Le Blogue de Manuel Ruiz

02 mai 2020

L'homme à la carabine - Claude Veillot - Bibliothèque Verte - 1966

Un roman de la Bibliothèque Verte, écrit par Claude Veillot, datant de 1966.

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THÈME : Vers 1880, au Nouveau-Mexique, Mark MacCain vit dans un petit ranch avec son père Lucas. Celui-ci est surnommé l’homme à la carabine, car il ne se sépare jamais de sa Winchester. Un jour, Mark voit un cavalier descendre de la montagne et s’approcher du ranch. Il est vêtu de noir et il porte deux revolvers. Le moment de surprise passé, Mark reconnaît son oncle Johnny, un champion de rodéo. Mais le comportement de l’oncle se révèle assez vite déroutant, voire inquiétant. Que lui arrive-t-il ? Pourquoi est-il venu au ranch ? Mark ne sait pas que la situation va l’entraîner dans une histoire palpitante et dangereuse.

MON AVIS : Inutile de le cacher : ce bouquin fut une surprise pour moi. « L’homme à la carabine », ceux de ma génération s’en souviennent : c’était une série TV très populaire. Plus précisément, celle qui succéda au légendaire Josh Randall. J’ignorais complètement qu’on en avait fait un livre. Claude Veillot s’y colla. Pour le peu que j’en sais, ce Veillot écrivit plusieurs romans de westerns pour la Bibliothèque Verte. Je suppose qu’on l’avait engagé pour ça. Encore un qui a disparu sous la poussière du temps.

L’homme à la carabine, c’est l’histoire d’un homme qui vit dans un ranch avec son fils et avec une carabine dont il ne se sépare jamais. Un thème simpliste, mais qui permet tous les scénarios. Par exemple, celui de ce livre.

D’après ce qu’il m’a semblé, Claude Veillot a fait un digest de plusieurs épisodes de la série pour bâtir son récit. Et ça marche. Parce que nous devons le dire immédiatement et directement : c’est très bien. On ouvre et on tourne les pages avec passion, en se demandant ce qui va arriver. En aucun cas, on ne pourrait parler de littérature au rabais. L’auteur a fait son boulot. Bien sûr, quelques-uns se gausseront du style minimaliste. Mais il faut alors regarder le nom de la collection qui publie, et donc le lectorat visé. Claude Veillot savait pour qui il écrivait, ce qui est à porter à son crédit.

Je l’ai déjà dit par ici, quelque part : un véritable amateur de western prend autant de plaisir à parcourir les petits détails que l’histoire en elle-même. C’est passionnant de voir comment les personnages vont creuser le fond d’un lac pour en extraire le sel qui leur permettra de tenir l’hiver. Ou bien de retrouver le sempiternel magasin général où l’on peut acheter aussi bien du lard fumé que des barbelés. Tout un mode de vie qui nous revient, et qui nous fascine, tout en sachant que peu d’entre nous auraient pu le supporter. Après, répétons-le, le récit est captivant.

Alors, une surprise, mais agréable. La colossale Bibliothèque Verte devait en recéler beaucoup. Elles sont aujourd’hui perdues, mais avec un peu de chance, on peut mettre la main dessus. Go west, young man, go west.

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23 avril 2020

Maigret à New York - Georges Simenon - Presses de la Cité - 1947

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Un roman de Georges Simenon, publié aux Presses de la Cité, édition de 1957.

THÈME : Le commissaire Maigret est à la retraite, quand un jeune homme vient lui faire une proposition étrange : l’accompagner à New York, où il craint pour sa vie. Maigret se laisse convaincre. Mais au moment où le bateau accoste, le jeune disparaît. Voilà le commissaire en retraite livré à lui-même, en plein cœur d’une ville qu’il ne connaît pas, où on parle une langue qu’il maîtrise à peine. Il ne peut compter que sur le soutien, bien peu appuyé, d’un ami du F.B.I. D’autant qu’il ne sait pas sur quoi il doit enquêter : la disparition du jeune homme ? Le meurtre d’un vieil Italien ? Le destin de deux musiciens débarqués 28 ans plus tôt ? Heureusement, son obstination légendaire lui permettra de franchir les obstacles.

MON AVIS : Les biographes de Simenon, et ils ne manquent pas, nous disent qu’il a vécu trois vies successives : une française, une américaine, et une suisse. Sans oublier sa jeunesse belge, naturellement. Je pense pour ma part qu’il en a vécu quelques autres, plus parallèles et plus discrètes. Mais nous en resterons à celles qui apparaissent à la surface.

Si ma chronologie est correcte, ce bouquin appartiendrait donc à la période américaine. On sait que Simenon, lassé de s’entendre reprocher d’avoir publié pendant la guerre, franchit l’Atlantique pour s’installer là-bas. Combien de temps dura son séjour au Nouveau-Monde, je ne le sais. Mais je sais qu’il y écrivit pas mal de livres. Notamment le fameux « Trois chambres à Manhattan ». Et « L’horloger d’Everton », adapté par Bertrand Tavernier. Et donc quelques Maigret.

Outre son implantation dans la cité des gratte-ciel, celui-ci nous réserve quelques éléments inédits. De façon surprenante, le commissaire est à la retraite. Maigret à la retraite, qui y aurait pensé ? Rien ne l’oblige à répondre à la sollicitation du jeune homme qui vient le visiter. Qu’il se laisse convaincre de replonger dans une enquête sans commission rogatoire et dans un pays étranger fait partie de ces trucs de la fiction qu’il faut bien accepter pour faire des romans.

Bref, voici notre Maigret national à New York. Il traîne son chapeau et sa pipe à Broadway et à Greenwich Village. Dépaysement. D’une telle ampleur que dans deux ou trois passages, il paraît presque ridicule. Sans doute une grande première. L’autre est qu’il accomplit presque un travail de détective privé, car on doit le répéter : il n’est mandaté pour aucune enquête officielle. Il devra déployer son imagination pour trouver des prétextes lui permettant d’interroger les témoins.

Finalement, le texte accroche. Bien sûr, les détracteurs nous diront que « c’est toujours pareil ». Oui, toujours les mêmes dialogues, les mêmes marches à pied, les mêmes ambiances. On admettra que Simenon n’a pas vraiment fait d’effort pour évoluer. En l’admettant, on ajoutera que cela ne changera rien. Avec ce style si particulier, il a dominé les rayons de toutes les librairies du monde pendant un demi-siècle. Alors, il n’avait aucune raison de se remettre en question.

Donc, le texte accroche. Du moins jusqu’à la fin. Parce que ce sera mon observation personnelle : si l’enquête en elle-même se révèle passionnante, le dénouement m’a paru en queue de poisson. Quel poisson, je ne le sais. Mais j’ai dû rater quelque chose, en constatant que l’histoire s’achevait alors que tout n’était pas dit. Bah, ce n’est pas bien grave : nous savons que Simenon avait sa conception de la chose. Sans doute meilleure que la mienne, si je compare ma carrière à la sienne. Alors, c’est forcément moi qui ai tort.

Surprenant, inattendu, et limite saugrenu. Tels sont les mots qui viennent à l’esprit. Ce bouquin a-t-il jamais été adapté, à la télé ou au cinéma ? Franchement, je l’ignore. J’en serais étonné, tant il s’éloigne de la série habituelle. Mais il existe, il nous montre un Maigret différent de celui que nous connaissons, et c’est peut-être une bonne chose, pour ceux qui lisent la saga simenonienne.

 

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17 avril 2020

La neige sera rouge à Noël - Eric Robinne - Editions AO - 2019

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Un roman d’Éric Robinne, publié aux Éditions AO, datant de 2019.

THÈME : Un homme sort de la prison de la Santé. Il s’agit de l’ex-préfet Piccinni, qui vient de purger sa peine. Loin de se ranger, il prépare aussitôt un forfait audacieux. Mais il n’est pas seul dans la place : un ex-agent de la STASI et un mystérieux Somalien interviennent en kidnappant les petites-filles d’un milliardaire américain. La Brigade Criminelle doit intervenir. Le commissaire Cravenne et son équipe se mettent en chasse. Trois policiers se retrouvent dans la vallée du Rhône pour retrouver les petites filles enlevées, sans se douter qu’elles ont un lien avec des attentats sanglants qui ravagent Paris au même moment.

MON AVIS : L’auteur annonce la couleur sans se cacher : son roman est un hommage à Jean-Pierre Melville et surtout à son film « Le cercle rouge ». Étant moi-même un admirateur de ce cinéaste et de ce film, vu et revu, je ne pouvais rester les bras croisés. Je devais évidemment le lire. C’est fait.

Le cercle rouge ? Oui, on le retrouve dans ces pages, ici et là. Par certaines descriptions, certains personnages, certains dialogues. Suffisamment pour confirmer que telle est bien la source. Mais j'oserai affirmer que l’auteur a néanmoins confectionné un récit très personnel, qui est bien à lui, tous hommages à Melville mis à part. Le récit, précisément, est fait tel un puzzle : des gens qui se rencontrent et agissent à distance, souvent sans se connaître. On se demande ce qui pourrait les relier, jusqu’au moment où on commence à le deviner. On passe ainsi de l’Amérique à Paris, de Paris à la vallée du Rhône. Un schéma encore souligné par le choix du style : une succession de chapitres courts, claquant comme autant de flashes (ou de coups de feu, pour rester dans l’ambiance). On peut donc lire le bouquin peu à peu, par à-coups, ce que j’ai fait.

Au-delà de l’histoire, il nous propose une longue galerie de personnages, tous plus inquiétants les uns que les autres. Des espèces de spectres qui surgissent dans la nuit et qui s’y évanouissent, quand ils ne sont pas plus simplement tués. Parce que voilà la petite réserve que je me permettrai : il y tant de personnages qu’on ne sait plus très bien, au bout de quelques chapitres, qui fait quoi.

Le thriller a le vent en poupe, et je m’en réjouis, car ce genre porte une puissance évocatrice peut-être unique. Je ne sais pas si Melville aurait retrouvé ses petits dans celui-ci. Mais il a le mérite de remplir le cahier des charges en maintenant le suspense jusqu’au bout. Ce serait dommage de s’en priver.

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16 avril 2020

Phèdre - Platon - Flammarion - 2008

Un livre de philosophie de Platon, datant du IV° siècle avant J.C., édition Flammarion de 2008.

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THÈME : Socrate et Phèdre se rencontrent lors d’une promenade. Phèdre rapporte un discours de Lysias dans lequel ce dernier traite de l’amour et soutient qu’il est préférable d’accorder ses faveurs à celui qui n’aime pas et non à celui qui aime. Socrate avoue son admiration devant le style du discours, mais affirme qu’il peut en prononcer un supérieur et défendant la thèse inverse. Phèdre le met au défi de le faire sur le champ. Sous un platane et sous la chaleur, Socrate s’exécute.

MON AVIS : Nous avons déjà chroniqué ici-même L’Apologie de Socrate et Le Banquet. Pourquoi ne pas achever en chroniquant aussi Phèdre ? Il ne s’agit point de faire une trilogie, mais seulement de nourrir ce blog qui en a bien besoin.

Dite ainsi, la chose paraîtra simple et aisée. Or, elle n’est ni ni l’une, ni l’autre. En effet, nous avons quitté Le Banquet, œuvre monumentale dans l’histoire mondiale de la philosophie, et nous attendons, bien sûr, un morceau dans la même veine. Humain, n’est-il pas ? Malheureusement, nous ne le trouvons pas. Ce bouquin se situe nettement au niveau inférieur. Le Banquet était une conversation animée entre plusieurs convives, passablement éméchés. « Phèdre » n’est « rien d’autre » qu’un dialogue entre Socrate et Phèdre. Aucun autre personnage n’intervient, aucune narration n’interrompt l’échange verbal. Au-delà de la forme, le sujet n’interpelle pas forcément. Durant leur promenade, Phèdre et Socrate dissertent sur un grave dilemme : faut-il accorder ses faveurs à celui qui aime, ou à celui qui n’aime pas ? Alors, on tourne les pages et… il faut l’avouer sans honte, cela devient peu à peu assez long, et assez ennuyeux.  

Heureusement, dans la deuxième partie, on se réveille. En effet, les deux amis se mettent à parler de rhétorique. Brusquement, on se reprend à lire. De façon magistrale, Socrate décrit comment on conçoit un discours pour convaincre les gens de telle chose, puis du contraire. Il trace le plan détaillé d’une causerie et les éléments à aborder qui feront que l’exposé sera pertinent, ou inaudible. Il donne des exemples. On est soufflés, car on retrouve simplement ce que nous voyons et entendons aujourd’hui dans les multiples débats télévisés que les chaînes d’infos en continu alignent en permanence. Socrate l’avaient disséqué bien avant nous, et de façon rigoureuse et précise. Dans cette deuxième partie, Platon redevient Platon, le philosophe et l’écrivain que nous attendions.

Si ce livre n’arrive pas au niveau du Banquet, c’est sans doute à cause de sa nature. Dans le premier, un groupe de philosophes discouraient autour d’une table, évoquant la marche du monde. Ici, nous sommes presque en récréation : les deux amis se promènent au soleil, se réfugient sous un platane pour trouver de l’ombre, trempent leurs pieds dans l’eau d’un ruisseau. Une journée qui s’écoule lentement, au rythme du dialogue. On se surprend à s’y croire, à remonter les siècles pour les rejoindre et passer l’après-midi avec eux. Quand donc inventera-t-on la machine à remonter le temps ?

Comme ce n’est pas pour demain, contentons-nous de lire. Phèdre n’est pas aussi bon que Le Banquet, mais il se révèle intéressant dans sa deuxième partie, consacrée à la rhétorique. Suffisamment pour nous rappeler que nous avons, quand même, affaire à Platon.

 

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28 mars 2020

L'escalier de l'ombre - Peter Randa - Fleuve Noir - 1955

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Un roman de la collection Angoisse (N° 11), datant de 1955, écrit par Peter Randa.

THÈME : Un groupe de quatre amis, Jacques, Bernard, Simone et Marthe, se perd dans la nuit et dans la neige. Ils n’ont d’autre alternative que d’aller demander l’hospitalité à un château voisin. Or, l’intérieur se révèle franchement mystérieux, voire inquiétant. Les occupants semblent surgir d’une autre époque, les couloirs sont interminables. Au bout d’un moment, les quatre amis doivent se rendre à l’évidence : ils sont enfermés dans le château, sans possibilité de s’enfuir. C’est alors que Bernard va faire une rencontre inattendue, qui va modifier le cours des événements.

MON AVIS : Si vous êtes amateur de la vieille édition Fleuve Noir, comme moi, je suppose que la première chose qui vous aura interpellé est l’identité de l’auteur. Peter Randa. Un classique de la collection Spécial-Police, où il a atteint des sommets. Ainsi donc, il a aussi sévi dans la collection Angoisse. Avouons qu’on ne le savait pas forcément. Répétons-le, la vieille littérature populaire est une mine de surprises.

Notre curiosité étant piquée, on a bien envie de découvrir le roman. Là, il faut bien reconnaître, malgré notre admiration pour l’auteur, que le produit n’a pas révolutionné le genre. En effet, le sujet ne surprendra guère : un groupe de copains égarés vont demander l’hospitalité à un château obscur. Naturellement, le château en question est mystérieux, et il s’y passe des phénomènes étranges. Ah, vous avez déjà vu ça ? Moi aussi. Et revu ? Moi aussi.

Bah, il faut croire que cela ne rebuta point le public de l’époque. Pour le peu que j’en sais, ce bouquin fut un grand succès. Au point qu’il fit plus tard l’objet d’une adaptation en BD. J’ai compris pourquoi en le lisant. Certes, c’est du classique. Certes, les fantômes rôdent dans les couloirs, les chandeliers éclairent à peine, le bois craque dans les cheminées. Certes. Mais il faut bien avouer qu’on continue à tourner les pages. Parce qu’on a bien envie de savoir ce que vont devenir ces gens. Et on reconnaîtra que la fin, sans être originale, n’est pas plus mauvaise que d’autres.

En cherchant bien, et s’il faut absolument faire une remarque, on dira que le style est fait de narrations longues et de dialogues relativement courts. Ce qui rend la lecture parfois fatigante. Évidemment, cela est noté pour dire quelque chose.

Démodé ou pas, cet escalier de l’ombre demeure angoissant et on peut encore le monter, ou le descendre. Cela reste une bonne lecture.

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24 mars 2020

La peur géante - Stefan Wulf - Fleuve Noir - 1957

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 Un roman de la collection Anticipation (N° 96), écrit par Stefan Wul, datant de 1957.

THÈME : Dans le futur, les habitants de la terre mènent une existence paisible. Jusqu’au jour où des faits curieux, et anodins, se produisent. Par exemple, la glace des réfrigérateurs qui ne se forme plus, et la climatisation qui ne fonctionne plus. Pas de quoi s’inquiéter. C’est ce que se disent l’ingénieur Bruno Daix et son patron Driss Bouira, ainsi que son ami Pol Nazaire, et la douce Kou-Sien. En réalité, si. Car ces faits anodins annoncent un événement terrifiant : l’arrivée de créatures monstrueuses et décidées à conquérir la terre. Stupéfiant. Mais le mystère ne s’arrête pas là. Bruno Daix et Driss Bouira sont-ils vraiment ce qu’ils prétendent être ? Rien n’est moins sûr. La douce Kou-Sien n’est pas au bout de ses surprises, et de ses frayeurs, car l’avenir de l’humanité se joue.

MON AVIS : C’est vieux, a-t-on coutume de dire. Une expression consacrée, et si consacrée qu’on ne la discute plus. C’est vieux, ça veut dire que… c’est vieux. Parce qu’il y a des trucs vieux, telle est la réalité. Sauf que vieux ne signifie rien. Car on peut être vieux et nul. Ou bien vieux et intéressant. Les deux cas se rencontrent.

Ce bouquin, par exemple. Il est effectivement vieux. 1957, ça ne rajeunit pas. Un autre siècle, un autre monde. Est-il pour autant à jeter dans des cartons éventrés ? Pas vraiment. Parce que son sujet est le dérèglement climatique. Ah, vous ne le trouvez plus aussi vieux brusquement, n’est-ce pas ? Vous vous dites que voilà un ouvrage qu’on pourrait publier de nos jours. Il serait aussi à la mode qu’à sa publication. D’ailleurs, le sujet n’est pas traité à la n’importe comment : la description des effets du dérèglement est faite de façon précise et juste. On se prend à réaliser qu’une description contemporaine ne serait pas très différente.

En fait, si. Car la date de parution a son importance. 1957. Sans nous lancer dans un cours d’histoire, on se rappellera que la France vivait une période compliquée à ce moment-là. Ce n’est pas une lubie de ma part : tout le roman est une allusion à cette période. Aussi bien dans le contexte que dans le récit. Les références à cette période expliquent la présentation de la France (une France rêvée et idéalisée) et le caractère multi-ethnique de la liste des personnages : un copain noir, une fiancée chinoise, un patron berbère. Pas vraiment conforme aux canons de l’époque. Mais pour nous, qui vivons trois quarts de siècle après, cela se révèle familier et tonique.

Alors, ce bouquin, moderniste et visionnaire ? Gardons-nous de ce genre de jugement enthousiaste. Simplement parce que nous n’y étions pas. L’auteur, certainement, ne désirait écrire qu’un roman de science-fiction. Lui prêter des intentions exposerait à des conclusions probablement erronées. L’auteur, justement : Stefan Wulf. Un grand classique de la S.F. dont les œuvres, nombreuses, ont été rééditées en intégrale, synonyme de consécration dans ce genre. Heureux de voir un écrivain reconnu, lorsque tant d’autres ne le sont pas.

Pour ma part, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Bruno Daix et sa fiancée chinoise. Il faut absolument dire quelque chose ? Eh bien, considérons que la façon dont les ennemis sont refoulés apparaît un peu facile. Sans doute le public de 1957 avait-il des attentes différentes des nôtres. Que cela ne vous retienne pas. Ce vieux bouquin n’est pas si vieux, et pas seulement à cause de son sujet.

 

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20 janvier 2020

Classe 1916 - Sam O'Nac - The Book Edition - 2020

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Un récit sur la guerre de 14-18, inspiré par les lettres d’un ancien combattant, accompagné de poèmes et d’illustrations.

MON AVIS : Sam O’Nac publie chez The Book Edition ce livre qui est un récit sur la première Guerre Mondiale. Il raconte l’histoire de son arrière-grand-père, Jean Marcel Bertaud, mobilisé en 1915 et démobilisé en 1919. Pour l’écrire, Sam O’Nac a repris les lettres de son aïeul, ainsi que les journaux de marche des régiments de l’époque. Le récit est donc à la première personne. Vient ensuite une deuxième partie, constituée de poèmes écrits par l’auteur. Et le livre est illustré par des dessins en couleurs, fait également par l’auteur. Cela donne un ensemble inhabituel dans la production littéraire, mais puisqu’on se plaint que la littérature manque d’originalité, on ne va pas le déplorer.

Tout de suite, répondons à ceux qui rétorquent que la Première Guerre Mondiale, on l’a déjà vue et revue, lue et relue. C’est vrai, mais cela ne doit pas rebuter. Car il en va de la guerre de 14-18 comme des camps de la mort nazis : on croit tout savoir, on croit être blasés, et à chaque fois qu’on se replonge dans le sujet, on redécouvre l’horreur que furent ces évènements. Il faut lire les descriptions des nuits passées à cohabiter avec des centaines de rats pour mesurer l’enfer que vécurent ces hommes. Sans parler de la narration en détails de l’exécution d’un déserteur, qui devient insoutenable. On croit tout savoir, on ne sait rien.

Ce livre est donc intéressant. Superbement présenté et mis en page, il fera honneur à vos étagères. Un bouquin illustré par son propre auteur, ce n’est pas courant. Pour ma part, je serais bien incapable d’en faire autant ! Alors, je vous le recommande chaleureusement.

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14 novembre 2019

Le sel de la mer - Edouard Peisson - Grasset - 1954

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Un roman d’Édouard Peisson, publié chez Grasset en 1954.

THÈME : Le capitaine de marine Joseph Godde se présente à l’Inscription Maritime de Marseille. Il doit passer devant une commission d’enquête. En effet, quelques mois plus tôt, il était le commandant du CANOPE, un paquebot qui a sombré dans l’Atlantique Nord, avec des centaines de passagers. Godde est interrogé. Il raconte comment il s’est retrouvé au commandement, à la suite du brusque décès du commandant précédent. Et comment il a été conduit à prendre une décision tragique. En pleine tempête, il a dérouté le paquebot pour porter secours à un cargo en péril. Noble attitude qui a mené à des conséquences terribles. Telle est du moins l’explication qu’il donne au désastre. Mais l’enquêteur Larouche, impitoyable, pointe les incohérences de son récit. Le doute s’installe alors. Le capitaine Godde a-t-il menti ? La vérité serait-elle plus trouble ? Que s’est-il réellement passé sur le CANOPE ?

MON AVIS : Le meilleur moyen d’être démodé, c’est d’être démodé. Je veux dire de l’être vraiment. Alors, allons-y gaiement. Nous serons démodés, car le bouquin dont nous parlons ici appartient à un genre aujourd’hui désuet : le roman maritime. Il fut pourtant florissant, car il existe un malentendu, créé par les Français eux-mêmes : celui qui prétend que la France n’est pas un pays de marins. Eh bien, si. On aime la mer, et on aime les romans sur la mer. À l’époque, on en publiait en quantité. Celui-ci fait partie du nombre.

Il est signé Édouard Peisson, maintenant anonyme. Plus personne ne le connaît. Englouti par l’océan du temps. À quoi bon essayer de rappeler qu’il pondit pas mal de bouquins sur la marine ? Tout le monde s’en fout. Pour le peu que je sais de lui, il semble qu’il n’ait réellement été marin que pendant quelques années. Ensuite, il gagna sa vie dans un bureau de l’Inscription Maritime de Marseille. Bah, il écrivait des beaux livres sur la mer, et c’est tout ce qui compte. Faut-il rappeler qu’aucun écrivain de science-fiction n’a encore posé le pied sur Mars ?

Alors, ce roman est maritime, et raconte une histoire de bateaux. Un seul mot : PASSIONNANT. Dès les premières pages, on est happé, comme le naufragé par une vague puissante, et ballotté, et emporté. Quand on entend décrire « les rouleaux qui franchissent les pavois et inondent le pont », on y est, on sent l’eau qui nous dégouline dessus, on est saisi, on est effrayé. Et tout le livre nous tient ainsi en haleine. On s’accroche, en se demandant comment tout cela va s’achever. On veut le savoir. Passionnant, vous dis-je. Si les autres œuvres de Peisson sont au même niveau, il faudrait bien parler d’un des grands écrivains francophones du XX° siècle.

Parce que lire Peisson est à la marine ce que lire Saint-Exupéry est à l’aviation : on y apprend des tas de choses. Par exemple, on découvre la hiérarchie, complexe, de la compagnie transatlantique de l’époque : directeur d’escale, directeur de l’armement, directeur de la compagnie, etc. Et ceci étant conséquence de cela, on découvre aussi les trucs, parfois fumeux, employés par les marins pour obtenir le matériel (fer ou charbon) nécessaire à la traversée de l’océan. Naturellement, en voyant les belles affiches de réclame, on ne pouvait pas le deviner. Et seul quelqu’un ayant véritablement vécu cette période pouvait le raconter.

En atteignant la fin, on ne sait toujours pas si Godde est coupable ou innocent, à féliciter ou à blâmer, mais on a eu la démonstration que Peisson était un sacrément bon écrivain. Oublié ? Bien dommage.

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