Le Blogue de Manuel Ruiz

09 mai 2021

Gérard Cordier revient de Mexico - Roger Debaye - Editions G.P. - 1969

Un livre-document, datant de 1969, et consacré aux Jeux Olympiques de Mexico.

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THÈME : Le jeune journaliste Gérard Cordier a été envoyé aux Jeux de Mexico, car le journaliste prévu s’est cassé la jambe. Il s’installe donc et suit l’événement, depuis la cérémonie d’ouverture jusqu’à celle de clôture. Pendant quinze jours, il rencontre et interroge tous les protagonistes. Cela donne des moments drôles, ou plus sérieux, ou franchement émouvants. Gérard voit défiler le sport des années 60 dans tous ses aspects. À la fin, il doit repartir, avec des souvenirs plein la tête.

MON AVIS : J’ai lu tant de choses dans ma vie qu’il m’arrive de tomber sur des trucs franchement inattendus, voire incongrus. Comme celui-ci, que j’appellerai « livre » parce qu’il faut bien le désigner par un mot quelconque. Il s’appelle « Gérard Cordier revient de Mexico », il date de 1969. J’ai donc dû le lire vers 1970. Vous le voyez, cela ne me rajeunit pas, et vous non plus.

Un truc inattendu, oui, car il s’avère impossible à définir. Une sorte d’O.V.N.I. Pour tenter de le décrire, je dirai qu’il appartient à un genre peu usité : la fiction-document. Une sorte de mélange des deux. Le récit est romanesque, mais les reportages et interviews qu’il propose sont bien authentiques. Même si, naturellement, ils ont probablement été faits par d’autres que ce « Gérard Cordier ». Allez savoir qui a eu cette idée-là. Je ne l’ai jamais découvert, et il est vrai que je n’ai fait aucun effort pour cela. L’auteur, Roger Debaye, est un inconnu pour moi. Et l’éditeur aussi.

Bref, ce machin existe. Je l’avais lu dans mon adolescence, je l’ai relu aujourd’hui. Il faut expliquer que ce roman-document traite des Jeux de Mexico, en 1968. Problème pour en parler. Parce que franchement, qui se souvient des Jeux de Mexico ? Qui se souvient de Colette Besson, de Kiki Caron, d’Alain Mosconi, de Bob Beamon, de Ray Fosbury ? Et des autres. Autant parler de paléontologie. J’ai connu, moi. Alors, oui, ça me parle.

Ainsi donc, « Gérard Cordier » se trouve à Mexico et il interroge les sportifs qui participent. Ceux qui ont gagné, et ceux qui n’ont pas eu cette chance. Les seconds se révélant souvent plus intéressants que les premiers. Parce que les entretiens nous permettent de découvrir les disciplines sportives, mais surtout les personnalités de ces champions oubliés. Cela nous vaut des moments vraiment inoubliables. Comme Jim Hines, vainqueur du 100 mètres, avouant sans complexe : « Je ne sais pas moi-même pourquoi je cours aussi vite ». Ou bien Bob Beamon, l’homme qui vola sur 8,90 mètres, martelant avec franchise qu’il préfère le basket au saut en longueur. Ou bien Alain Mosconi refusant de célébrer une médaille de bronze, car seule la médaille d’or a de la valeur (dur, mais juste). Ou bien le légendaire Johnny Weissmuller, racontant avec nostalgie comment on nageait de son temps. Il s’agit d’un documentaire sportif, mais aussi et surtout humain. Ces grands champions nous ressemblaient, finalement.

Maintenant, pour ma part, je reconnais un faible pour le chapitre sur Colette Besson. Sacrée Colette, que 50 mètres miraculeux ont fait entrer dans la légende. Bah, il faut bien dire que la suite de sa carrière ne fut pas ce qu’on attendait, mais c’est naturellement une autre histoire. La sienne, qu’elle raconte avec pudeur, suffit à la garder dans notre cœur. De même que Fosbury, l’homme qui sautait à l’envers. Et Jonquères d’Oriola, le grand cavalier.

Tout cela est vieux, dorénavant. Si vieux que personne ne s’en souvient. Excepté nous, puisque nous l’avons connu. Les Jeux de Mexico, 1968. Même si ce bouquin demeure une curiosité et une énigme, il a le mérite de nous les envoyer et de nous les faire revivre. Je ne saurai jamais qui était ce Roger Debaye, mais je le remercie néanmoins.

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08 mai 2021

Fausses pistes pour Lecomte - F.-H. Ribes - Fleuve Noir - 1970

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Un roman du Fleuve Noir, de la collection Espionnage, écrit par F.-H. Ribes et datant de 1970.

THÈME : Gérard Lecomte, agent de la CIA, est envoyé en mission à Los Angeles. Il doit contacter un certain Bruno Lancaster. Mais à peine arrivé, il découvre que ce monsieur a disparu et il rencontre deux femmes qui prétendent, toutes les deux, être la secrétaire de Lancaster. Un imbroglio qui ne fait que commencer. Or, l’heure est grave, car Lancaster avait repéré la présence de Ramirez, un extrémiste dangereux, laquelle n’annonce que des mauvaises nouvelles. Lecomte doit absolument résoudre cette énigme, sous peine de voir l’Amérique du Nord sombrer dans le chaos.

MON AVIS : S’intéresser (en dilettante) à la vieille littérature populaire amène à redécouvrir des noms oubliés, enfouis sous la poussière du temps. Aujourd’hui, nous redécouvrons F.-H. Ribes. Bah, je suppose que ça ne dit plus rien à personne. Quel dommage. Il fut un des grands du Fleuve Noir, un de ceux qui alimentaient les rayons des kiosques et des gares. Comme Paul Kenny, M.G. Braun, Claude Rank, Adam Saint-Moore. Et quelques autres. Scandaleusement sous-estimés à l’époque, tristement oubliés maintenant.

Parce que, voyez-vous, tous ces gens avaient du talent, et beaucoup. Il aurait suffi de les lire pour s’en apercevoir. Prenez F.-H. Ribes. Du talent à revendre. Il montait des suspenses prenants et captivants, qui vous tenaient en haleine. Mais il y rajoutait une note d’humour, une auto-dérision, qui rendaient le récit encore meilleur. Et qui faisaient comprendre qu’il ne se faisait guère d’illusion, ni sur ses contemporains, ni sur lui-même. On vous le dit, à redécouvrir.

Tiens, ce bouquin de la collection Espionnage, mené par l’agent secret Gérard Lecomte, alias KB-09. Imaginez : nous sommes en Californie, en 1970. Cela ne vous dit rien ? À ceux de ma génération, oui. Los Angeles, Santa Monica, les voitures décapotables, les filles cheveux au vent, la musique. C’était notre rêve à nous. Ma génération s’est gavée de rêve californien. Cela s’est estompé avec le temps. Tant pis. Moi, je retrouve ça avec plaisir et un zeste d’émotion. Vive la littérature populaire, F.-H. Ribes et quelques autres. Que je suis heureux d’avoir grandi avec ça.

 

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07 mai 2021

L'auberge de l'Ange-Gardien - Comtesse de Ségur - Cercle du Bibliophile - 1863

Un roman pour la jeunesse de la comtesse de Ségur, datant de 1863.

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THÈME : Deux petits orphelins, Jacques et Paul, sont perdus dans une forêt, guettés par le froid et la faim. Un voyageur, Joseph Moutier, les découvre. Il les transporte au village le plus proche et les présente à l’auberge de l’Ange-Gardien. Cette dernière est tenue par deux sœurs, Mme Blidot et Elfy. Elles acceptent de prendre en charge les deux orphelins. Trois ans plus tard, Moutier revient, après avoir participé à la guerre de Crimée. Il est accompagné par un personnage étonnant, le général Dourakine : un officier russe qu’il a capturé. Mais très vite, Moutier va s’apercevoir que des choses bizarres se déroulent dans le village, notamment aux alentours d’une autre auberge, et que ces choses bizarres concernent bel et bien les habitants de l’Ange-Gardien.

MON AVIS : Une forêt. Sous un arbre, deux petits garçons sont étendus. Enlacés, se tenant par la main. Endormis. Affaiblis par la faim, le froid et la fatigue. Ils s’appellent Jacques et Paul. Une scène inoubliable. Je n’ai pas peur de dire, et d’écrire, que c’est une des plus belles scènes de toute la littérature classique. À elle seule, elle justifie qu’on lise ce livre. Un grand classique de la littérature française.

Classique, mais pas comme les autres. En effet, on ne révélera rien à personne en rappelant que la comtesse de Ségur n’a pas la réputation de Dumas, ou de Jules Verne. Sa réputation, à elle, est d’un autre genre : mièvrerie, gnan-gnan, chichi, sentimentalisme. On précisera, pour être juste jusqu’au bout, que ce n’est pas entièrement faux. Et après ? Une fois qu’on a dit ça, on n’a rien dit. Parce que je réponds, moi, la même chose que lorsque je chronique mes polars populaires des années 60 : c’est un genre. On l’accepte ou pas. Mais si on ne l’accepte pas, et si on referme, on se prive d’un truc valable. Avec son sentimentalisme excessif, ce roman est bon quand même.

C’est un genre, oui. Un genre disparu aujourd’hui : le roman-feuilleton. Dans cet univers, la mièvrerie n’est pas honteuse, mais revendiquée et intégrée. Comme les rebondissements, parfois tirés par les cheveux. Apparemment, notre comtesse d’origine russe aurait écrit ça vers 1863. On imagine sans effort que le lectorat de l’époque ne devait pas ressembler à celui de maintenant.

Si on adopte ce point de vue, sans doute le seul possible, on dira que l’unique problème de ce roman-feuilleton, c’est d’être un roman-feuilleton. En clair, il y a quelques longueurs. En lisant certains chapitres, on comprend qu’il fallait bien remplir les pages. Cela faisait partie du genre. Pour ma part, mes petits regrets se situent ailleurs. Après leur apparition si poignante, les petits Jacques et Paul s’estompent peu à peu, jusqu’à devenir des personnages quasiment secondaires. Dommage. Le général Dourakine apparaît quelque peu caricatural. Était-ce voulu ? Mais franchement, mon véritable regret est le malheureux Torchonnet, qui en prend plein la tronche pendant tout le livre, sans être plus coupable que les autres. Regrets qui n’engagent que moi, et probablement dus à ma qualité d’écrivain.

Le récit est prenant, on suit avec intérêt l’évolution des sentiments entre Moutier, Mme Blidot et Elfy. Un savant dosage de sentiments et de psychologie. Cependant, je dirais que j’ai été bien plus intéressé par les descriptions que l’auteur nous fait de son époque. Les routes où on se déplace à pied, ou en carriole. Les maisons où on s’éclaire à la bougie. Dans cet univers, on se lève tôt, et les journées sont longues. Dans cet univers, on va chercher l’eau au puits, et le lait au bout du village. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est le détail des repas : une grosse soupe, un morceau de pain noir, une assiette de viande, une autre de légumes, le tout avec du fromage, du beurre, des radis. Et conclu par un grand café et une eau-de-vie. Et accompagné par du cidre. Oui, oui, on donnait du cidre à boire à des enfants de six ans ! Avec ça, on a pu mesurer l’abîme culturel entre nos ancêtres et nous-mêmes. Merci à la comtesse.

Laquelle donne parfois l’impression d’aller plus loin. Le passage où le papa de Jacques et Paul narre ses mésaventures pourrait paraître revendicatif, voire anarchiste, voire anti-système. Naturellement, il n’en est rien. Victor Hugo, ou Balzac, martelaient la société, la démolissaient, la pulvérisaient. Soit. Mais la comtesse de Ségur, pour sa part, se contente de raconter une histoire. Il se trouve qu’en la voyant se déployer, on découvre une société terrifiante, où la sécurité sociale et l’aide à l’enfance sont des vues de l’esprit, où le seul moyen d’acquérir de l’instruction est d’aller chez monsieur le curé. Cela ne fait que transparaître sous l’histoire, mais suffisamment.

Finalement, Dourakine, Moutier, Mme Blidot, Elfy, finiront par trouver leur bonheur, chacun à sa manière. Et le lecteur sera heureux de sa lecture. 1863. Aujourd’hui, l’Ange-Gardien n’existe plus. Pas vraiment d’importance. Quelque part, au fond de la forêt, Jacques et Paul sont étendus sous un arbre, endormis, enlacés avec tendresse, se réchauffant avec espoir. Quoi qu’il arrive, ils resteront dans notre cœur.

 

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28 avril 2021

La marque de Kâli - Henri Vernes - Pocket Marabout - 1956

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Un roman de la collection Bob Morane, datant de 1956.

THÈME : Bob Morane se trouve en reportage à Calcutta, quand il reçoit un appel du professeur Mainright. Il se rend chez ce dernier, mais le découvre mort, avec une mystérieuse statuette à côté. Voilà Bob plongé dans une affaire inquiétante. La police ne semble pas très motivée pour la résoudre. Surtout, un Mongol dangereux se présente et commence à le menacer s’il ne lui remet pas la statuette. Laquelle intéresse aussi un énigmatique maharajah. Qu’a-t-elle donc de particulier ? Pour le savoir, Bob devra quitter Calcutta et se lancer dans un voyage vers les montagnes. Un voyage périlleux, dont il risque de ne jamais revenir.

MON AVIS : Ma jeunesse a été peuplée par Bob Morane. Ah, vous ne connaissez pas Bob Morane ? Vous ne connaissez que la chanson d’Indochine ? Eh bien, vous n’êtes pas de la même génération que moi, simplement. Vous n’avez pas connu ces mornes dimanches sans télé, sans internet, sans smartphone. On pouvait se balader longuement dans les avenues désertes, ou bien lire, lire, lire. Je préférais lire. Bob Morane ou d’autres. Mais souvent Bob Morane. Un compagnon de jeunesse.

Des Bob Morane, il y en a beaucoup. Alors, pourquoi celui-ci ? Pour une seule raison : c’est le premier que j’ai lu. L’adolescent que j’étais l’ouvrit, voilà une éternité, et fit connaissance avec le héros d’aventures. Ensuite, j’en ai lu d’autres. Mais celui-ci est resté le premier. En quelque sorte, c’est « mon Bob Morane à moi ».

Une éternité après, relecture. Qu’en penser ? Ma foi, ne venez pas me dire que ce machin a pris un petit coup de vieux. Parce que je m’en suis aperçu tout seul. Un petit coup de vieux, oui. Comme nous. La description qu’il nous propose de l’Inde était, probablement, déjà cliché à l’époque. On imagine aujourd’hui ! Une Inde des maharajahs et des Thugs. Pas de la carte postale, carrément de l’archéologie. Bon, soyons francs : les lecteurs que nous étions s’en fichaient comme du tiers du quart du centième. Nous ne cherchions que le plaisir de la lecture. De ce point de vue, aucune raison de se plaindre : Henri Vernes connaissait son boulot. Il a raconté plusieurs fois qu’il avait créé Bob Morane par hasard, parce qu’un éditeur le lui avait demandé. Bah, les créateurs ont toujours tendance à simplifier leur genèse. Je demeure convaincu que ce fut plus compliqué et plus personnel que ça. Le plus génial chez Henri Vernes était son art de faire la mise en place : à chaque volume, il réussit à trouver un truc pour plonger Bob Morane dans une aventure qui, au départ, ne le concernait en rien. Prenez celui-ci : Bob se prélasse sur une terrasse, puis se retrouve brusquement avec une mystérieuse statuette sous le bras et poursuivi par des méchants qui veulent lui faire la peau. Rien à dire : la situation est amenée d’une façon tout à fait logique et inattaquable. Chapeau, M. Vernes. La suite est du même tonneau : notre aventurier parcourt les Indes, échappe à tous les dangers. Un rebondissement par chapitre ? Non, un coup de théâtre par page. En relisant, je me suis dit que notre génération ne s’est pas trompé : Bob Morane, c’était super. Ceux qui sont passés à côté ont eu tort.

Ma jeunesse s’est envolée. Mais Bob Morane et Bill Ballantine marchent encore sur un sentier de l’Himalaya. Ils sont là et ils y resteront. Mes amis pour toujours.

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05 mars 2021

Un cerveau pour Calone - Alain Page - Fleuve Noir - 1966

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Un roman d’espionnage du Fleuve Noir, datant de 1966, écrit par Alain Page.

THÈME : Nicolas Calone est un agent secret français. Un jour, on lui confie une mission surprenante. D’autant plus surprenante qu’il ne s’agit pas d’une mission, mais d’un stage. On l’envoie dans un centre de formation, afin de suivre un cycle de perfectionnement, à base de cours plus ou moins intensifs. Inutile de dire qu’il ne comprend guère. Il comprendra encore moins en constatant que le centre de formation, situé à une centaine de kilomètres de Paris, semble être le théâtre d’événements bizarres, et parfois mortels. Alors, il va commencer à s’interroger, et à réagir.

MON AVIS : Les amis, nous parlons aujourd’hui, de façon détendue et relax, d’un grand de la littérature populaire. Alain Page. Oui, le créateur de l’Ombre, déjà chroniqué ici. Et aussi créateur de Nicolas Calone, agent secret et aventurier. Et accessoirement, scénariste de « La piscine », un film avec Alain Delon, que la télé a multi-rediffusé, sans doute parce qu’elle n’avait rien d’autre dans les tiroirs. Un grand dont les bouquins ornaient les rayons des kiosques et des gares des années 60. Un grand, tout simplement.

Nicolas Calone n’a pas laissé chez les bibliophiles la trace profonde de l’Ombre. On peut le comprendre, mais on doit rajouter que c’est injuste. Si l’Ombre triomphait dans l’originalité, Calone faisait dans le classique en béton : un agent secret œuvrant sous les ordres d’un chef, appelé Costes, et remplissant les missions les plus périlleuses au quatre coins du monde. Déjà vu, déjà lu, je le sais. Mais répétons-le, c’était du béton.

Et aujourd’hui, cela s’assimile plutôt à du papier jauni. N’y voyez rien de répulsif : vous connaissez mon amour pour les livres de cette époque. Il se trouve qu’on lit, et qu’on se dit que c’est vieux, et vraiment vieux. Tout l’est : le volume avec sa couverture et son illustration, les voitures que conduisent les personnages, les vêtements qu’ils portent, les téléphones qu’ils utilisent, les Gauloises qu’ils brûlent en permanence. Plongée expresse dans les années 60. On accroche ou pas. Mais l’ensemble, en effet, évoque sans arrêt le papier jauni.

L’ensemble, y compris le récit. Il est prenant et intéressant jusqu’au bout. Cela ne nous empêchera pas de noter quelques trucs : le héros est censé suivre un stage, mais il ne cesse de s’absenter pour rendre visite à des gens, pour téléphoner, ou pour dîner au resto. Une telle attitude attirerait forcément l’attention de n’importe qui, agent secret ou pas ! En fait, un lecteur un tant soit peu malin ne tardera pas à deviner que le « stage » que suit Calone est une frime cachant autre chose. Bah, je suppose, et je suis même certain, que les lecteurs de l’époque se fichaient de ce genre de détails.

Pour me montrer plus constructif, je préciserai que ce qui m’a le plus étonné en le relisant, a été la longueur du texte. Vraiment long. Parce que la littérature populaire n’était pas de la littérature au rabais. Les auteurs étaient de vrais auteurs, et ils avaient le respect de leur public. Voilà pourquoi, si longtemps après, nous les gardons dans nos cœurs, malgré tout. Alain Page, M.G. Braun, Paul Kenny, et tant d’autres. Ils écrivaient pour nous, et nous les en remercions.

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02 mars 2021

Radio-Nord - Danislas Lensky - Borealia - 2020

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Un roman de la collection Borealia, écrit par Danilas Lensky, datant de 2020.

THÈME : Toporkov, mieux connu sous le pseudo de DJ Bob, vit dans une petite ville de Sibérie, et travaille sur la radio locale. Il anime une émission : « Les tuiles de la semaine ». Les gens appellent pour exposer leurs malheurs quotidiens. Cela marche plutôt bien. Jusqu’au jour où il accorde la parole à une certaine Olga, déséquilibrée manifeste. Le malheureux ne se doute pas qu’il vient de mettre la main dans un engrenage qui le mènera à se retrouver seul avec une petite fille dont il devra s’occuper.

MON AVIS : Puisque nous avons entamé un bout de chemin avec Borealia, continuons. Aujourd’hui, plus de recueil de nouvelles, c’est un roman que nous chroniquons. Un roman venu du fin fond de la Sibérie. Ce qui nous permet, au passage, de découvrir que les Sibériens contemporains vivent dans de véritables villes, ce que nous ne savions pas forcément. La littérature enrichit l’esprit, on ne cessera de le dire.

Un roman venu de Sibérie, certes, mais qui ne m’a pas forcément dérouté, car son sujet est la radio. Or, j’ai moi-même travaillé (modestement) pour cet instrument. Les feuilletons radiophoniques que je faisais ne ressemblaient pas forcément à l’émission de DJ Bob. Mais j’ai reconnu des choses qui ont fait partie de mon univers : cette ambiance des radios de nuit, cette faune de cinglés qui appellent après minuit pour débiter des discours hallucinants, cette atmosphère de fatigue et de café. Oui, j’ai réellement connu ça. Alors, DJ Bob et moi, même combat ? Pas nécessairement, car on vit la radio de différentes manières. La sienne étant d’ailleurs plus impliquée que la mienne.

Radio d’accord, mais roman d’abord. Certes, pour un récit qui venait du froid, on s’attend à quelque chose de … glacial. Or, on voit dérouler un texte chaleureux, ardent, endiablé, avec des phrases percutantes, des dialogues frappants, et un esprit ravageur allant jusqu’au caustique. C’est un bouquin fort, et peu importe d’où il vienne. Bon, en guise de réserve, je dirai que l’accumulation de langage grossier finit par devenir répétitive et lassante. Il en faut pour tous les goûts, il est vrai.

Moi, j’ai bien aimé. Même si le coup du « célibataire endurci qui se retrouve avec un enfant à élever » est usé, et usé, notamment par le cinéma italien des années 60. Ici, on se retrouve loin de l’Italie, mais le ressort est le même, toujours aussi comique, toujours aussi émouvant. Un roman de Sibérie, mais un bon roman.

 

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28 décembre 2020

Coeur de Bronze - Anthologie - Borealia - 2019

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Une anthologie de nouvelles, de divers auteurs mongols, du XX° siècle, et réunies par les éditions Borealia.

MON AVIS : On ne dira jamais assez à quel point il est utile, autant qu’agréable, d’entretenir de bonnes relations de voisinage. On ne peut que s’en féliciter, lorsque tel est le cas. Dans la rue où j’habite, il y a, non pas un vieux pneu, mais une librairie, proposant des livres assez inhabituels. Renseignement pris, ladite librairie est en fait la vitrine de Borealia, une maison d’éditions, spécialisée dans les littératures « nordiques ». En gros, la Scandinavie, la Russie, le cercle Arctique, et on ajoutera un et-cetera. Ah, ça surprend ? Oui, ça m’a surpris aussi. Emporté par mon tempérament aventureux, je suis pourtant entré et j’ai choisi cette anthologie de nouvelles, réunissant 22 textes produits par 16 auteurs de Mongolie.

Ainsi donc, me voici avec dans la main un livre mongol. Je devine votre observation : un bouquin venant de nulle part, avec des écrivains portant des noms imprononçables, parlant de choses et de lieux qu’aucun de nous ne connaît. Autant dire un livre tombant d’une autre planète, une œuvre d’extra-terrestres. Telle est du moins notre réaction. Mais elle est absurde et irrationnelle. Ces écrivains surgissant d’un pays lointain sont aussi valables que les nôtres. Ils viennent de loin, voilà tout. Ils méritent, quand même, d’être lus, ou parcourus. Enfin, un minimum.

Je me suis donc donné la peine de le faire. Le recueil se compose de deux éléments : les nouvelles, et les biographies des auteurs. Les nouvelles sont au nombre de 22. Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’elles sont toutes géniales. Mais elles sont toutes intéressantes. Toutes apportent quelque chose au lecteur. Celui-ci découvre peu à peu un univers si différent du nôtre qu’il nous déroute. Les gens se déplacent à cheval, ils vivent dans des campements de yourtes, ils mangent des laitages, boivent de l’alcool de lait. Attention aux éventuels candidats : il ne s’agit ici ni de cartes postales, ni de dépliants publicitaires. Ceux qui écrivent ça sont de vrais Mongols, et ils s’adressent à des lecteurs mongols. Nous avons donc droit à l’envers du décor : les campements de yourtes se révèlent parfois glauques, voire carrément sordides. Et les mœurs peuvent être violentes. Non, le paradis n’existe pas, et ces écrivains ne cherchent pas à nous le faire croire. En revanche, ils nous apprennent des tas de choses passionnantes : comment les gens se déplacent à chaque saison pour trouver des pâturages, comment on se constitue un patrimoine de bétail, comment on chasse les loups et les louveteaux (de façon parfois cruelle). Un autre univers, difficile à comprendre pour nous. Mais je le répète : ces nouvelles valent le coup d’œil. Elles sont bonnes.

En dehors des récits, le recueil propose aussi les biographies des auteurs. Elles se révèlent intéressantes aussi, quoique pour d’autres raisons. En effet, sur les 16 écrivains sélectionnés, la moitié appartiennent à ce que la traductrice appelle « le temps de la répression ». Pour ceux qui n’auraient pas compris, celui du régime ex-soviétique. Ce n’est pas le sujet du livre, naturellement. Mais en lisant les biographies entre les lignes, on entrevoit ce que ce fut : déportations, disparitions, corruption, censure. Liste probablement non-exhaustive. Les écrivains et artistes figuraient évidemment parmi les premières victimes. Une époque horrible, dont quelques inconscients entretiennent aujourd’hui la nostalgie, par ignorance, ou par fanatisme, ou par bêtise.

Bref, je maintiens que les bonnes relations de voisinage sont fructueuses. Je remercie la librairie, et Borealia, pour cette découverte littéraire, et je vous incite à la découvrir aussi. Une lecture parfois déroutante, mais toujours intéressante et instructive. Lisez.

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02 novembre 2020

Duz - Pierre Suragne - Fleuve Noir - Collection Angoisse (N°243) - 1973

imageUn roman de la collection Angoisse (N°243), écrit par Pierre Suragne, datant de 1973.

THÈME : Duz est un petit garçon de huit ans. Ses parents décident de le laisser dans un orphelinat. Pour partir en voyage, disent-ils. En réalité, pour se débarrasser de lui. Le voici enfermé, et confronté à un environnement inconnu pour lui, et hostile : des bandes d’enfants qui se battent, des surveillantes pas toujours affables, des vieillards parfois inquiétants. À ce contact, il change peu à peu, découvre de nouvelles facettes de sa jeune personnalité. Ne serait-il pas légèrement sociopathe ? En tout cas, il se surprend à faire des choses dont il ne se serait pas cru capable. Des choses positives ? Pas toujours, et l’engrenage risque de le mener jusqu’à l’irrémédiable.

MON AVIS : 1973. Oui, mes années de lycéen. L’époque où j’allais au lycée, en portant un cartable, et en baissant la tête sous les rafales de vent, parce que ça souffle du côté de Perpignan. Cette année-là, ce bouquin est sorti dans les kiosques, et les gares. Peut-être l’ai-je aperçu à ce moment. C’est loin.

Heureusement, je l’ai trouvé, et lu. Disons qu’il apporte un nouveau témoignage sur l’extraordinaire capacité créatrice qui régnait chez le Fleuve Noir de l’époque, et dans toute la littérature populaire de ces années. Que des gens, prétendument intellos, l’ait ignorée, ou méprisée, est un autre sujet, qu’on a le droit d’évacuer. J’avoue que je ne sais rien de ce Pierre Suragne, mais il était un sacré bon auteur, et il nous livre, clés en main, un sacré bon roman. Simple : il est tout simplement passionnant. 240 pages palpitantes. En guise de réserve, et comme cela fait partie de ma chronique, je dirai seulement que les incessantes descriptions, des personnages et des lieux, finissent par devenir répétitives et lassantes. Pour moi, car il semble que ce soit volontaire. En effet, l’auteur a opté pour un style lent, très lent, qui progresse au ralenti et ne délivre les événements au lecteur qu’au compte-gouttes. C’est évidemment un style aussi valable qu’un autre. Loin de diluer le suspense, il le souligne et le renforce. Le suspense, il est fort. Pendant 240 pages, on se demande ce que va devenir le petit Duz. D’autant plus prenant que l’auteur a fait un autre choix : il cherche volontairement à créer le malaise chez le lecteur, en multipliant les scènes choquantes. Et il y parvient. Comme d’habitude, il s’en trouvera pour regretter le dénouement un peu elliptique. En fait, il correspondait au genre recherché. Un fin plus explicite aurait expédié le bouquin dans une autre collection, probablement Spécial-Police.

Bon, il fleure une lointaine époque. Les enfants d’aujourd’hui ne lisent plus d’illustrés, et je doute qu’ils s’intéressent au Tour de France. Quant à leurs amusements, je suppose qu’ils doivent être assez éloignés de ceux que nous voyons ici. De même que le profil des surveillantes et des retraités. Et d’ailleurs, ce genre d’établissement existe-t-il encore ? J’avoue mon ignorance. Je ne peux que lire et relire ces vieux romans qui nous parviennent d’un autre siècle, et qui constituaient cette littérature populaire, riche et variée, qui a bâti note jeunesse, et notre vie.

 

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11 octobre 2020

Les yeux braqués - Marc Agapit - Fleuve Noir - Collection Angoisse - 1965

 

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Un roman de la collection Angoisse, écrit par Marc Agapit, et datant de 1965.

THÈME : Urbain et Anna Dacier sont un couple qui vit dans un château des Alpes, et qui possède une usine. Tout pour être heureux, apparemment. Jusqu’au jour où Anna Dacier commence à avoir des hallucinations : elle aperçoit des yeux braqués sur elle, et qui la regardent fixement. Elle consulte un oculiste et un psychiatre, sans trop de succès. Quant à Urbain Dacier, il tombe mystérieusement malade et s’affaiblit peu à peu. Cette situation énigmatique va s’empirer inexorablement, d’autant qu’un troisième personnage se présente : Sylvestre Lacroix, associé d’Urbain, et dont le rôle se révélera aggravant. Une spirale ténébreuse dont le nœud se trouve peut-être dans le sous-sol de l’étrange château.

MON AVIS : Nous connaissons déjà Marc Agapit, car nous avons ici même chroniqué son livre « Le temps des miracles », mémorable ouvrage du genre fantastique. Un des meilleurs auteurs de la collection Fleuve Noir des années 60, sans doute sous-estimé à l’époque, comme d’autres, et qu’il nous plaît d’exhumer, de temps en temps. C’est lui qui signe « Les yeux braqués ». En toute franchise, je l’ai trouvé inférieur au « Temps des miracles », mais répétons que ce dernier était exceptionnel.

Lire des vieux bouquins est toujours un exercice délicat, surtout quand ils appartiennent au genre littérature populaire. Parce qu’on oscille toujours entre une admiration exagérée et un mépris franchement horripilant. Celui-ci nous ramène à 1965. Autrement dit, dès les premières lignes, nous voilà plongé dans un océan de vocabulaire vintage : des phrases et des expressions que nous employions tous jadis, et qui ont depuis disparu du langage. « Est-ce que vous me croyez folle ? », « Quel psychologue vous faites ! », « Je veux t’aimer au grand jour. » Si vous ajoutez le contexte général, les vêtements et les décors, vous situerez le tableau. Pour ma part, et sans qu’il n’y ait rien de péjoratif, j’avais l’impression en lisant de voir un de ces vieux feuilletons de l’O.R.T.F en noir et blanc. Ce livre est de son époque, voilà tout.

Et il est plutôt bon. En fait, il réussit l’essentiel, à savoir être bon au début et à la fin. Le début est une scène formidable chez un psychiatre, qui saisit immédiatement. Le dénouement est un morceau de bravoure qui s’étire sur deux chapitres entiers, et qui donne envie d’applaudir. Malheureusement, entre le début et la fin, il y a le milieu. Ce dernier se perd dans un genre de roman de mœurs, avec le classique triangle amoureux. Bah, nous supposerons, sans prendre trop de risques, qu’il fallait bien se plier aux goûts du public de l’époque. Comme pour le vocabulaire, le château plein de domestiques, et la psychologie parfois fumeuse des personnages. Cela n’empêchait pas Marc Agapit de manifester une imagination abondante et débridée. Elle évite au récit de rester cantonné dans le cliché permanent.

Je le répète : j’ai préféré « Le temps des miracles ». Mais celui-ci, à son propre niveau, permet néanmoins de passer un bon moment de lecture. Pour ceux qui ne le sauraient pas, c’est la définition de la bonne littérature.

 

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30 septembre 2020

Flash Gordon - Alex Raymond - King Features Syndicate - 1934

Couv_274005Une B.D. datant de 1934, créée par Alex Raymond.

THÈME : Un mystérieux personnage, l’empereur Ming, menace la Terre. Flash Gordon et Dale Arden voyagent dans un avion quand ils sont forcés de sauter en parachute. Ils tombent dans la propriété du docteur Zharkov. Celui-ci, un grand savant, les fait monter dans une fusée pour s’élancer à la rencontre de Ming et le stopper. Mais ils s’écrasent sur une planète mystérieuse et dangereuse. Ils sont recueillis par des hommes, et se croient sauvés. Hélas, ils sont simplement prisonniers de Ming. Ils parviennent à s’échapper, avec l’aide de la princesse Aura. Mais cela n’est que le début de leurs aventures : dans leur fuite, ils devront affronter des hommes-requins, des hommes-oiseaux, et toutes sortes de créatures monstrueuses. Le périple sera long et périlleux.

MON AVIS : Quand j’étais jeune, vraiment jeune, il y avait une B.D. qui racontait les aventures de Guy l’Éclair. Et une autre qui racontait celles de Flash Gordon. Je l’avoue sans honte : il m’a fallu un certain temps, et un temps certain, pour comprendre qu’il s’agissait de la même personne, et de la même B.D. Si longtemps après, je ne sais toujours pas pourquoi les « publieurs » français éprouvèrent le besoin de changer le nom du héros. Et puis, en toute franchise, je ne fais aucun effort pour le savoir.

Je lisais ces histoires dans mon adolescence, mais elles remontaient à une époque déjà bien antérieure. Apparemment, Flash Gordon, ou Guy l’Éclair, apparut en 1934, aux U.S.A., sous la plume d’un dénommé Alex Raymond. Dont je ne sais rien, évidemment. Si tant est que quelqu’un sache encore quelque chose sur lui. La B.D. sortit au grand jour et rencontra un immense succès. Aujourd’hui, elle serait la plus connue dans le monde. Paraît-il. Bien possible, je n’ai aucun moyen de le vérifier. Pourquoi un tel triomphe ? Les connaisseurs habituels, ceux qui savent tout, nous expliquent doctement que le public s’intéressa à ces belles histoires « en réaction à la grande crise de 1929, et pour fuir l’angoisse de la société face à la crise capitaliste ». Bah, foutaises, comme toutes les analyses fumeuses de ce genre. Alex Raymond créa une B.D. parce que c’était son boulot, et les gens accrochèrent parce que c’était génial. N’est-ce pas plus simple ? Mais les choses simples paraissent rebuter certains esprits, fort respectables par ailleurs.

Ah oui, parce qu’il serait temps de le dire : Flash Gordon, c’était génial. Vous me rétorquerez que l’histoire est bête. Oui, complètement. Flash et sa copine Dale Arden tombent aux mains du démoniaque empereur Ming. Ils s’échappent, mais pour s’enfuir, ils doivent affronter des ennemis et des créatures monstrueuses. Tout y passe : hommes-requins, hommes-oiseaux, lézards géants, etc. Je m’excuse d’abréger la liste, mais elle serait interminable. Y a-t-il une catégorie de monstres que notre héros n’ait jamais croisée ? Je ne le pense pas, depuis le temps que ça dure. Et quand il en a vaincu une, nous attendons la suivante, qui ne saurait tarder. C’est bête ? Oui, bête, bête. Mais si bête que ça devient génial. Que ça plaise ou pas, on accroche. On tourne les pages en se demandant ce qui va arriver, on palpite devant le danger, on s’émerveille devant des pays mystérieux. Le plaisir est parfois coupable, mais il s’agit bien de plaisir. Soyons directs : c’est sans doute ce qu’on a fait de mieux dans le genre S.F.-Fantasy. Rien de ce qu’on a sorti ensuite ne l’a dépassé. D’autant que Flash Gordon, et il faut le souligner, n’appartient pas à la famille des super-héros : il ne possède aucun pouvoir supra-humain. Il accomplit ses exploits avec ses seuls moyens corporels et mentaux. Pourtant, le public l’a depuis longtemps classé parmi les Superman et autres Captain America. Un malentendu ? Oui, mais qui donne une idée de son incroyable popularité. Il combat les hommes et il tend la main aux femmes.

Car tel est l’élément qui retient l’attention de beaucoup. L’univers de Flash Gordon est peuplé de femmes. Toujours très belles, et généralement assez peu vêtues. Les modistes de ces pays mystérieux semblent avoir une conception de l’habillement assez différente de la nôtre. En tout cas, on se demande comment ces dames ravissantes peuvent parcourir ces pays immenses, et traverser ces aventures si périlleuses, en portant une quantité si réduite de tissu sur les os. Ne croyez pas qu’il s’agisse d’un détail : pas mal d’amateurs reconnaissent sans complexe que ces belles héroïnes avec le nombril à l’air sont la raison principale pour laquelle ils suivent cette B.D. Admirons la franchise. Et puis, ce n’est pas un détail, car il influence l’univers. En effet, en voyant cette profusion de belles épaules et de cuisses dévoilées, et à moins d’être idiot, on est obligé de comprendre. Comprendre les relations qui, immanquablement, se nouent entre les personnages. Or, les dessins ne les montrent jamais. Et les dialogues n’en parlent jamais. Nous voilà contraints d’imaginer. Depuis 90 ans, on se demande si le brave Flash a couché avec l’aventurière Dale Arden, ou avec la princesse Aura. Les deux, probablement. Et probablement aussi avec d’autres, croisées au cours de ses innombrables périples. Il faut bien se reposer entre deux monstres à combattre. Le fait qu’on ne le mentionne jamais clairement était sans doute dû à la censure de l’époque, mais se révèle finalement le bon choix. Nous savons, mais cela reste entre les personnages et nous.

Flash Gordon a été décliné au cinéma, à la télé, en dessins animés. On osera affirmer qu’aucune de ces adaptations n’a atteint le niveau de ces pages si naïves et si géniales. Flash continue à voyager et à affronter les monstres, tout en sauvant des belles femmes en détresse. Pourquoi changer une formule qui marche ? Et pourquoi aller chercher ailleurs un héros qui est déjà formidable ?

 

Posté par Dalleray à 15:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]