aucune chance d’exister. Que voulez-vous que je vous dise, il faut bien raconter quelque chose. Il faut bien écrire, chanter, filmer. Alors, on continue. Soyons clairs : ceux qui lisent de la science-fiction se fichent que ce soit vraisemblable ou pas. Du moment que c’est joli…

Heureusement pour vous !

— En effet ! Le jour où le public deviendra réellement exigeant, on pourra s’inquiéter ! (Rire) Mais je crois que nous aurons le temps de nous laisser pousser la barbe !

En attendant, bonne chance pour le troisième volume du Cycle de l’Etrange !

— Merci, et en avant pour le quatrième !

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25 avril 2018

Le cerbère de la prairie (Jackman's Wolf) - Ray Hogan - Librairie des Champs-Elysées - 1973

IMG00459Un roman de la collection western du Masque (N° 80), datant de 1973.

THÈME : Un vagabond perd son cheval dans un accident et se retrouve perdu en plein désert. Il marche et parvient à un ranch isolé, où on lui accorde l’hospitalité, en échange de menus travaux. Ce qu’il ignore, c’est que les hôtes, April Jackman et son frère Clint, se trouvent dans une situation difficile : le grand propriétaire du coin, Frank Sutter, veut absolument racheter leur ferme pour une bouchée de pain, et il emploie tous les moyens pour y parvenir. Tous les moyens, y compris la violence. Bien malgré lui, le vagabond va se voir impliqué dans ce conflit. Cela l’amènera à révéler sa véritable identité et un passé tragique.

MON AVIS : Je crois l’avoir déjà écrit, quelque part sur ce blog : le drame de ma vie est que je n’ai pas vécu au Far-West. Je me suis trompé d’époque, de lieu. Je me suis trompé sur tout, et j’ai passé mon existence à chercher ma place, sans la trouver. Ma place, la vraie, elle était là-bas. J’aurais du naître vers 1825. À la majorité, j’aurais du atterrir du côté du Missouri. J’aurais du embarquer sur un chariot bringuebalant, suivre la Piste de Santa fé en cahotant, voir le soleil se coucher sur l’immense Prairie, manger autour d’un feu de brindilles, m’endormir en craignant une attaque des Indiens. J’aurais du aboutir à une ville de pionniers, parmi le bruit des forgerons et des charpentiers. Qu’aurais-je fait alors ? Bah, dans une contrée neuve, tout est à bâtir : j’aurais trouvé du boulot sans problème, et sans doute d’un genre inattendu. J’aurais vécu parmi les chevaux et les cow-boys, me déplaçant en diligence, guettant l’horizon en tremblant à l’idée de voir apparaître les silhouettes des hors-la-loi. J’aurais connu le Colorado, le Nevada, le Wyoming, avant les routes et les voitures. J’aurais été heureux, probablement, sûrement.

J’aurais du, j’aurais du… Mais je n’ai point. C’était ma place et je n’y étais pas. J’ai raté ça. Je me suis trompé d’époque. Du coup, je vais et je viens dans un monde qui ne me convient pas, et qui me considère comme un anticorps. Tant pis pour moi. Je ne peux vivre le temps de la Frontière qu’à travers le cinéma, et la littérature.

Bon, je papote, je papote, et je m’aperçois que je ne vous ai pas encore parlé du bouquin d’aujourd’hui. Je le qualifierai d’intéressant. En fait, au bout de quelques pages, on reconnaît assez vite la trame, et l’ambiance, de « Shane ». Ici, Alan Ladd est remplacé par un mystérieux vagabond aux mains gantées. Mais la description du ranch et de la ville de Cabezo correspond assez bien. Ray Hogan apporte néanmoins sa touche personnelle et la façon dont il implique le héros dans un conflit qui ne le concernait pas au départ se révèle franchement originale et bien amenée. Pour le reste, on ne voit pas vraiment de suspense, car on devine rapidement comment cela va finir. Aucune importance, puisqu’on aime le western et qu’on suit quand même. S’il est vrai qu’un western est un film qui se passe à la campagne, dixit Jean Rochefort, on est bien servis ici : nous sommes effectivement à la campagne, avec les troupeaux de bœufs, les broussailles, les genévriers. À la ferme, on coupe du bois, on répare les portes et les fenêtres, on mange des œufs au bacon. À la ville, en fait un village, on entre au magasin général pour acheter les provisions, au saloon pour s’envoyer une bière réconfortante. Un univers campagnard qui n’est pas le nôtre, mais auquel on s’attache, comme les personnages attachent leurs chevaux aux barres horizontales.

Alors, je me suis trompé d’époque et de lieu, je n’ai pas trouvé ma place, mais j’essaye de compenser. Vive le western, les amis !

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