Le Blogue de Manuel Ruiz

26 octobre 2014

Dispergerum antecessors - A.J. Crime - Edilivre - 2014

10450855_358467530967230_4559053306045081560_nUn roman de SF d'A.J. Crime, chez Edilivre, publié en 2014.

THÈME : Nous sommes sur une lointaine planète. Deux civilisations se font la guerre. L'objet du conflit est le contrôle de la planète Heilénia. Les deux camps se neutralisent et aucun ne parvient à prendre le dessus. Deux savants, Meidar et Talianés, travaillent dans un laboratoire, tout en entretenant une relation amoureuse. Or, ils vont faire une découverte qui pourrait influencer le cours et l'issue de la guerre. Comment vont réagir les gouvernements des deux camps ?

MON AVIS : Alors là, je suis obligé de vous donner des explications ! Par souci de clarté, et d'honnêteté. A.J. Crime, je le fréquente depuis longtemps. Je l'ai connu sur des forums de SF. J'ai même été inscrit sur le sien. Ainsi donc, l'univers d'Heilénia, j'en ai souvent entendu parler. Je l'ai vu se constituer peu à peu. Ce n'est pas vraiment une découverte pour moi. La découverte, c'est de le voir enfin complet et imprimé sur des pages.

Que peut-on en dire ? Tout d'abord, prévenir le lecteur : il s'agit d'un roman-univers, genre bien connu des amateurs de SF. C'est-à-dire que l'auteur crée un univers en entier et qu'il faut se familiariser avec lui pour lire le bouquin. C'est ce qu'a fait A.J. Crime : il a patiemment bâti son univers, celui d'Heilénia. Avec sa civilisation, son calendrier, sa technologie, sa faune, et naturellement ses habitants. Je n'ose imaginer le temps et les efforts qu'il a dû y consacrer. En conséquence, il est déconseillé de se lancer dans la lecture tête baissée, au risque de s'essouffler. Pour ma part, j'ai lu le roman en plusieurs morceaux, et en me reportant au glossaire (situé au début). Je conseille fermement aux lecteurs potentiels de faire de même. J'espère qu'il y en aura, car ce genre de SF a ses adeptes.

Le bouquin en lui-même ? Eh bien, j'avoue que j'ai une petite réserve à émettre : c'est qu'une partie du public (surtout le lectorat féminin) risque de trouver ça un peu trop guerrier. L'univers est essentiellement basé sur une guerre impitoyable et interminable. Ce serait dommage que cela rebute certains lecteurs. En effet, l'auteur sait alterner la guerre et l'amour. Les combats s'interrompent souvent pour laisser place à des scènes sentimentales, voire davantage. Comme dans tous les romans de ce genre, on change fréquemment de lieu, et de contexte.

En conclusion, je le répète : il ne faut pas se lancer dans ce livre tête baissée. Il vaut mieux le lire morceau par morceau, chapitre par chapitre. C'est de cette manière qu'on découvre peu à peu l'univers bâti par A.J. Crime, et ses multiples personnages. Un univers qu'on retrouvera dans une suite ? C'est bien possible.

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02 octobre 2014

La fiancée du tsar - Editions Sharon Kena - Marie Laurent - 2014

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Ce roman est disponible en version papier et en e-book. C'est la version papier qui est chroniquée ici.

THÈME : La jeune princesse Irina Ivanovna Apraxina a un secret : elle est amoureuse du tsar Alexandre 1er. Tellement amoureuse qu'elle se considère comme sa fiancée. En conséquence, quand le tsar part en voyage dans le sud de la Russie, elle n'hésite pas à le suivre. Hélas, Alexandre 1er meurt subitement. Or, en passant devant son corps, Irina a la conviction qu'il ne s'agit pas de lui. Le tsar serait-il toujours vivant ? Irina part à sa recherche. Très imprudent dans cette Russie où les routes sont infestées de brigands. Heureusement, le lieutenant Anatole Potemkine est là pour la protéger. Le fait-il par devoir, ou par amour ?

MON AVIS : Le tsar dîne à l'huile ! Bon, je devine la perplexité de ceux qui vont découvrir ce livre chroniqué par mes soins : « Quoi, vous avez lu ça, vous ? » Ben oui, j'ai lu ça, moi. Et je vais vous dire : j'ai bien aimé. Il faut vous expliquer que j'ai toujours eu une âme très fleur bleue, même si c'était en secret (ce n'est plus un secret, puisque je viens de vous l'avouer).

Maintenant, je vais commencer par le dire franchement : j'ignore ce qu'il y a d'historique et de non-historique dans ce récit. Parce que je connais mal cette période. Mais la documentation de l'auteure semble solide. C'est bourré de détails sur la vie quotidienne en Russie sous Alexandre 1er, au point qu'on s'y croirait : la nourriture, les vêtements, les moyens de transport, etc.

Ainsi que je le disais, j'ai bien aimé. Après un début un peu lent, j'ai été pris et j'ai suivi les personnages jusqu'au bout. Cette Irina Ivanovna Apraxina est une peste insupportable, mais son obstination à se prétendre la fiancée du tsar finit par la rendre sympathique. Le lieutenant Potemkine se révèle intéressant aussi. On est avec eux et on souhaite de tout cœur qu'ils s'en sortent. Pas de malentendu : l'auteure ne triche pas. Ici, c'est de la romance, avec tous les ingrédients classiques de la romance. Mais c'est de la bonne.

Alors, histoire d'entretenir ma réputation de râleur incurable, je vais quand même émettre une réserve : le format du bouquin. C'est du semi-poche, autrement dit pas tout à fait du roman de poche, et pas tout à fait du grand format. Moi, je ne pouvais pas le mettre dans la poche pour l'emporter, et prévoir un sac pour ça était embêtant. Bon, c'était juste histoire de râler un peu.

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27 juillet 2014

Terreur dans l'Arkansas (The Youngerman Guns) - Lewis B. Patten - Série Noire - 1970

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Un roman de la Série Noire, datant de 1970.

THÈME : Dan Youngerman est shérif-adjoint dans une petite ville de l’Arkansas. Jusqu’au jour où une silhouette surgie dans la nuit ramène vers lui un passé qu’il s’efforçait d’oublier. Bien des années auparavant, il participait à la Guerre de Sécession. Il faisait partie des guérilleros de Quantrill, coupables du massacre de Lawrence, au Kansas. Il a changé de vie. Mais son frère et ses anciens complices sont restés des bandits. Voilà qu’ils approchent de la ville, prêts à recommencer le coup de Lawrence. Dan doit les arrêter. Mais il doit aussi cacher son identité aux habitants. En fait, le voilà pris en tenaille. Il va tenter de s’opposer à la bande, sans se dévoiler. Difficile, surtout qu’il s’agit de son frère qui a juré de le tuer.

MON AVIS : Que ce western ait été traduit dans la Série Noire peut surprendre, mais cela s’explique peu à peu, en tournant les pages. C’est qu’il s’agit bien d’un western, mais calqué exactement sur le modèle du roman noir. On pourrait remplacer les shérifs par des détectives, et les chevaux par des voitures : l’ambiance resterait, à peu près, la même. La façon dont le suspense est déclenché, puis entretenu, est la même aussi.

Si vous êtes amateur de western, le sujet ne vous surprendra certainement pas : un ancien Sudiste de la bande de Quantrill est rattrapé par son passé violent. Oui, rien de surprenant, puisque ce thème a été traité, et rabattu, un nombre incalculable de fois. Le roman n’est donc pas vraiment original. Ce qu’on peut noter, c’est que Lewis B. Patten parvient néanmoins à apposer sa marque personnelle. D’abord, il nous épargne le prosélytisme pro-sudiste dans lequel ont plongé nombre de ses collègues, surtout au cinéma. Ici, pas de mensonge au lecteur : les assassins sont des assassins, et l’uniforme gris qu’ils emploient comme alibi ne trompe pas longtemps. Ensuite, le récit créé par Patten rappelle beaucoup celui de la « Ville en colère », déjà chroniqué ici-même. Il nous décrit comment une ville de l’Ouest sombre dans la panique : lâcheté et mesquinerie des habitants, médiocrité à chaque coin de rue. Un humanisme désenchanté et déchirant, typique de Patten. Enfin, le suspense s’articule autour d’un mécanisme de répétition souvent utilisé dans le fantastique : le massacre de Dobeville s’annonce comme une réédition de celui de Lawrence. L’histoire va se répéter, l’histoire se rapproche d’heure en heure…

Le public classique de la Série Noire en a eu certainement pour son argent. Pour les vrais amateurs de western (ou les amateurs de vrai western), je conseillerai plutôt de retrouver ceux de Lewis B. Patten dans la collection du Masque. En tout cas, je les préfère.

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15 juillet 2014

Une salve pour le shérif (Last train from Gun Hill) - Gordon D. Shirreffs - Série Noire - 1960

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Ce roman est un western, mais il a été traduit et publié en France dans la série Noire.

THÈME : Au début du XXè siècle, en Oklahoma, deux hommes violent et tuent une femme indienne. Or, celle-ci était l'épouse du marshal Morgan. Il part à leur poursuite, jusqu'à Gun Hill, au Texas. Il découvre qu'un des accusés est le fils de Craig Belden, gros propriétaire du cru, et un de ses anciens amis. Naturellement, Belden refuse de lui livrer son enfant. Morgan va néanmoins l'arrêter. Il s'enferme avec lui dans une chambre d'hôtel et attend le train du soir pour repartir. Belden et ses hommes encerclent l'hôtel. Les habitants étant terrorisés, Morgan ne peut compter que sur l'aide de Linda, ancienne petite amie de Belden.

MON AVIS : Le titre français ne vous dira peut-être rien, mais si vous avez lu le titre américain, ou le petit résumé ci-dessus, vous aurez compris de quoi il s'agit : oui, c'est bien « Le dernier train de Gun Hill », le film de John Sturges, avec Kirk Douglas et Anthony Quinn. Un classique du western. Le grand auteur Gordon D. Shirreffs a été chargé d'en faire une version littéraire. Un cas comparable à « La diligence vers l'Ouest », déjà chroniqué ici. Comme dans ce dernier exemple, le livre suit strictement le schéma du film. Quel était l'intérêt de ce genre d'initiatives ? J'avoue que je ne le vois pas. Je suppose que ces romans devaient se vendre. Oui, probablement.

N'ayant pas grand-chose à dire sur l'ouvrage (puisque je connais le film presque par cœur), je voudrais m'étendre sur Gordon D. Shirreffs. Ce grand auteur exécute une figure imposée : malgré cela, il parvient, par-ci et par-là, à apporter sa petite touche personnelle, sortant du carcan scénaristique. Dans les petits détails du contexte historique : il nous décrit divers objets, nous parle du téléphone et des vélos, nous faisant ainsi comprendre que nous sommes au début du XX è siècle, bien après la période de la Frontière, laquelle est plusieurs fois évoquée avec nostalgie. Et surtout dans les personnages : Shirreffs développe parfois ce que le film ne faisait qu'évoquer. Notamment le personnage de Linda, qui apparaît ici dans toute sa complexité.

Shirreffs, je l'admire. Autant que Lewis B. Patten. Cet écrivain ne triche pas. Il ne trompe personne. Quand son nom apparaît sur une couverture, on sait ce qu'on va trouver. Du western. Shirreffs ne philosophe pas, ne se lance pas dans des pseudo-inventions littéraires ou sociologiques. Il écrit du western. À l'état pur. Avec professionnalisme et passion. C'est dans ses tripes. Et dans les nôtres. Les miennes, en tout cas. Quand je lis ça, je me sens chez moi. Le western est ma patrie. Comme pour Shirreffs.

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10 juin 2014

Kippour sonne le glas (Kippur another cup) - Rod Gray - Editions et Publications Premières - 1978

 

Un roman de la collection OSSEX (N°47), datant de 1978, écrit par Rod Gray.

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THÈME : Un événement extraordinaire se produit : des savants israéliens ont trouvé le moyen de transformer l'eau salée en eau douce. Mais lors de la soirée de présentation, tous ces savants disparaissent, excepté un. On fait alors appel à Eve Drum, agent de choc de l'OSSEX, et accessoirement nymphomane revendiquée. Elle va devenir « accompagnatrice » du seul savant restant. Celui-ci lui fait connaître un curieux personnage : Elmer Paler, sorte de médium prestidigitateur. Peu à peu, Eve Drum va comprendre que ce personnage est la clé de l'énigme. Elle va découvrir un vaste plan monté par une organisation palestinienne. Reste à stopper le plan, au péril de sa vie.

MON AVIS : La littérature de kiosque des années 70 était un monde à part, fourmillant de curiosités et d'étrangetés. Des curiosités et des étrangetés qui nous paraissent aujourd'hui... curieuses et étranges. Prenez ce bouquin : ne doutez pas qu'il laisserait perplexe quelqu'un le découvrant par hasard. Un véritable OVNI littéraire. L'auteur a choisi pour cadre le conflit israélo-palestinien. Celui de l'époque, bien sûr. Ne doutons pas que cette vision assez particulière ne serait guère du goût des belligérants, les pro-israéliens autant que les pro-palestiniens. Pas grave, puisqu'ils ne le liront pas. C'est le genre de littérature qu'on ignore, comme si elle n'avait pas existé. Or, elle a existé, elle a eu du succès, même si elle est maintenant perdue dans des cartons. Et c'était de la littérature, c'est-à-dire que le roman tient debout, et qu'on peut le lire aussi bien qu'un quelconque polar. Le suspense est bien du suspense. Moi, j'aime.

Evidemment, ceux n'ayant pas connu les années 70 demeureront dubitatifs devant le personnage d'Elmer Paler. Les autres reconnaîtront sans peine le célèbre Uri Geller. Mis à la sauce OSSEX. Je ne suis pas sûr qu'il aurait apprécié, mais c'est un autre thème.

Pour le reste, je l'ai déjà dit : la blonde Eve Drum était plus audacieuse, plus osée que la rouquine Cherry O. Traduction : les scènes de sexe sont plus crues et plus hard. Plus explicites, dit-on. Question de goût, naturellement. Finalement, les deux héroïnes étaient complémentaires.

Tiens, j'ai noté une phrase : « Le temps passe si vite quand on s'aime. » Oui, c'est exactement ça. Eve Drum, Cherry O et moi-même nous nous sommes aimés. Par littérature interposée, je le précise. Et puis, le temps a passé. Un peu trop vite. Aujourd'hui, il me reste mes souvenirs de lecture, et ils me sont chers.

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31 mai 2014

Une fille de l'Ouest (Ambush on the mesa) - Gordon D. Shirreffs - Librairie des Champs-Elysées - 1967

 

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Le N°6 de la collection western de la Librairie des Champs-Elysées.

THÈME : Nous sommes au Nouveau-Mexique, pendant la Guerre de Sécession, et Hugh Kenzie est un bon éclaireur de la cavalerie. Mais il a deux handicaps : il a des origines sudistes et son frère a rejoint la Confédération en emportant des bons du gouvernement. Son officier lui propose alors un marché : il doit plonger en territoire apache pour rapatrier la fille d'un général, et pour retrouver les fameux bons. S'il accomplit cette double mission, il sera nommé officier. Voilà donc Kenzie en train de chevaucher dans le désert. Il rattrape le détachement perdu, mais les Apaches sont déjà là. Kenzie et les soldats doivent se réfugier dans un ancien village abandonné. Seulement, ils se voient encerclés, et bientôt à court de vivres et d'eau. Comment se sortir de cette situation périlleuse ?

MON AVIS : Le Blogue repart au Far West. Parce qu'on a la passion, et que j'espère que vous l'avez aussi. Le N°6 de la collection est encore signé Gordon D. Shirreffs, un grand, et un auteur prolifique. Vous l'aurez peut-être remarqué, et je vous le confirme : il présente une forte ressemblance avec « Le fanion du poste-frontière ». Même contexte historique et géographique, une intrigue quasi-identique, des personnages très proches. Disons que Shirreffs exploite le canevas. Malheureusement, le niveau n'est pas le même. Moi, en tout cas, j'ai trouvé celui-ci nettement moins bon. Les rebondissements sont moins prenants, les personnages plus pâles. Les Apaches eux-même semblent moins effrayants. Bien sûr, vous me direz que c'est subjectif, mais puisque c'est moi qui chronique...

Pourtant, il y a dans ce bouquin une idée géniale : les héros se réfugient dans une ancienne ville indienne, abandonnée depuis longtemps. Un de ces villages en terrasses sur le flanc des montagnes. Voilà une trouvaille : le décor s'avère prenant. Y a-t-il des fantômes dans cet endroit devenu sinistre alors qu'il abrita longtemps la vie ? Un trésor se cache-t-il dans ces maisons désormais vides ? Et y a-t-il une issue pour échapper aux Apaches qui les encerclent ? Des questionnements doublés d'un symbolisme qui demanderait une étude plus profonde et plus philosophique. C'est cette trouvaille qui justifie qu'on aille, quand même, jusqu'au bout du livre.

Au chapitre des curiosités, on notera que Shirreffs ne se gêne pas pour critiquer la religion avec causticité. Rappelons qu'il est plus difficile d'être mécréant en Amérique qu'en France, la société y étant nettement plus religieuse qu'ici. Ceux qui le font ont donc plus de mérite que nous, et il faut le souligner.

En résumé, pas le meilleur roman de Gordon D. Shirreffs, mais il peut accrocher grâce à cette fascinante ville abandonnée.

 

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23 avril 2014

Les joyeux de la couronne (Broad Jump) - Glen Chase - Editions et Publications Premières - 1975

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Un roman de la collection Cherry O (N°14), datant de 1975.

THÈME : Au moment où elle s'apprêtait à passer une nuit agréable avec Mark Condon, l'agent secret Cherry O se voit confier une mission pour le moins inhabituelle : aller trouver Tony Abruzzi, un chef de la Mafia, et le convaincre de faire des aveux complets. Surprenant, mais logique : son fils vient d'être assassiné par ses rivaux. Cherry O doit donc employer cet argument pour le motiver. Elle part à sa recherche en Angleterre. L'embêtant est qu'elle n'est pas la seule : un tueur redoutable, le Limier, poursuit également Abruzzi, mais pour l'éliminer. Le mafieux et l'espionne vont devoir se cacher dans la campagne anglaise, où une charmante patronne d'auberge va les accueillir. Mais combien de temps pourront-ils se cacher ?

MA LECTURE : Nous voilà repartis pour les aventures de Cherrisse Delissio, dite Cherry O, héroïne des années 70. Comme en 14. Ou plutôt comme en 1975. Oui, nous avons démarré en 1973 et nous voici, déjà, en février 1975. Nous entrons dans ce que je me permettrai d'appeler la grande époque de Cherry O, celle qui a fait la réputation de cette collection. Les hauts et les bas du début sont oubliés. À ce moment, la formule est au point et chaque volume se révèle remarquable. La formule, c'est un subtil mélange entre l'action et l'érotisme. Cela donne des bouquins passionnants (pour l'intrigue) et émoustillants (pour les scènes de sexe).

Par exemple, celui-ci. Ces « Joyeux de la couronne » nous offrent simplement un magnifique numéro de littérature populaire. Une littérature qui ne recevra jamais le Prix Goncourt, mais tant pis. Répétons-le pour la énième fois : le style d'écriture de Glen Chase est au niveau de la série Z, c'est-à-dire mauvais à pleurer. L'intérêt est ailleurs : quelle créativité, quelle inventivité dans ces feuilles écornées par le temps ! Chaque chapitre, chaque page nous apporte une idée, ou une situation, intéressante. Des tentatives d'assassinat, des rebondissements, du suspense : tout cela est servi à la louche, avec une facilité déconcertante. Jusqu'à la dernière trouvaille : un duel au revolver parmi les pierres de Stonehenge. Clichés ? Sans doute. Des invraisemblances ? Bien sûr. Mais le lecteur en a pour son argent, et c'est une forme de respect assez rare pour être signalée. C'est de la vraie littérature populaire, qui ne prend pas les lecteurs pour des imbéciles.

Maintenant, nous savons que la belle Cherry O est d'abord une nymphomane assumée et que les exploits qu'on attend d'elle sont... d'une autre nature. Eh bien, une fois de plus, nous entrons dans son appartement new-yorkais, où je ne suis jamais allé, mais où l'adolescent que j'étais à l'époque rêvait de se rendre. Le petit nid d'amour où la sublime rouquine révèle ses secrets de séduction. Quand elle nous décrit en détails ses sous-vêtements, ne tournons pas autour du pot : difficile de rester indifférent. Et quand elle nous décrit, en détails aussi, ses ébats avec Mark Condon, ne tournons pas autour du pot non plus : on est jaloux. Qu'est-ce que ce type a de plus que nous ? Des pectoraux, des abdos ? Bon, d'accord, laissons tomber. Reste le problème des scènes de viol collectif : je maintiens qu'on n'est pas obligé de partager tous les fantasmes. Cela mis à part, le bouquin est vraiment un grand numéro d'érotisme.

Voyez-vous, avec le recul, je me sens heureux d'avoir été un ado dans les années 70. Parce que cela m'a permis de lire et de vivre les aventures de Cherry O. La ravissante espionne volatilisée dans le brouillard du temps qui passe, mais toujours vivante dans mon cœur.

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25 mars 2014

L'inconvenance du désastre - Fabien Muller - Editions Langlois Cécile - 2014

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Un recueil de nouvelles de Fabien Muller, publié chez Cécile Langlois.

Tout de suite, chers amis, une mise au point. Non, non, Fabien Muller n'est point un extra-terrestre. Ce n'est pas davantage un nouveau-venu, ou un inconnu. J'avais déjà chroniqué ici « Le journal d'un écrivain sans succès », de Jean-Fabien. Eh bien, Jean-Fabien et Fabien Muller sont une seule et même personne. Depuis, il a été transféré chez Cécile Langlois, où il poursuit sa brillante carrière.

Bon, je vais sans tarder, et sans tricher, avouer la vérité : pour ma part, j'avais quand même préféré « Le journal d'un écrivain sans succès ». Il est vrai que j'étais directement concerné par le sujet. Ici, c'est différent puisque nous sommes dans le pur recueil de nouvelles. Une dizaine. Certaines se limitent à une page et demie. La dernière est un mini-roman de près de 50 pages.

Et ma foi, Fabien Muller vaut largement Jean-Fabien, niveau talent d'écriture. Je lui reconnais sans hésiter un don : celui de la chute. À chaque histoire, il trouve une chute frappante, percutante, d'autant plus marquante qu'elle survient toujours dans le dernier paragraphe, voire la dernière phrase. Il est meilleur que moi pour ça. Autrement, on retrouve ici son humour caustique, parfois féroce, et qui éclate dans des formules cinglantes. Un humour trompeur, car il sert surtout à dissimuler des émotions très fortes. Voyez la chute finale de « Copie conforme », ou de « L'homme de glace » : des dénouements poignants et profondément humains, propres à toucher tous les hommes et toutes les femmes.

Parce que le sujet de prédilection de Fabien Muller est justement celui-là : les femmes. Il les met à toutes les sauces, si j'ose me permettre cette formule ambiguë. Ses héros ne pensent qu'aux moyens de fréquenter de près le genre féminin. Bien sûr, cela pourrait paraître misogyne, jusqu'au moment où on s'aperçoit que c'est la maladresse de ses héros qui créent les malentendus.

« L'inconvenance du désastre » n'est donc pas un désastre, au contraire. C'est même un recueil réussi. Moi, mon seul petit regret est que les histoires ont presque toutes pour thème les choses de la vie quotidienne. Le fantastique, ou science-fiction, n'est employé que dans deux nouvelles : et ce sont justement mes deux préférées. L'auteur approfondira-t-il le genre dans le futur ? J'ose l'espérer.

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19 mars 2014

On a marché sur ma lune (Laid in the future) - Rod Gray - Editions et Publications Premières - 1973

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Un roman de la collection OSSEX (N°10), datant de 1973.

THÈME : Un événement extraordinaire vient de se produire. Une étrange boule est apparue en Amérique. Une voix en est sortie pour expliquer qu'elle provient du futur. Elle précise aussi qu'elle exige de repartir avec une certaine Eve Drum, agent secret américaine. Avec elle, et avec personne d'autre. Sur ordre de ses supérieurs, Eve Drum embarque donc dans la boule mystérieuse. Elle se retrouve propulsée dans le futur. Elle découvre alors un monde aseptisé, mécanisé. Toute émotion, tout sentiment, ont été effacés. Justement, le maître de ce monde a fait venir Eve dans ce but : il compte sur elle pour réintroduire la passion dans cet univers sans relief, évidemment par le sexe. L'espionne blonde est partagée : elle va tour à tour tenter de collaborer sincèrement avec ce maître, et puis le combattre. Mais l'évolution de l'univers semble bien irréversible.

MON AVIS : Alors, là, stupéfaction totale. On est tellement surpris qu'on en reste pantois. Et qu'on ne sait que dire pour chroniquer ce bouquin. Sans faire de jeu de mots, un OVNI. Enfin, disons la vérité : quand on découvre le sujet, on est évidemment persuadé qu'il s'agit d'une énorme blague. Plutôt d'une vaste manipulation. On tourne les pages en attendant le moment où l'héroïne va découvrir la supercherie et démontrer que ce prétendu voyage dans le temps n'était qu'un piège. Et puis, les pages tournent et... non. Peu à peu, on finit donc par comprendre : il n'y a pas de supercherie et la belle Eve Drum est VRAIMENT projetée dans le futur !

Naturellement, si on était dans la science-fiction, il n'y aurait rien à dire. Mais on est dans le polar. Du genre érotique et de la série Z, d'accord. Polar néanmoins. Alors, je demande : quelle idée étrange est venue à Rod Gray ? Dans quel but a-t-il rajouté ce bouquin à la collection ? Bref, pourquoi l'a-t-il écrit ? Je crois que nous ne le saurons jamais. Pour être franc, il n'est ni bon, ni mauvais. Je veux dire qu'il n'est ni meilleur, ni pire que les autres de la série. Simplement, on se demande ce qu'il fait là, et si on peut réellement le considérer comme un numéro de ladite série.

Après tout, il s'agit ici de polar érotique et on pourrait s'en contenter. Mais le problème est justement là : dans cet univers froid, sans émotion, sans passion, les scènes de sexe se révèlent logiquement... froides, sans émotion, sans passion. Essayez donc de vous exciter avec ça ! On est loin du compte.

Alors, on referme le livre avec une grande impression d'incompréhension. Je le répète : il n'est ni meilleur, ni pire que les autres. Mais il ne fait pas vraiment partie du corpus d'OSSEX. Un OVNI.

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17 mars 2014

Cimetière de f'effroi (The web of Easter Island) - Collection Angoisse (N°1) - Donald Wandrei - 1954

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Un roman de la collection Angoisse, du Fleuve Noir (N°1), datant de 1954.

THÈME : Des événements étranges se déroulent dans un cimetière près d'Isling, en Angleterre. Un archéologue, Graham, en entend parler grâce à un journal. Il décide d'aller enquêter sur place. Il découvre une mystérieuse statuette verte et, surtout, un trou profond. Ayant perdu la statuette dans des circonstances énigmatiques, il doit former une équipe et retourner au cimetière pour explorer le trou. Ce dernier mène à une caverne jonchée de squelettes, et à un tunnel débouchant sur le site de Stonehenge. Le mystère devient irritant. C'est alors que le déchiffrage des inscriptions anciennes par un collègue, mort entre-temps, met Graham sur la piste de l'île de Pâques. Il s'y rend. Un événement extraordinaire se produit alors et fait disparaître le monde entier. Graham se trouve projeté... ailleurs. Le dénouement sera incroyable et spectaculaire.

MON AVIS : En 1954, le Fleuve Noir lança une nouvelle collection : Angoisse. Voici le N°1, devenu difficilement trouvable. Et fait significatif, il s'agissait d'une traduction de l'américain. Révélateur de l'état dans lequel se trouvait la littérature fantastique en France. Depuis, ça s'est un peu amélioré, heureusement.

Pour ce que je sais de Donald Wandrei, il se vantait d'avoir été ami et intime de Lovecraft. Comme s'en vantaient quelques autres. Moi, j'avoue que ça m'étonne, puisque Lovecraft avait plutôt la réputation d'un solitaire et d'un marginal. Mais bon, pourquoi pas ? En tout cas, il a écrit des bouquins fantastiques, dont celui-ci.

Alors, je ne sais si Wandrei a fréquenté Lovecraft, mais en tout cas, il l'a lu. L'influence est flagrante. Ce n'est pas le monde de Ctulhu, mais c'est bien « lovecraftien ». La réclame de l'époque proclame « un chef-d'oeuvre de l'épouvante ». On peut discuter sur le « chef-d'oeuvre », notion subjective. Moi, je dirais plutôt un très bon livre. En revanche, désaccord total sur « épouvante ». Non, en dépit du titre français, ce roman n'est pas de l'épouvante. Au risque de choquer, je l'aurais classé dans la collection Anticipation : si, si, parmi la science-fiction. Bien sûr, pour me comprendre, il faut avoir lu les deux derniers chapitres, que je ne peux commenter, sous risque de dévoiler le dénouement.

Avant les deux derniers, il y a les autres. Le principe de Wandrei est celui de la littérature populaire de l'époque : c'est-à-dire qu'on nous explique que n'importe qui peut s'improviser archéologue et entrer dans un vieux cimetière pour découvrir des objets mystérieux qui ont, de façon incroyable, échappé aux archéologues professionnels pendant des siècles. Bah, puisqu'il s'agit de littérature, n'allons pas chercher plus loin. Ce roman est un roman. Et moi, j'ai accroché, vraiment. Il y a un vieux cimetière remontant à l'époque romaine. Il y a des inscriptions dans une langue étrange et inconnue. Il y a un souterrain couvert de squelettes. Il y a une statuette maléfique. Il y a une femme séduisante et mortelle. Bref, il y a tout ce qu'il faut. Disons-le, on est happé dès le début et on lit. Chaque chapitre est un mini-roman. Et puis, il y a le dénouement, absolument impressionnant. Cette fin justifie la lecture à elle seule.

En conclusion, je n'irai pas jusqu'à parler de chef-d'oeuvre (peut-être ce mot pouvait-il être employé à l'époque), mais de grand livre. Un beau numéro d'angoisse et de suspense. Il n'est pas exclu que je le relise un jour. Sans nul doute digne de devenir l'inaugurateur de la nouvelle collection.

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