Le Blogue de Manuel Ruiz

20 juillet 2017

Un de mes livres dédicacés

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Dans la série les aventures d'un écrivain, voici le dernier épisode en date. Vous l'avez sur la gauche, en forme de photo.

En un mot comme en cent, j'ai retrouvé un de mes livres sur Price Minister. Je le récupère, car l'éditeur a fermé et ça peut être utile de constituer un stock. Vlan, quand je le reçois et que je l'ouvre, je tombe sur ce que vous voyez ! Une dédicace de ma main. Autrement dit, cet exemplaire, je l'avais offert à quelqu'un. Je ne sais plus à qui. Mais à quelqu'un, avec une dédicace. Et ce quelqu'un s'en est débarrassé en le revendant. S'est-il au moins donné la peine de le lire, avant de le revendre ? Pas sûr.

J'avoue que je ne sais comment réagir. D'un côté, je dois constater avec satisfaction que mes romans circulent, ce qui prouve qu'ils ne sont pas restés dans des caves. D'un autre, que voulez-vous que je vous dise ? Pour ma part, quand on m'offre des livres dédicacés, je les conserve. Certaines personnes préfèrent s'en débarrasser, de la manière la plus inélégante. On peut entrevoir avec cela l'importance qu'elles accordent à nos créations littéraires.

Et le plus beau est que je ne suis pas au bout de mes surprises : en continuant à farfouiller dans les sites, je suis certain que j'en trouverai encore.

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Le Cycle de l'Etrange - Edilivre - 2017

image_27569_1_20304_1_9323_1_38646_1_142511Mon parcours littéraire se poursuit, cahin, caha. J'ignore s'il vaut la peine qu'on s'y consacre, mais il est là. Alors, continuons.

Aujourd'hui, après une interruption, je reprends le Cycle de l'Etrange. Je rappelle qu'il était à l'origine issu de mon émission radiophonique "Les Chroniques de l'Etrange". Il existe déjà deux tomes, publiés chez The Book Edition. Maintenant, je sors un troisième tome, mais celui-ci est chez Edilivre.

Le bouquin est disponible ici : http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/859090/s/le-cycle-de-l-etrange-27b37e797b/

 

Comme pour les deux premiers, une succession d'histoires de SF, Fantastique ou Etrange, de tous genres et pour tous les goûts.

Y aura-t-il un quatrième tome ? La chose n'est pas impossible. D'ailleurs, la couverture vous fait comprendre que nous sommes dans un univers où tout est possible.

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06 juillet 2017

Apéro à la SGDL

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Hier, la Société des Gens de Lettres nous conviait à un apéro amical, à l'Hôtel de Massa. Il s'agissait de marquer la fin de l'année civile et le début des vacances pour cette vénérable institution.

L'événement se déroula derrière l'hôtel, sur la pelouse. Il y avait un peu de monde, dont moi-même. Un buffet, des boissons, et une ambiance plutôt sympa et détendue. Soyons francs : il m'arrive quelquefois de me demander quelle est l'utilité de ma carte SGDL et de la cotisation que je leur paye chaque année. Disons que ce genre de choses me convainc de les maintenir. Un moment de convivialité en attendant de retrouver la jungle de la littérature et de l'édition.

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30 juin 2017

Le Virginien

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Il faut bien s’occuper. Et puis, un homme de culture doit bien faire semblant, de temps en temps, de s’intéresser à la culture. En vertu de quoi, je me suis offert le coffret DVD du « Virginien », la légendaire série des années 60 que je regardais dans mon enfance, et que j’ai donc revue, une éternité plus tard.

Qu’en penser ? Eh bien, je dois dire que ce qui m’a le plus intéressé, c’est l’interview de James Drury, calée à la fin. Il est horriblement vieux maintenant, mais il arbore toujours cette curieuse expression de la bouche, qui me surprenait déjà à l’époque. Il porte un chapeau, il est assis devant une fenêtre. Par cette dernière, on aperçoit une plante qui s’agite sous la force du vent. Ce maudit vent qui a emporté notre jeunesse, et nos souvenirs. Qu’y faire ? Se plaindre serait ridicule, et vain. Cultivons plutôt la chance d’avoir connu cette grande série.

James Drury nous raconte donc et nous l’écoutons volontiers. « Le Virginien » était à l’origine un livre, un roman américain devenu un énorme succès. Il fut plusieurs fois adapté au cinéma, notamment avec Gary Cooper. En 1962, le studio Universal décida d’en faire une nouvelle adaptation, à présent pour la télévision. Parce que les chaînes réclamaient des westerns, et toujours plus de westerns. La distribution reprenait simplement les personnages du roman. C’est ainsi que nous eûmes le formidable générique demeuré dans nos mémoires : James Drury (Le Virginien), Doug McClure (Trampas), Gary Clarke (Steve), Lee J. Cobb (le juge Garth), Roberta Shore (Betsy). Toute notre enfance. Par la suite, la distribution varia. Mais celle-ci est restée gravée dans nos esprits. Avec le ranch de Shiloh, avec la ville de Medicine Bow.

La particularité du « Virginien » était que les épisodes, au lieu d’être les classiques 50 minutes, duraient 70 minutes. J’ignore qui eut cette idée, mais il s’agissait d’un coup de génie. 70 minutes, cela correspondait peu ou prou à un film de série B de l’époque. Ainsi donc, regarder un épisode équivalait à regarder un véritable film. De là viennent l’incroyable succès et popularité de la série. Elle a fait le tour du monde. Tous l’ont vue, au moins une fois. Pour nous (pour moi, en tout cas), elle représentait, et représente encore, les longs dimanches après-midis de notre jeunesse. Longs, car qu’aurions-nous pu faire, à part regarder la télé ? Nous n’avions ni Internet, ni smartphone, ni rien. Sans doute sommes-nous enclins à enjoliver un peu trop cette période.

On revoit ça aujourd’hui et on est surpris. Pas d’effets spéciaux, pas d’explosions. Simplement des acteurs qui se mettent devant la caméra et disent leur texte. Ils ont le temps de développer leurs personnages, les réalisateurs ont le temps de les diriger. Tout le contraire de maintenant, où les séries se font à la vitesse grand V. Les personnages ? Ceux du « Virginien » ne sont ni bons, ni méchants. Les scénarios se donnent la peine de les présenter dans toutes leurs facettes. Ils nous ressemblent. Tout ce qu’on voit dans la série nous est proche. On se dit que ce qui arrive dans ces histoires pourrait très bien nous arriver à nous-même. En fait, ces aventures sont presque les nôtres. Voilà l’explication du succès. Ce « show » dura 8 ans, avant de disparaître. Comme tous les autres westerns, genre tombé en désuétude. Bien dommage. J’aimerais beaucoup que ça revienne.

Sur le DVD, je regarde une dernière fois la silhouette de James Drury, j’écoute une dernière fois sa voix. À quoi bon se mentir ? Ma jeunesse est partie. Je suis vieux désormais. Tant pis, le Virginien chevauche en direction du ranch de Shiloh. Pour toujours.

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16 juin 2017

À l'AG de la SACD

19149188_10155489030299306_5672763522649644300_nNon, je ne suis pas devenu une fashion victim !

Plus simplement, je participais à l'Assemblée Générale de la SACD, qui se tenait au Théâtre de l'Oeuvre. Avouez que je ne manquais pas d'allure ! D'ici à ce que je me présente à la députation, il n'y a qu'un pas.

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14 juin 2017

L'année des amours buissonnières - Julie-Anne de Sée - Editions du 38 - 2016

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Un roman contemporain de Julie-Anne de Sée, publié chez les Éditions du 38, en 2016.

THÈME : Camille Depresle et Camille Depresle sont homonymes, sauf que l’un est un homme et l’autre une femme. Ils entretiennent une amitié sincère et se rencontrent deux fois par semaine. Une amitié et rien d’autre. Parce que Camille, le masculin, est homosexuel. Pendant un an, ils vont tenir une sorte de journal à deux, notant leurs dîners, leurs voyages, leurs expériences professionnelles, leurs aventures sentimentales et sexuelles. Ce parcours les emmène en Amérique, en Angleterre, à Méribel, et ailleurs. Tous deux croient trouver l’amour, et sont déçus à chaque fois.

MON AVIS : Après « L’année de tous les dangers », voici « L’année des amours buissonnières ». À peine moins périlleux. Encore un bouquin que j’ai découvert grâce à Facebook, et que j’ai beaucoup aimé.

Tout d’abord, je dois souligner l’originalité de la démarche de l’auteure. Prendre deux personnages et les suivre simultanément pendant une année entière, en décrivant leurs activités respectives. Il fallait y penser. D’abord surpris, le lecteur finit par accrocher et suit les protagonistes.

Ensuite, ce livre se distingue par un élément que j’apprécie, et de plus en plus rare : une parfaite maîtrise de la langue française. Ce fait, qui devrait être évident dans la littérature, est devenu si inhabituel qu’on le remarque et qu’on l’applaudit.

Pour ma part, j’avoue sans complexe que je vais sombrer dans l’égoïsme, car les passages que j’ai préférés sont ceux dans lesquels je me suis reconnu. Par exemple, ces pots de départ au bureau accompagnés de discours interminables : j’aurais pu les écrire moi-même ! Ou bien cette corvée annuelle des fêtes de Noël : je connais. Ou bien le récit hilarant d’un séjour linguistique aux U.S.A., qui m’a rappelé des souvenirs (pas aux U.S.A., mais ailleurs).

Parce que « L’année des amours buissonnières » est un conte sur notre vie quotidienne. On y retrouve nos villes, nos rues et avenues, nos stations de radio. Notre univers quotidien transformé en décor de l’intrigue. Le roman n’est pas vraiment érotique, plutôt sentimental, mais il aborde sans détour tous les sujets de la société actuelle. Avec franchise, car les hommes s’y font pas mal égratigner, et les femmes aussi. On se reconnaît aisément dans les personnages et dans leurs aventures, à la fois intéressantes et banales. À la lecture, je me suis dit que cela ferait un bon sujet de scénario pour un téléfilm de France3 : le bouquin en a l’allure et les éléments. Peut-être l’auteure tentera-t-elle sa chance.

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07 juin 2017

Tournage de "Profilage"

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Ce lundi, je passais sur les quais de la Seine, quand je suis tombé sur le tournage de "Profilage", la série de TF1.

Naturellement, cela m'a intéressé. Parce que j'aime bien cette série. Et parce que vous connaissez mes activités. Cela devait attirer mon attention. Je me suis arrêté et j'ai observé un moment.

Alors, qu'en ai-je pensé ? Eh bien, je dois admettre que la réalité s'est avérée un peu différente de ce que j'imaginais. Moi, je voyais une grosse super-production, énorme et écrasante. Rien de tout cela. Le plateau est relativement sobre. Juste deux ou trois tentes pour abriter l'équipe. Un camion pour les costumes, un autre pour le maquillage. Ajoutez le matériel de filmage, et voilà. Finalement, j'ai eu l'impression d'un tournage à dimension humaine, loin de la machine titanesque que j'imaginais. D'ailleurs, les comédiens et techniciens semblaient détendus. Franchement, je trouve ça rassurant. Je pourrai voir les futurs épisodes avec plaisir et bonne conscience.

Est-ce à dire que ça m'a donné confiance ? C'est une autre paire de manches. D'ici à ce que ma modeste personne trouve un producteur qui s'intéresse à mes oeuvres, j'aurai le temps d'assister à d'autres tournages.

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28 mai 2017

L'Ultra-Univers - M.A. Rayjean - Anticipation - 1960

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Un roman de la collection Anticipation (N°161) du Fleuve Noir, écrit par M.A. Rayjean, datant de 1960.

THÈME : Némox et Zacra, accompagnés de leurs épouses Jelda et Myriem, s’apprêtent à quitter la planète Errêtropolis à bord d’un vaisseau révolutionnaire. L’embêtant est qu’il s’agit d’un voyage sans retour. En effet, ils partent explorer l’Ultra-Univers, autrement dit l’infiniment grand. Un endroit où nul n’est jamais allé. Leur départ est une réussite, mais ils se retrouvent coincés dans un monde totalement inconnu et où ils ne possèdent aucun repère. De péripétie en péripétie, ils finissent par atterrir sur une planète mystérieuse et morte, qui ressemble fortement à la Terre.

UN ROMAN ULTRA-VIOLET : Un vieux bouquin qui nous vient de 1960. Lointaine année, mais importante. 1960, c’est le moment où la littérature populaire, né dans les années 50, va devenir un produit de super-consommation. À partir de là, elle sera déclinée par centaines de romans déversés dans les kiosques et les gares. Des polars, de l’espionnage, de l’aventure. Et naturellement de la science-fiction, précisément ce que faisait la collection Anticipation. De la lecture à profusion.

Bien sûr, devant ce phénomène, la réaction logique est de se dire que tout cela devait être répétitif et ennuyeux. Il y a du vrai, écrivons-le sans complexe. Comment aurait-il pu en aller autrement ? Mais il y a aussi du faux dans ce raisonnement. Parce que ce qui nous surprend le plus dans la littérature populaire est justement ça : sa créativité. Aussi incroyable que cela paraisse à certains, chacun de ces romans avait une particularité, une spécificité, quelque chose qui attirait l’attention.

Prenons celui-ci, un des milliers de numéros qui composèrent la collection Anticipation. Eh bien, il est original. Plutôt, il contient des éléments originaux. D’abord, tous les personnages sont des extra-terrestres et aucun humain ne passe dans les pages. Assez rare, n’est-il pas ? Ensuite, son sujet, puisque nous voici plongé dans la mécanique quantique, domaine pas vraiment commun. Bref, loin d’être un roman de plus, il s’agit de « L’Ultra-Univers », et pas d’un autre. Ajoutons que, pour une fois, la réalité scientifique est préservée. Alors que tant de textes de SF tordent la science dans tous les sens, celui-ci reste dans le domaine de la vraisemblance, y compris au moment des rebondissements les plus spectaculaires. Encore plus rare.

Après cela, qu’il y ait des longueurs, c’est vrai. Que la fin soit quelque peu téléphonée, aussi. Rappelons-le : nous parlons de littérature populaire, pas du théâtre antique. Chacun son boulot.

Créativité, créativité, tel était le secret de ce genre des années 60, qui nous étonne aujourd’hui, précisément par son immensité et son renouvellement perpétuel. Un roman parmi des milliers ? Oui, mais un roman à lire.

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20 mai 2017

La Charrette Créole

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Je connais bien le quartier de Montparnasse, et pour cause : pendant longtemps, une éternité, il fut mon fief personnel, celui où je promenais ma jeunesse.

Pourtant, j’avoue sans honte que je ne connaissais pas la Charrette Créole. Je l’ai découverte hier soir, au hasard d’un rendez-vous entre copains. Il est vrai qu’elle ne s’avère guère facile à trouver : la rue Jules Chaplain est planquée dans un coin, non loin du métro Vavin. On peut même passer devant sans la remarquer, tant la façade est petite et discrète. Une fois à l’intérieur, on découvre que l’espace est plus grand qu’il y paraissait, et qu’il y a même un sous-sol.

En résumé, c’est une bien belle surprise. La famille qui tient le lieu se révèle sympa, hospitalière et dynamique. Ensuite, il s’agit réellement d’un restaurant de cuisine de l’Océan Indien et non d’une sorte de copie artificielle. Par les temps qui courent (ou ne courent pas), c’est à signaler. Alors, on a droit à du poulet boucané, du riz frit, du requin, et autres mets qui, il faut l’admettre, se retrouvent rarement sur d’autres tables. Une soirée exotique au sens plein du terme.

Une seule réserve : les portions sont un peu copieuses. Il faut vraiment avoir un estomac de fer pour ingurgiter ces quantités ! Je suppose que peu de clients se plaindront. D’autant que l’ambiance est au diapason : vers minuit, la musique et la danse règnent en maîtres.

Moi, j’ai aimé, et je conseille. Si vous passez par Montparnasse, faites un détour.

La Charrette Créole – 15 rue Jules Chaplain – 75006 PARIS – Métro Vavin -

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16 mai 2017

Les Caractères - La Bruyère - La Pléiade - 1951

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La Bruyère a existé. Oui, il m’a fallu un certain temps pour m’en apercevoir. En effet, je dois admettre qu’à l’école, entre Molière et La Fontaine, je l’avais un peu zappé. À ma décharge, on ne peut pas être partout. Bien des années plus tard, j’ai essayé de me rattraper.

Alors, d’après ce que j’ai cru comprendre, ce brave La Bruyère commença par traduire les « Caractères » d’un certain Théophraste, auteur antique. Cela l’emballa tant et si bien qu’il décida d’écrire ensuite ses propres Caractères. Un cas classique et sans cesse répété à travers les époques. Celui de ces cinéastes qui se passionnaient pour le cinéma hollywoodien et finissaient par faire des films qui étaient des copies conformes de ce cinéma. Peut-être l’histoire de tous les artistes du monde. Peut-être.

Vous me demandez ce que j’en ai pensé ? Il est évident qu’on ne peut faire un résumé des « Caractères », puisqu’il ne s’agit pas d’un roman et qu’il ne raconte aucune histoire. C’est une succession de réflexions, résumées en formules, et regroupées selon les sujets qu’elles traitent : des hommes, des femmes, des biens de fortunes, des jugements, etc. Un alignement de formules cinglantes, parfois péremptoires, mais toujours d’une lecture passionnante. Parce qu’il faut le dire avec objectivité : tout cela se révèle écrit dans un style formidable. De la grande écriture, un grand écrivain. Pas de malentendu, ou de réputation usurpée : nous avons bel et bien affaire à un géant de la littérature française.

Maintenant, demandons-le : combien de gens les connaissent-elles effectivement ? Nous savons que peu de gens pourraient citer plus de deux ou trois fables de La Fontaine. Nous pouvons parier qu’ils seraient aussi peu nombreux à pouvoir citer davantage de « Caractères ». La plupart de nos contemporains se contentent de noter quelques formules de La Bruyère sur un bout de papier et de les sortir sur les réseaux sociaux, histoire de frimer devant les copains. D’ailleurs, ça marche, et je vous conseille de le faire : vous vous paierez trente secondes d’admiration à moindre frais.

Pour ma part, j’admire, tout en gardant une distance. Quel que soit le talent de La Bruyère, il lui arrive comme à tant d’autres : il sombre quelquefois dans le cliché. Ses réflexions sur les femmes, par exemple, rejoignent les lieux communs qu’on entend depuis toujours sur le sexe féminin. Disons qu’il a quand même le mérite, non universel, de loger tout le monde à la même enseigne : il ne fait pas non plus de cadeau aux hommes, aux juges, aux courtisans, aux militaires. Tout le monde a droit à sa petite flèche.

Cette philosophie a entretenu une certaine méprise, faisant de La Bruyère un « anarchiste », ou un « antimilitariste », de l’époque. Débarrassons-nous en : cet écrivain évoluait dans un contexte radicalement différent du nôtre, et ne visait pas le public que la littérature vise aujourd’hui. Interpréter ses « Caractères » selon nos critères nous mènerait à des erreurs colossales, et regrettables. Il échappe à nos analyses modernes, qu’on le regrette ou pas.

Ce que l’on peut dire, c’est que si les Fables de La Fontaine étaient le Canard Enchaîné de l’époque, les Caractères étaient « l’Album de la Comtesse » du XVII° siècle. Nous n’y voyons plus que des textes agréables à lire. En fait, ils contiennent infinité d’allusions aux personnages de ce temps-là : politiciens, courtisans, bourgeois. Les contemporains de La Bruyère les reconnaissaient, et s’en amusaient, ou s’en offusquaient. C’était presque un magazine d’informations. Nous ne pouvons plus le comprendre et nous lisons avec une vision purement littéraire. Dommage, mais que peut-on y faire ?

Ce que je dirais, néanmoins, est que le profil de La Bruyère lui-même qui se dégage de la lecture n’est pas forcément sans tache. Cette méchanceté qu’il vilipende tant chez les autres, il y tombe aussi. Il suffit de lire les boulets de canons avec lesquels il dézingue Corneille, Ronsard, Rabelais. Qui oserait aujourd’hui s’attaquer à ces classiques de la littérature ? Évidemment personne. Lui osait, et avec une fulgurance qui laisse supposer l’existence de quelques différents personnels. Bref, pour résumer, La Bruyère n’était pas un saint. Pas plus que ceux à qui il s’attaquait. Il paraît que sa réception à l’Académie Française fut accueillie avec plus que de la fraîcheur. Rien d’étonnant : plusieurs académiciens s’étaient probablement reconnus dans quelques-uns des « Caractères ».

Ils sont encore là, disponibles dans les librairies. Même si nous ne les comprenons plus aussi bien que les lecteurs du XVII° siècle, nous pouvons toujours les lire, et admirer cette langue admirable qu’était le français de jadis. Ne nous en privons pas.

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