Le Blogue de Manuel Ruiz

19 avril 2015

OSSEX se découvre (The Lady from L.U.S.T.) - Rod Gray - Editions et Publications Premières - 1971

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Le N°1 de la collection OSSEX, écrit par Rod Gray, datant de 1971.

THÈME : Eve Drum est une jeune secrétaire. Alors qu’elle passe des vacances à Haïti, elle vient en aide à un homme que des lascars menaçaient. Impressionné, l’homme lui propose aussitôt d’entrer dans l’OSSEX, une section féminine des services secrets américains. Elle accepte. La voici au quartier général de l’OSSEX, au dernier étage d’un hôtel de Miami. Elle suit un entraînement intensif en Virginie, fait la connaissance de son chef David Anderjanian. Puis on lui confie sa première mission : espionner un comte sur un yacht. Elle le fait si bien qu’elle découvre une tentative de chantage contre un scientifique qui a inventé un rayon laser capable de protéger l’Amérique de toutes les attaques aériennes. Eve Drum va devoir le protéger, tâche périlleuse car les ennemis vont tout tenter pour l’atteindre et lui voler son secret.

MON AVIS : Dans les années 70, les adolescents de ma génération suivaient une collection de romans populaires qui égayaient notre jeunesse. OSSEX : tel était le titre français. « The Lady from L.U.S.T. », tel était le titre américain. Naturellement, je ne connaissais pas ce dernier à l’époque. Mais l’héroïne était la même : la blonde, belle et intrépide Eve Drum. Le principe de ce genre était relativement usité en ce temps : prendre des histoires classiques de polars, ou d’espionnage, et les détourner pour caser des scènes de sexe, plus ou moins osées, et plus ou moins réussies.

Ainsi naquit cette collection, que nous lisions avec un plaisir coupable. Coupable, parce qu’il faut le dire sans détour : littérairement parlant, ça frise le zéro absolu. Mais plaisir néanmoins, parce que, voyez-vous, ça marche : ces petits bouquins à 2 ou 3 francs, on les prenait et on ne les lâchait plus. Suspense, action, mystère, rebondissements : tout y était. J’oserai dire qu’ils étaient parfois plus passionnants que bien des polars du Fleuve Noir ou de la Série Noire. Encore fallait-il se donner la peine de les lire, ce que beaucoup négligèrent à l’époque. Sans doute les mêmes qui vous répondent inlassablement « Désolé, la science-fiction ne m’intéresse pas », alors que ça les intéresserait peut-être s’ils la lisaient.

Cet « OSSEX se découvre » n’est pas le meilleur de la série, pas plus que le plus mauvais. Son intérêt est qu’il est le premier, celui qui a lancé la collection, en 1971 (un autre siècle, au sens propre). J’avoue que ça se révèle surprenant, voire amusant : on découvre comment la belle Eve Drum entre dans le service secret, comment elle fait la connaissance de son chef (et futur amant) David, comment elle accomplit sa toute première mission. Bref, comment elle est devenue l’héroïne que nous avons connue. L’auteur procède d’ailleurs de manière très habile : la façon dont Eve s’engage dans le service s’avère tout à fait logique et plausible. Moins plausible apparaît le pseudo-scientifique qui pourrait sauver l’Amérique, mais là-dessus, le bouquin n’est pas plus invraisemblable que beaucoup d’autres. On s’en fiche, puisque l’auteur offre ce que le lecteur attend : du suspense, de l’action, et du sexe, du sexe à tire-larigo.

Cette OSSEX, ou cette « Lady from L.U.S.T. », a accompagné toute la période de la libération sexuelle, jusqu’au début des années 80, faisant rêver des milliers d’adolescents. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Des vieux bouquins usés, dans des cartons. Souvenirs d’un temps où on croyait, on croyait vraiment, que la liberté sexuelle produirait un monde meilleur. Comme on s’est trompés ! Et puis, il reste un chroniqueur un peu illuminé qui s’obstine à en parler sur son blog. Parce que, malgré tout, les aventures d’Eve Drum, c’était bien, et je suis heureux de les avoir lues à l’époque, désormais lointaine.

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26 mars 2015

M. Gallet décédé - Georges Simenon - Fayard - 1932

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Un roman de Georges Simenon, de la série du commissaire Maigret, datant de 1932.

THÈME : Le corps sans vie de M. Emile Gallet a été découvert dans un hôtel de Sancerre. Il s’agissait d’un représentant de commerce domicilié à Saint-Fargeau. Le commissaire Maigret est chargé de l’enquête et sa première surprise est d’apprendre que M. Gallet n’était plus représentant de commerce depuis dix-huit ans. Que faisait-il donc ? Maigret poursuit ses investigations et découvre que la victime était en fait un escroc : il soutirait de l’argent à des familles aristocratiques en employant un pseudo-journal royaliste. Cela n’explique pas pourquoi il était descendu dans cette auberge, juste à côté du château de M. de Saint-Hilaire, ni pourquoi son fils Henry Gallet traînait dans le secteur, accompagné de sa fiancé. Cela n’explique pas non plus pourquoi il avait souscrit une assurance-vie juste avant de mourir. Bref, le mystère s’épaissit. Pour l’éclaircir, Maigret doit absolument déterminer qui était réellement Emile Gallet et quel fut son parcours.

MON AVIS : Je sais que cette comparaison fera sourire, mais il existe un parallèle entre le commissaire Maigret et la série de SF Star Trek. Les premiers épisodes de Star Trek furent diffusés dans le désordre, provoquant des incohérences amusantes sur l’écran. Parce que la chaîne de télé n’attachait aucune importance à une série de SF. Pour Maigret, ce fut un peu pareil. Simenon avait écrit une rafale d’enquêtes du commissaire et l’éditeur Fayard eut l’idée incongrue (pour nous) de les publier dans le désordre. De sorte qu’on ne sait plus maintenant quel fut le premier Maigret, ou le deuxième, ou le troisième. Il est vrai que tout le monde s’en fout, à part quelques collectionneurs pointilleux.

On se contentera donc de dire que « M. Gallet décédé » faisait partie des premiers. On s’en aperçoit assez vite, car le commissaire porte encore un chapeau melon. Pour le reste, une lecture aujourd’hui s’avère passionnante et aussi un peu intrigante. En effet, nous voici replongés dans une France que nous ne connaissons plus, puisqu’elle a disparue depuis longtemps et à jamais. Il y a des poules dans la cour de l’auberge, on entend les sabots des chevaux, les personnes se disent « Monsieur » ou « Madame », on salue le châtelain du coin, on compte en anciens francs. Disons-le : c’est un peu déstabilisant. On aimerait bien succomber à la nostalgie, ce serait agréable. Seulement, cette France-là est définitivement ensevelie sous la poussière du passé. Alors, l’impression est étrange.

Si l’on revient au bouquin, il faut bien dire qu’il est formidable. Je comprends que les lecteurs de l’époque aient été fascinés au point de devenir fans absolus de Maigret. Chez Sherlock Holmes, le suspense est créé par des faits concrets et palpables. Chez Maigret, la démarche est toute autre : le suspense naît des émotions ressentis par les personnages. Ici, le commissaire se met à la place du mort, reconstitue son parcours en s’efforçant de retrouver les mêmes sentiments, et c’est ainsi que, peu à peu, nous voyons se reformer la chaîne des événements. Et ça marche. À moins de faire preuve de mauvaise foi, on doit avouer que le suspense est prenant.

Alors, on se dit que le livre est très bien, que le commissaire Maigret, c’était formidable, et on comprend qu’il soit devenu un personnage-phare de la littérature.

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18 mars 2015

Pietr le Letton - Georges Simenon - Presses Pocket - 1931

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Un roman de Georges Simenon, datant de 1931, considéré comme le premier de la série des Maigret.

THÈME : Le commissaire Maigret, de la 1ère Brigade Mobile, est informé par un message international de l’arrivée prochaine de Pietr le Letton, célèbre escroc recherché par toutes les polices. Il se rend aussitôt à la Gare du Nord. À l’arrivée du train, il voit Pietr le Letton qui passe. Mais à ce moment, on l’appelle. Dans un wagon, il découvre un cadavre : celui de Pietr le Letton. Qui était donc l’homme qui vient de passer ? Pour le savoir, Maigret va poster un de ses hommes à l’hôtel Majestic et entamer ses investigations.

MON AVIS : J’ai pas mal bourlingué depuis, mais je dois dire que « Pietr le Letton » est resté mon Maigret favori. Je l’ai lu chez un coiffeur, alors que j’attendais mon tour, et je me souviens que je tournais les pages sans parvenir à décrocher. Vraiment passionnant. Soyons directs : c’est un chef-d’oeuvre. Pour ma part, je le classe toujours parmi les cent meilleurs romans du XXème siècle. Parmi mes cent préférés, en tout cas.

Maintenant, on est bien obligé de poser la question, et je sais bien que je ne suis pas le premier à la poser : peut-on considérer ça comme un roman policier ? Franchement, je ne le pense pas. Ici, pas de véritable enquête, pas de véritable suspense, et très peu de rebondissements. L’enquête s’arrête au premier chapitre. À partir de là, il est clair que Pietr le Letton (ou celui qu’on voit comme tel) est voué à être arrêté tôt ou tard, et que les recherches du commissaire ont simplement pour but d’éclaircir son identité. On est loin de la définition classique du polar.

En revanche, on est tout près de la surprise et de l'incompréhension. Nous sommes en 1931, époque où la France était censée être le plus grand pays du monde. Or, les descriptions de Simenon nous montrent une Gare du Nord tout près du délabrement, avec un toit prêt à s'effondrer, et des verrières brisées que nul ne se soucie de réparer. Les mêmes descriptions qui nous montrent aussi des trains de province miteux et évoquant davantage le Tiers-Monde qu'un état industriel. On demeure perplexe. Véritable portrait de la France ou exagération ? On ne sait.

Parce que Simenon est un mystère permanent et éternel. Avec ce grand écrivain, on ne sait jamais. Lui-même a toujours raconté qu’il avait écrit « Pietr le Letton » (et donc créé le commissaire Maigret) sur une péniche en Hollande, en 1930. Or, les biographes ont démontré qu’il avait déjà employé ce personnage (quasiment à l’identique) auparavant, dans quelques nouvelles. C’est ainsi avec Simenon : on n’arrive jamais à déterminer ce qui est exact et ce qui l’est moins. Peut-être lui-même ne s’en apercevait-il pas.

Ce qu’on sait, c’est que « Pietr le Letton » marque la naissance d’un style qui va fasciner le monde entier, le style Maigret : la pluie, le froid, la marche sur les trottoirs humides, l’odeur des frites. Aujourd’hui encore, on se demande comment le commissaire a pu supporter pendant un demi-siècle les quantités de pluie qui dégringolent sur son chapeau, et les quantités de bière qu’il ingurgite pendant ses enquêtes ! Quelques mystères de plus dans un grand mystère : celui de Georges Simenon. À la fin de ce bouquin, on sait qui était Pietr le Letton, mais on ignore toujours qui était Simenon.

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17 mars 2015

Trois chambres à Manhattan - Georges Simenon - Paperview Edition - 1946

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Un roman de Georges Simenon, datant de 1946, édité par le journal suisse Le Matin.

THÈME : François est un acteur français qui vit seul à New York. Une nuit de cafard, il entre dans un bar à saucisses et rencontre fortuitement une femme, Kay, qui se trouve être aussi seule et perdue que lui. Sans savoir pourquoi, ils commencent à se promener ensemble. Rapidement, ils vont devenir amants, sans se connaître, sans rien savoir l’un de l’autre. Peu à peu, ils vont se découvrir, apprendre leur histoire réciproque. En fait, leurs parcours étaient assez similaires. Puis ils seront séparés. François doit contacter un agent pour travailler, Kay doit rejoindre sa fille malade au Mexique. Se retrouveront-ils ?

MON AVIS : Comme tout le monde (je le suppose), j’ai lu beaucoup de Simenon dans ma vie, presque toujours du Maigret. Alors, en lire sans le commissaire, ça surprend. Quoique Maigret, en fait, ne soit pas si loin que ça.

Parce qu’il faut le dire : il y a un mystère Simenon. De même qu’il y a un mystère John Ford, pour les cinéphiles. Ces deux hommes ont conquis le monde en faisant les choses les plus simples. Mais le cas de l’écrivain franco-belge me semble plus frappant. Ce type écrivait des romans qui se vendaient aussitôt par millions, dans tous les pays et dans toutes les langues. Pourquoi donc ? Qu’est-ce que les gens trouvaient dans ses bouquins ? Certes, il avait du talent, et beaucoup. Mais s’il fallait compter tous les écrivains qui ont du talent et qui ne vendent pas un seul livre...

« Trois chambres à Manhattan » fut, paraît-il, un énorme best-seller en 1946. Je n’en doute point. Seulement, nous sommes 69 ans plus tard. Les esprits ont un peu évolué, et je crois deviner le principal reproche que des lecteurs d’aujourd’hui adresseraient à ce roman : c’est que Simenon en rajoute un peu trop sur le côté pathétique de ses personnages, jusqu’à friser le misérabilisme dans certaines pages. Nous sommes devenus plus « pudiques », probablement. La description de la situation matérielle des héros (surtout celle de Kay) devient presque gênante. Dans le même élan, on dira également que cette interminable errance de bar en bar, de taxi en boîte de nuit, peut paraître passionnante ou lassante. Pour ma part, j’ai oscillé entre les deux.

Maintenant, en rester là serait une erreur. Je préfère insister sur le positif. D’abord, Simenon nous épargne le coup du dépliant touristique : son New York est gris, froid, et surtout horriblement banal. Seuls les numéros des rues nous permettent de savoir où nous nous trouvons. L’auteur met dans le mille. Ensuite, il y a le personnage de Kay. Contrairement à une tendance répandue dans la littérature (et le cinéma) de l’époque, elle ne se révélera pas à la fin comme une prostituée. Son parcours apparaîtra comme celui d’une femme pareille aux lectrices, ce qui la rendra encore plus émouvante, encore plus proche. Parce que c’est le dernier point à souligner : ici, il y a des sentiments. Justement ce qu’on cherche en vain dans les Maigret.

Le livre se termine par une porte qui se ferme. Nous, nous refermons le bouquin, et le mystère Simenon reste entier.

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13 mars 2015

"La dentelle du Colorado" sur Price Minister

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C’est curieux, mais « La dentelle du Colorado » est déjà disponible sur Price Minister :

http://www.priceminister.com/offer/buy/542652401/la-dentelle-du-colorado.html#filter=10

 

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Une chronique sur "La dentelle du Colorado" sur Babelio

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Une nouvelle chronique sur « La dentelle du Colorado », celle-ci sur Babelio :

http://www.babelio.com/livres/Ruiz-La-dentelle-du-Colorado/694219

 

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04 mars 2015

Nouvelle chronique sur La dentelle du Colorado

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Et voici une nouvelle chronique sur mon dernier roman :

http://joanskingdom.blogspot.fr/2015/03/la-dentelle-du-colorado-de-manuel-ruiz.html

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01 mars 2015

Première chronique sur "La dentelle du Colorado"

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Et ça ne traîne pas : j'ai déjà une première chronique de lecture sur "La dentelle du Colorado", en plus sur un site de Canalblog, "Le monde enchanté de mes lectures", ce qui est bien agréable :

http://chroniqueslivres.canalblog.com/archives/2015/02/28/31609192.html

J'espère que d'autres suivront.

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Publication de "La dentelle du Colorado" chez Lune Ecarlate

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Aujourd'hui est le grand jour : mon nouveau roman est publié aux éditions Lune Ecarlate. Toutes les infos sont ici :

http://lune-ecarlate.com/produit/la-dentelle-du-colorado/

Une drôle d'histoire. J'ai simplement répondu à un AT sur le thème "Sensuelles Illusions", sans trop y croire, juste pour m'amuser. À ma grande surprise, la directrice de collection m'a répondu que le texte l'intéressait et m'a proposé de le rallonger pour en faire un véritable roman. Et voilà le résultat.

La vie d'un écrivain est donc un chemin plein de virages inattendus. Après dix années de science-fiction, me voici subitement plongé dans le monde de la romance. Historique pour commencer, mais j'escompte en faire d'autres. Je m'en réjouis et j'espère que nombreux seront les lecteurs à monter dans la diligence.

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13 février 2015

Mon nouveau roman

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Au mois de mars, je sors un nouveau roman, chez Lune Ecarlate Editions. Voici la couverture.

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