Le Blogue de Manuel Ruiz

03 mai 2022

La reine de la Baltique (I De Lugnaste Vatten) - Viveca Sten - Albin Michel - 2013

Un roman suédois de Viveca Sten, datant de 2008 pour l’édition originale, et publié par Albin Michel en 2013.

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THÈME : Nous sommes sur l’île de Sandhamn, au large de Stockholm. Des cadavres sont retrouvés, sans qu’on sache s’il s’agit de meurtres ou d’accidents. Une enquête est néanmoins ouverte. Elle est confiée à l’inspecteur Andreasson. Sur Sandhamn, il retrouve Nora Linde, une ancienne copine d’enfance. De façon involontaire, cette dernière va se retrouver mêlée à l’investigation, alors qu’elle est déjà en délicatesse avec son mari. Mais Andreasson progresse : à travers le réseau de distribution des alcools en Suède, il décortique peu à peu une vieille et longue histoire, impliquant des habitants de l’île. Mais l’assassin est toujours là, et il peut frapper à n’importe quel moment.

MON AVIS : Je me dois de vous narrer la genèse de cet article. Je regarde la télévision. Sur Arte, j’ai suivi avec passion la série « Meurtres à Sandhamn ». Je crois avoir vu presque tous les épisodes. Or, j’avais remarqué qu’elle était l’adaptation d’une série de romans. Alors, j’ai acquis celui-ci.

Bon, je suppose que vous avez tous compris. Je voulais savoir si la série télé reflétait vraiment la série littéraire, ou si elle s’en était éloignée. Alors, je vais vous rassurer sans tarder : oui, la création télévisuelle est restée assez fidèle aux romans. Nous savons que ce n’est pas toujours le cas. Voilà pourquoi il convient de le saluer. Certes, on constate quelques libertés. Par exemple, dans les romans, Nora Linde a deux beaux garçons, alors que la série TV lui donne un garçon et une fille. Mais dans l’ensemble, les scénaristes ont respecté le travail de Viveca Sten. D’ailleurs, cette dernière était à l’origine juriste, comme Nora Linde.

Naturellement, ce qui nous surprend, nous autres, braves Français, c’est le contexte. Quand nous entendons Suède, nous concevons immédiatement de la neige, de la glace, du froid. Logique, n’est-il pas ? Or, ces romans nous font découvrir qu’il y a là-bas un été, durant lequel les gens se baladent en chemise et manches courtes. Surprenant pour nous. Mais c’est dans cette ambiance que se déroulent les intrigues. Essayons de nous situer. En face de Stockholm, il y a des îles. Une d’elles s’appelle Sandhamn. C’est un lieu de villégiature pour les gens de la capitale. En hiver, Sandhamn compte quelques milliers d’habitants. En été, il y en a des dizaines de milliers. Ceux qui connaissent les Pyrénées-Orientales comprendront ce que cela représente !

Viveca Sten a eu l’idée de planter là ses enquêtes. Oui, car il faut y arriver : nous parlons ici de polar. Des meurtres et des investigations, vous savez de quoi il en retourne. Pourtant, ça se laisse lire. En-dehors du contexte, déjà surprenant en lui-même, Viveca Sten a trouvé un truc original pour ses récits : les enquêtes sont menés conjointement par l’inspecteur Andreasson et Nora Linde. Le premier parce que c’est son métier, la deuxième parce qu’elle habite à Sandhamn et que les meurtres se déroulent toujours tout près d’elle. Original et pertinent, car le lecteur se sent d’autant plus impliqué.

Des réserves ? Bah, quelques-unes, pour la forme. J’avoue avoir été assommé par les incessantes descriptions. Désolé, je ne saisis pas l’intérêt de décrire longuement et systématiquement les maisons, et les intérieurs, et la composition de tous les repas. S’agissait-il de rajouter une touche féminine ? Possible, mais on aurait pu s’en passer. En fait, ce bouquin nous réserve son lot de surprises. Par exemple, on découvre que la société suédoise se révèle aussi machiste que la nôtre : on ne l’aurait pas forcément imaginé.

Il paraît que Viveca Sten serait un phénomène de librairie en Scandinavie. Après l’avoir lue, je comprends pourquoi. Tout en faisant du polar dans la pure tradition, elle a su bâtir un univers, le sien. Un univers loin des histoires de flics et de gangsters, où les gens sont mariés, ont des enfants à élever, ont un travail à assumer, ont des factures à payer. Et où les assassins ne sont pas des tueurs à gages venus de Sibérie, mais nos voisins, ceux que nous croyions connaître depuis l’enfance, et qui se révèlent bien différents de ce qu’on croyait. Nous sommes tous des monstres en puissance. Voilà ce que nous transmet Viveca Sten, avec talent.

 

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21 avril 2022

Contes de Bobé - Edith Apelbaum - Editions Boréalia - 2021

 

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Un recueil de contes pour enfants, publié par Boréalia. Texte d’Édith Apelbaum, illustrations d’Ilias Kyriakidis. 

Édith Apelbaum publie chez Boréalia les « Contes de Bobé », un recueil de cinq contes. Ainsi que l’indiquent le titre et la couverture, le public visé est très jeune. Mais si on s’adresse aux enfants, on s’adresse forcément aussi aux parents. Le livre est donc destiné à tout le monde.

Le texte est d’Édith Apelbaum. Je l’ai rencontrée à la librairie Boréalia et j’ai eu avec elle une conversation que je n’ose appeler interview. La voici :

 

 

Q. : Madame, qui êtes-vous ?

R. : Je ne sais pas si une présentation exhaustive de tout ce que j’ai fait dans ma vie passionnera les gens. J’ai fait pas mal de choses alimentaires. Mais je dois dire que ce qui a toujours compté depuis mon enfance, c’est la littérature. Je me suis nourrie dans les livres. Parfois, ils m’ont paru plus réels que la vie. Puis il y a eu un moment, pas très loin de la retraite, où j’ai réussi à trouver l’écoulement d’une veine un peu poétique. J’ai commencé à trouver ce qui me convenait.

Q. : Mais pourquoi pour les enfants ?

R. : Pour moi, c’est un peu une surprise... Parce que je n’avais pas forcément d’intérêt pour ce type de littérature. Puis quand j’ai eu mes petites filles, que je me trouvais loin d’elles, je me disais : quelle sorte de grand-mère vais-je pouvoir être ? J’ai imaginé que ce que je pouvais faire de mieux, c’était utiliser ma veine littéraire et raconter des histoires. Comme ma première petite-fille est née sur un bateau, je l’imaginais regardant les nuages, les oiseaux, les arbres, je me suis mise à charger ces figures d’humanité, pour communiquer des choses qui me paraissaient essentielles. C’est ainsi que c’est arrivé.

Q. : Mais il y a également un côté culturel : Bobé, je crois que c’est yiddish ?

R. : Alors, c’est du yiddish, oui. Je n’étais absolument pas préoccupée de mes origines. Et puis, en prenant de l’âge, j’ai pris conscience qu’il ne s’agissait pas d’une religion, mais d’une culture, de laquelle j’étais proche sans le savoir. C’était comme si je me réappropriais un peu de mon histoire. Donc, je me suis mise à apprendre. Je ne suis pas excessivement bonne en langues. Je n’ai jamais réussi à parler ni hébreu, ni yiddish. Mais j’ai pu trouver dans ces langues un sens qui m’a énormément inspirée. Bobé, c’est la grand-mère. Quand ma petite-fille est arrivée, on m’a tout de suite demandé comment je voulais être appelée. J’ai dit : Bobé. Moi, je n’ai jamais appelé une grand-mère Bobé. Mais, en fait, Bobé peut être n’importe qui, une personne, une grand-mère tout simplement...

Q. : Vous écrivez pour les enfants, mais ce sont les parents qui vont lire les contes. Donc, vous vous adressez aussi aux parents. Je veux dire qu’il y a une poésie sur l’environnement, sur les nuages, sur les arbres ?

R. : Oui. Ce n’est pas parce que j’ai voulu passer un message. Ce sont comme des tableaux qui en disent un peu sur notre monde. Mon livre, tel que je l’ai écrit, était un outil de transmission par l’intermédiaire des parents. Les enfants ne peuvent accéder à la profondeur de ces histoires que si les parents les lisent comme ça.

Q. : Dans l’histoire de l’arbre qui attend l’oiseau, il y a un appel sur la solitude ?

R. : C’est ça. En même temps, c’est dit dans la poésie : le vent seul est capable de rassembler les amis. En somme le hasard détient la solution.

Q. : Et vous allez continuer ?

R. : Je ne crois pas. Pas ces contes-là. J’écris un autre livre, mais qui n’a rien à voir avec ça. Et puis, ce ne sont pas vraiment des contes. Dans la tradition juive d’ailleurs, pas de nuages, peu d’arbres, il n’y a que des humains.

Q. : Pourquoi Boréalia ?

R. : J’ai connu Émilie Maj parce que j’habite le quartier. Je lui ai montré mes textes, que j’avais essayé d’envoyer à des éditeurs. Cela me coûtait cher d’envoyer les papiers et les illustrations et je n’avais pas eu de réponse. Et puis, Émilie a flashé, et ça m’a fait très plaisir. Je suis surtout contente du beau travail qu’elle a fait, parce que j’aurais pu être éditée chez un éditeur prestigieux, mais il n’aurait pas fait ce travail.

Q. : Vous avez fait lire ces contes à vos petits-enfants ?

R. : Évidemment. C’est un peu ma déception. Entre parents et enfants, ce n’est pas toujours idéal. Je pense que ma belle-fille et mon fils les ont aimés, mais je ne sais pas pour mes petites-filles. C’est sans doute pour elles un livre parmi d’autres. Mes petites-filles sont encore très jeunes. Elles le découvriront le moment venu. Je reçois par ailleurs tellement de retours que ça me réchauffe le cœur.

Q. : Les enfants d’aujourd’hui sont mieux ou moins bien que ceux d’avant ?

R. : Ils sont dans notre époque. Ils sont au centre des familles. Je ne porte pas de jugement, je vois que c’est comme ça. Ils sont élevés d’une autre façon, avec moins d’autorité. Mais ce que j’écris est intemporel, on est dans un univers poétique.

Q. : Avez-vous quelque chose à ajouter ?

R. : C’est difficile... Je pense que je m’inscris profondément dans ces histoires : la petite fille que j’étais, la recherche que j’avais, le sentiment de perte, d’absence. Où aller, que faire, quel chemin ? Et que la solution, c’est toujours la rencontre. Le nuage qui aime la lune et le nuage qui aime le soleil, celui qui a toutes les couleurs, et celui qui n’aime qu’une seule couleur... Une histoire de partage. Ce sont des histoires de partage.

Q. : Je vous remercie beaucoup, et bonne chance à ce livre.

 

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28 mars 2022

Rouge comme le sang - Pierre Nemours - Fleuve Noir - 1968

Un roman de Pierre Nemours, du Fleuve Noir, de la collection Feu (N°97), datant de 1968.

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THÈME : En 1836, le Texas réclame une autonomie au Mexique. Le président Santa-Anna la refuse. Alors, le colonel Travis et Jim Bowie décident de prendre les armes. Ils trouvent, près de San Antonio, une ancienne mission espagnole nommée Alamo, et la transforment en camp retranché. Il deviendra Fort-Alamo. Pour le défendre, ils rassemblent une troupe hétéroclite de 182 aventuriers, venus de partout et suivant les plus diverses motivations. Parmi eux, le pittoresque Davy Crockett. Le 23 février 1836, l’armée mexicaine arrive et monte le siège. Le 6 mars, à 5 heures du matin, l’assaut est lancé. Tous les défenseurs seront tués. La guerre se poursuivra et s’achèvera par la victoire du Texas.

MON AVIS : Bon, disons-le sans détour : les jeunes s’en foutent. Complètement. Prenez la population de moins de 40 ans, et dites-leur Fort-Alamo. La quasi-totalité vous demanderont ce que c’est. Et si vous essayez de leur expliquer, vous constaterez vite que leur intérêt est proche du zéro. Ils s’en foutent, ce n’est pas de leur culture. Et sans doute ont-ils raison.

Pour nous, c’était évidemment différent. Notre génération a grandi avec Alamo, au même titre qu’avec Charlemagne et le chevalier Bayard. Ah, les amis, Fort-Alamo ! Ce nom seul nous faisait frémir. D’enthousiasme, de désir d’aventures. Pour ma part, j’ai vu passer cette bataille partout, et sous toutes les formes : films, séries TV, livres, bandes dessinées. Chacun y allait de son petit récit. J’ai suivi le déroulement de la bataille si souvent que j’avais presque l’impression d’y avoir moi-même participé. Ce n’était pas le cas, bien sûr. Et je réponds tout de suite à la question que vous me posez à distance : non, j’ignore totalement ce que j’aurais fait si j’avais vécu ces évènements. Je me suis contenté de les entendre narrer, et de rêver.

Car c’est un des grands mérites de ce bouquin. Précisons sans tarder qu’il ne s’agit pas d’un récit historique, mais bien d’un roman. Il appartient à la collection Feu, du Fleuve Noir. Une collection qui proposait à la lecture des romans de guerre. Un livre sur Fort-Alamo, un roman de guerre ? Oui, pourquoi pas ? Disons ce que ce serait un western déguisé en roman de guerre, ou l’inverse. La littérature populaire de l’époque ne s’embarrassait pas de débats fumeux. Bref, un roman, mais formidablement documenté. C’est ainsi qu’on réalise ce qu’on aurait dû deviner tout seuls : la situation de 1836 n’était pas celle d’aujourd’hui. Les Texans de l’époque était très divisés face au Mexique. Les uns voulaient faire la guerre, les autres préféraient tenter une négociation. Il va de soi que les seconds étaient aussi respectables que les premiers. De quel droit pourrait-on leur reprocher quoi que ce soit ?

Documentation, objectivité, les deux bases de ce roman. On y apprend des tas de détails passionnants, ou amusants. Par exemple, que les fusils des Mexicains étaient tout simplement ceux de la bataille de Waterloo. On les avait récupérés et revendus. Avouons qu’on ne l’aurait pas deviné par nous-même ! On y apprend aussi que les assiégés gardaient du bétail dans un corral pour se nourrir pendant le siège : détail que les versions oublient souvent, sans doute parce que ce n’est guère exaltant. Bref, l’auteur a fait son boulot, et il mérite les félicitations du jury.

Fort-Alamo, ma jeunesse. Quand j’étais adolescent, je me demandais ce que Davy Crockett fabriquait là-bas. Je l’ai su plus tard. Ce brave Davy avait été parlementaire à la Chambre des Représentants, et puis il avait perdu son poste. Rentré dans son cher Tennessee natal, il s’était retrouvé au chômage. Le grand Davy Crockett au chômage ! Alors, avec quelques copains, il était parti, pour refaire sa vie ailleurs. Ailleurs, ce fut le Texas. Depuis que je sais cela, le personnage de Davy Crockett m’est plus proche, plus sympathique. Les grands aventuriers sont des gens comme nous : n’est-ce pas rassurant ?

Pour Jim Bowie, un peu différent. Il nous pose un problème : ce grand défenseur de la liberté avait été dans sa jeunesse… trafiquant d’esclaves ! Paradoxes de l’Amérique, diront les gens de mauvaise foi. Non, paradoxes de cette époque-là, laquelle nous échappe. Quant à Travis, bien simple : il n’était pas vraiment colonel, et il n’était déjà pas vraiment avocat avant la guerre. Décidément, drôle d’époque !

Je ne sais combien de fois j’ai vu, ou lu, le déroulement de la bataille. Le 23 février 1836, l’armée mexicaine arrive et, méthodiquement, encercle la mission transformée en camp retranchée. 13 jours plus tard, le dimanche 6 mars, à 5 heures du matin, elle passe à l’attaque. Les défenseurs seront tués un par un. On pense que Travis est mort dès le début de l’assaut. On sait que Bowie est mort sur un rempart, où on l’avait emmené malgré sa maladie. Crockett sera, ainsi que ses hommes, criblé de coups de baïonnettes. La légende d’Alamo est ainsi faite de 182 légendes particulières. Par exemple, celle de Jim Bonham, qui avait réussi à sortir du fort pour porter un message, et qui y revient volontairement, en sachant qu’il va se faire massacrer avec les autres.

Bon, les jeunes s’en foutent, c’est entendu. Mais pour nous, ça restera différent. Dans la vaste plaine intérieure de notre mémoire, la silhouette d’un quadrilatère se dresse, sombre et héroïque. Fort-Alamo, pour toujours.

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Les filles de cabaret (Hand loose) - Glen Chase - Editions et Publications Premières - 1975

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Un roman de la collection Cherry O (N°19), écrit par Glen Chase, datant de 1975.

THÈME : Depuis quelques temps, une nouvelle drogue circule dans les discothèques de New-York, faisant des ravages parmi les jeunes. Cherry O, agent du SPASM, doit enquêter. Elle se déguise et parcourt les discothèques. Elle ne tarde pas à être abordée par un certain Tony, lequel l’amène aux responsables du trafic : une bande de mafieux dirigés par un nommé Santelli. C’est lui qui produit la drogue, avec un docteur fou, et dans un vaste laboratoire. Mais Cherry va devoir jouer serré pour pouvoir s’échapper et rejoindre son chef Mark Condon. Ensemble, ils vont tenter de démanteler le laboratoire et de neutraliser les gangsters.

MON AVIS : Je le sais, je le sais. Oui, je le sais bien. Il y a des gens qui se demandent pourquoi un type sérieux comme moi (ou qui a l’air sérieux) perd son temps à chroniquer une vieille collection qui n’intéresse plus personne. Ils ont raison de se poser la question. Pour ma part, je n’ai pas trop envie de répondre, car ce n’est pas vraiment important. D’ailleurs, qu’est-ce qui a de l’importance sur un blog où personne ne vient jamais ?

Enfin, je dirai, pour faire court, que je suis vieux, et que la lecture de Cherry O est une des rares choses qui me rattachent encore à ma jeunesse de plus en plus lointaine. Un peu succinct ? Je le conçois, mais que puis-je vous dire d’autre ? Oui, je suis vieux. Terriblement vieux. Dramatiquement vieux. Je vis désormais mes journées au rythme de ma digestion et de mon sommeil. Ces deux tyrans commandent à mon agenda. Je cherche aujourd’hui un banc pour m’asseoir, là où je marchais jadis des kilomètres sans m’en apercevoir. Je mets aujourd’hui une demi-heure à faire des trucs que je faisais avant en cinq minutes. Et il ne s’agit que de détails. Le plus dur, c’est la lassitude. Croyez-moi, les amis, à mon âge, on se découvre lassé de tout. Je ne prend plus de plaisir à regarder les vieux westerns, parce que je suis lassé. Je ne prends plus de plaisir avec les grands classiques du cinéma, parce que je suis lassé. Je ne prends plus de plaisir à me promener, parce que je suis lassé. Lassé, lassé. Bientôt, je serai lassé de respirer, de manger et de dormir. Quoi, vous me trouvez pathétique ? Ce n’est pas ainsi que je le vis.

Alors, oui, je me raccroche à ma jeunesse. De temps en temps, je reprends un vieux Cherry O et je me plonge dans la lecture. Peu m’importe que ce soit nul et archi-nul. En lisant ça, je me sens revivre, je sens mes veines qui vibrent à nouveau. Et je me dis que je ne suis pas encore superflu sur la terre.

Tiens, celui-ci, le N°19. En le parcourant, j’ai eu plusieurs fois l’impression de revoir un épisode de Kojak, ou de Starsky et Hutch. Ouais, ma jeunesse, c’était ça. New-York, les flics, les revolvers, les cascades. Je le revendique, et je clame haut et fort que j’ai eu de la chance de grandir avec ça. Tant pis si cette culture s’est évaporée, elle reste, et elle restera, la mienne. Au-delà du temps qui passe.

 

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08 décembre 2021

Omega 5 - Georges Murcie - Anticipation - Fleuve Noir - 1974

Un roman du Fleuve Noir, de la collection Anticipation (603), datant de 1974.

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THÈME : Sur une lointaine planète, une ancienne civilisation est enfouie sous les collines et les roches. Ces êtres constatent que les habitants de la Terre se lancent dans la conquête de l’espace et ils redoutent de les rencontrer. Ils ont donc mis au point une technique pour venir sur Terre discrètement et observer les progrès de l’humanité. Justement, celle-ci prépare un nouveau projet appelé Oméga 5. Les êtres doivent apprendre de quoi il s’ agit. Cette enquête les mène près de la côte méditerranéenne. Malheureusement, il s’avère qu’ils croient épier, et que c’est peut-être eux qui sont épiés.

MON AVIS : Je dois commencer par ça, tout de suite et avec franchise : je ne connais absolument pas ce Georges Murcie. Je ne sais rien de lui. Pourtant, j’ai l’impression que lui et moi partageons quelques points communs. En effet, il place l’action de son roman dans certains départements méditerranéens que je connais bien, de sorte que le cadre m’est familier. Était-il originaire du même endroit que moi ? Je l’ignore, et c’est dommage. Cela m’a interpellé, en tout cas.

Toujours est-il que nous voici en présence d’un nouvel opus de la colossale collection Anticipation, si vaste que le catalogue s’en révèle interminable. Un monument de la littérature française du XX° siècle. Qu’en penser ? Eh bien, tout d’abord, que ce roman présente le même phénomène que beaucoup d’autres de cette collection : un certain temps à se mettre en place. Les premières pages sont longues, ennuyeuses, au point qu’on envisage de lâcher la lecture. Heureusement, on continue, et on s’aperçoit que, peu à peu, ça accroche. Au bout d’un moment, on est vraiment plongé là-dedans. S’agissait-il d’une volonté délibérée dans la collection, ou d’un processus involontaire ? Naturellement, je l’ignore. En tout cas, vous le constaterez fréquemment dans les récits d’Anticipation.

Si je l’ignore, c’est parce que ce machin est vieux, horriblement vieux. Déjà, la page de garde nous informe qu’il remonte à 1974. Mais pas besoin de la consulter, il suffit de lire. Tout est daté et inutile de décortiquer ce « tout », car c’est bien tout. On a l’impression de plonger dans le passé. Sympathique, sauf que ce passé est vraiment passé, et lointain. Surtout, il ne reviendra pas.

Bon, vieux ne signifie pas mauvais. Au contraire, c’est très bon et prenant. Pour le résumer, je dirais que cette histoire est une version des Envahisseurs, sauf qu’ici les protagonistes sont justement les Envahisseurs. Ce sont eux qu’on suit, et les Humains sont représentés de loin. Une inversion des rôles qui nous oblige à remettre en cause notre vision de l’univers.

Bon, puisqu’il faut bien faire un commentaire quelconque, je dirais que le récit devient parfois confus, à cause de sa construction générale. Il est réparti en trois endroits géographiques et trois groupes de personnages : l’un sur la planète lointaine, l’autre au bord de la Méditerranée, l’autre en vadrouille un peu partout. L’auteur passe de l’un à l’autre, et on a quelquefois du mal à le suivre. Ah, vous me dites que je cherche la petite bête ? Ben oui, sinon je ne consacrerais pas mon temps à chroniquer des vieux bouquins tombés dans les oubliettes.

Et pour vous confirmer qu’il date d’une autre époque, sachez que c’est l’amour qui, à la fin, apportera une note d’espoir, comme cela se faisait souvent en ce temps. Là-dessus, il m’arrive d’être nostalgique et de regretter que la littérature et le cinéma d’aujourd’hui ne raisonnent pas de la même manière. Parce que science-fiction, ou pas, l’amour est important. Bonne lecture.

 

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26 octobre 2021

Le chant de l'ours (Virantanaz) - Nina Zaïtseva - Editions Borealia - 2021

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Un texte de Nina Zaïtseva, publié par Borealia, avec des illustrations de Juri Mildeberg.

THÈME : Nous sommes en pays vepse, en Carélie, au nord de la mer Baltique. Un curieux ours, portant un pantalon et une chemise, monte sur un arbre et commence à conter une histoire. Celle de Virantanaz, la ferme de Vir. Vir est un brave homme qui s’est marié et a bâti sa ferme en bordure de la grande forêt. Il a deux fils et une fille. Les deux garçons se marient rapidement. Mais la fille refuse le mariage. Elle rejette tous les prétendants. Jusqu’au jour où arrive un garçon accompagné d’une escorte. Il s’agit d’un prince de la famille du tsar de Russie. Serait-il le fiancé qu’on attendait tant ?

MON AVIS : Les éditions Borealia, nos chers voisins, continuent leur œuvre de diffusion d’une littérature d’origine nordique. On les en félicitera, car la chose ne doit point être aisée. Ils ont le mérite de le faire.

Aujourd’hui, Borealia nous propose un texte venu de la mer Baltique. Plus précisément de Carélie. Et plus précisément encore, du pays vepse. Les Vepses sont un petit peuple réparti sur plusieurs territoires. Leur situation géographique leur a valu d’être ballottés entre la Russie et la Finlande. Aux dernières nouvelles, ils s’efforcent de ressusciter leur langue et leur culture, par exemple en publiant des livres comme celui-ci.

Bien sûr, pour des lecteurs français, cela s’assimile presque à de la science-fiction. On nous parle d’endroits que nous ne connaissons pas, de choses que nous ignorons. C’est une évidence. Mais on aurait vraiment tort de se priver de cette lecture. Au contraire, je vous encourage à vous y plonger. Car si le contexte est déroutant pour nous, le thème est universel. Celui du brave fermier qui doit marier une fille et qui n’y parvient pas. On se retrouve facilement en ce personnage, et en tous les autres.

Virantanaz, la ferme de Vir, est bâtie en bordure d’une grande forêt. Or, selon ce qu’on nous explique, les Vepses sont un des rares peuples européens à avoir conservé une conception de la vie animiste. La forêt est un être vivant, les arbres sont des êtres vivants, et les lacs et les rivières aussi. Cette conception mène à une philosophie radicalement différente de la nôtre. Surtout quand elle s’exprime de façon orale. Le texte, présenté comme un poème, s’apparente bel et bien à un récit oral. Il nous apprend, entre autres choses, comment on brasse la bière, ou comment on chante des chants sur les tombes des défunts. Moi, je vous apprendrai modestement qu’il faut découvrir ce livre venu d’ailleurs. L’ours a peut-être d’autres histoires à nous raconter.

 

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14 septembre 2021

Le crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express) - Agatha Christie - Le Livre de Poche - 1934

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Un roman d’Agatha Christie, de la série des Hercule Poirot, datant de 1934, 2013 pour cette édition.

THÈME : Revenant du Proche-Orient, Hercule Poirot doit embarquer en catastrophe sur l’Orient-Express pour rentrer en Angleterre. Mais en traversant la Yougoslavie, deux événements surviennent. D’abord, la neige tombe et immobilise le train. Ensuite, et surtout, un meurtre a été commis pendant la nuit : un certain Ratchett a été assassiné de douze coups de poignard. Or, le coupable n’a pu s’enfuir avec un tel mur de neige. Il se trouve donc forcément à bord. Le directeur de la compagnie supplie Poirot de mener l’enquête, afin d’éviter le scandale. Le détective va passer une journée entière à arpenter le wagon et à interroger les passagers. Peu à peu, une réalité incroyable va se dessiner sous ses yeux.

MON AVIS : Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Maigret. Les trois grands détectives du XX° siècle. Oui, je sais bien qu’il y eut Marlowe, et Mike Hammer, et quelques autres. Mais ces trois sont vraiment les géants de la littérature policière. En quelque sorte, ils représentent l’Himalaya du genre. Les incontournables, comme on dit aujourd’hui.

Hélas, les incontournables, ça se contourne aussi. En effet, je dois vous informer que ma jeunesse préféra Sherlock Holmes. Que voulez-vous que je vous dise ? N’ayant ni le don d’ubiquité, ni la faculté de rallonger les journées, il fallait bien faire des choix. Le mien se porta sur Sherlock. Lui et Watson m’entraînèrent dans leurs ruelles encombrées de brouillard. J’y ai passé la majeure partie de mes jeunes années. Au point que ces deux-là devinrent presque mes compagnons de route. Holmes et Watson, ma vie.

Alors, Maigret vint plus tard. Et Hercule Poirot plus tard encore. Naturellement, je me suis efforcé de rattraper mon retard. Sans doute impossible, mais essayons. J’ai donc lu. Hercule Poirot, ce n’est pas Sherlock Holmes, mais ce n’est pas mal non plus. C’est même très bien. Et on admire d’autant plus quand on découvre de quoi il s’agit. Que trouve-t-on dans les enquêtes de Poirot ? Des vieilles dames, des vieux messieurs et des colonels de l’armée des Indes. Qui diable allait s’intéresser à ça, hein ? Eh bien, le monde entier, et des générations entières. Ainsi donc, cette Agatha Christie était réellement une super-écrivaine, pour parvenir à accrocher les gens avec ça. Non, le succès n’a pas été aveugle.

Moi, je persiste à penser que Poirot et Sherlock Holmes se seraient bien entendus, s’ils s’étaient rencontrés. Ce qui n’est jamais arrivé : le premier prenait son envol au moment où le second donnait son dernier coup d’archet. Chacun son tour, chacun son époque. À moi les années 1900, à toi les années 1930. Et on reste copains. Oui, ils se seraient bien entendus, malgré leurs différences. Flagrantes et énormes. La philosophie de Holmes est parfaitement résumée par son axiome : « Le meilleur repos est un changement de travail ». Un axiome qui le conduit à une existence opposée à celle de Poirot. Là où le détective anglais se réfugie dans l’étude et la cocaïne, son homologue belge consacre le temps entre les enquêtes à une tâche importantissime et difficilissime : empêcher les fourchettes et les cuillères d’abîmer ses précieuses moustaches. Beaucoup plus estimable que démasquer les coupables des pires crimes. Holmes se lève et se met au travail, Poirot se lève et consacre la moitié de la matinée à prendre son petit déjeuner.

Parce que nous touchons là à la nature profonde de ces deux géants. Holmes est un personnage de roman qui apparaît dans des romans, chose on ne peut plus logique. Poirot est un personnage de théâtre égaré dans la littérature. Tout son être sort directement d’une pièce de boulevard. On le mettrait aussitôt dans un boudoir de Feydeau, ou un salon de Guitry, et il ne déparerait pas. Il est en représentation permanente. Il arrive, avec sa petite taille (un mètre soixante), son crâne chauve, sa silhouette rondouillarde et ses petits pas. Comment le prendre au sérieux ? On se dit qu’il ne parviendra jamais à rien, et le coupable du meurtre est le premier à le penser. La représentation se prolonge jusqu’à la fin, jusqu’à la grande scène où il révèle le nom du coupable, avec moult effets de manches. La pièce s’achève, en attendant la suite, qui ne tardera pas.

Holmes procède avec des méthodes assez proches de celles de notre actuelle police scientifique, ce qui démontre son avance et son mérite. Poirot se « contente » de faire marcher ses cellules grises. Affirmation fausse et destinée à tromper l’ennemi : le détective belge enquête avec la même rigueur et minutie que son alter-ego. Sa rigueur et sa minutie sont différentes, voilà tout. Ils se ressemblent donc davantage qu’on ne le croit. Dans leur travail et dans leur être. Nous l’avons vu : Holmes échappe aux affres de la vie grâce à la cocaïne. Poirot, lui, se réfugie dans son personnage, dans ses repas interminables, dans ces tasses de thé où il glisse systématiquement cinq morceaux de sucre, dans sa veste toujours impeccablement droite. Pour l’un comme pour l’autre, nous dirons qu’il s’agit de se barricader pour échapper à l’angoisse et à l’anxiété, chacun à sa manière. Vous répondez que c’est de la philosophie de comptoir ? Peut-être, mais nous savons tous que ces choses-là reposent sur des réalités.

Hercule Poirot enquête partout où on l’appelle, et parfois dans des endroits inattendus : la Mésopotamie, le Nil, l’Orient-Express. Ce n’est pas qu’il bondisse sur les affaires de meurtre. C’est que, bien souvent, il est le seul détective disponible dans le coin. Alors, il se dévoue. Ses pérégrinations font renaître sous nos yeux un univers disparu, à base d’armée des Indes, de majordomes, de femmes de chambre, de comtesses plus ou moins vraies, de casque coloniaux et de vestons croisés. Un univers disparu, mais dont les ressorts mentaux et moraux ont perduré jusqu’à nous.

Il paraît que Poirot est mort dans sa dernière enquête. Bien possible. Si tel est le cas, cela ne me paraît pas une bonne idée. Les héros d’aventures, détectives ou autres, ne meurent pas. Ils s’estompent, discrètement et progressivement. On ne les voit plus, mais ils sont toujours là. Fidèles à nos souvenirs, à nos émotions. Nous soutenant contre le temps qui passe. En relisant Agatha Christie ou Conan Doyle, je n’ai que deux mots à leur dire : bravo et merci.

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29 août 2021

Le feu aux douilles (Busted) - Glen Chase - Editions et Publications Premières - 1975

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Un roman de la collection Cherry O (N°18), écrit par Glen Chase, datant de 1975.

THÈME : Deux hommes et une femme ont découvert un fabuleux trésor, au large de la Floride. Mais ils se voient vite menacés par des gangsters. Alors, ils décident de faire appel au SPASM, un service de police. Ce dernier envoie un de ses agents, la belle et bagarreuse Cherrisse Delissio, dite Cherry O. Celle-ci commence par défendre le bateau contre les gangsters. Ensuite, elle opte pour une tactique plus offensive et parcourt la ville à la recherche de ces malfrats. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance d’un certain Vic Favelli. Lequel se révèle rapidement mystérieux : qui est-il vraiment ? Cherry O a intérêt à le découvrir, car le temps la rapproche de la mort.

MON AVIS : Me revoilà. Ah, ça fait un bail, n’est-ce pas ? Quatre ans que je ne chroniquais plus les aventures de Cherry O. Quatre ans d’interruption. Qu’est-ce que je foutais ? Ben, pas mal de choses. C’est-à-dire rien. La vie, pour résumer.

Aujourd’hui, je m’y remets. Parce que ça me manquait. Parce que j’ai envie. Aussi parce que j’aimerais bien chroniquer la série entière. J’en suis à la moitié. Pourquoi pas ? J’ai le temps d’y arriver. J’ai tout le temps maintenant. Le temps ? Oui, parlons-en. Puisqu’il s’agit de ça. Avant, j’étais un adolescent qui lisait les aventures de Cherry O, pour se distraire, pour rêver, pour oublier le quotidien. Aujourd’hui, je suis un retraité qui relit les aventures de Cherry O pour se rappeler son adolescence. La boucle est bouclée ? J’espère que non. J’espère qu’il me reste encore un bout de chemin devant moi. Mais entre les deux, il y a une vie, dont je ne sais où elle est passée. Une vie qui a blanchi mes cheveux.

Cherry O, c’était ma jeunesse. J’allais acheter ça à la librairie de la gare de Perpignan. Laquelle était, à l’époque, la meilleure de la ville. Mes yeux s’écarquillaient devant les belles couvertures coloriées. Il y avait une étagère entière de Slaughter, une autre de Konsalik, une autre de Simenon, une autre de Guy des Cars. Et des Fleuve Noir, et des Gerfaut, et des OSS 117. Et donc, des Cherry O et des OSSEX. On payait le prix d’un journal. Une misère. Je rentrais à la maison et je lisais ça dans ma chambre, ou sur un banc public. N’importe où. Cela représentait, au bas mot, une journée de lecture, ou un après-midi. Littérature populaire, littérature de poche. Un truc qui n’existe plus, et c’est bien dommage.

Une lecture que j’aimais. Parce que c’était les années 70. L’époque des « Drôles de dames » à la télé, de Laura Gemser au cinéma, et en conséquence de Cherry O. Un temps où il n’y avait pas de SIDA, et pas de Coronavirus, et pas de talibans. Aucune limite, aucune barrière. Nous avions droit aux minijupes en ville, au monokini sur les plages, et à toute une batterie de choses qui nous sont refusées maintenant. Ah, la belle époque, et comme nous avons eu tort de ne pas en profiter davantage. Car elle fut éphémère. Une décennie, à tout casser. Un peu moins, dans les faits. Dès le début des années 80, une affreuse maladie sexuellement transmissible vint nous informer que la fête prenait fin.

Depuis, je vis dans la nostalgie. De plus en plus lointaine, ne nous leurrons pas. Les pages de Cherry O ont jauni. Nul n’y peut rien. Au rythme où mes rides se creusaient. Alors, je relis Cherry O. Ah oui, je papote, je papote, et je ne vous ai pas encore dit un mot sur le livre chroniqué ici. « Le feu aux douilles », numéro 18 de la collection. Eh bien, formidable. Le meilleur de la série ? Possible. Palpitant de bout en bout, de toute façon. Tant pis pour ceux qui se sont privés de cette lecture. Ils ne savent pas ce qu’ils ont raté : 150 pages de suspense, d’action, de rebondissements, de plaisir de lire. Bien sûr, on s’amuse en découvrant qu’il n’y a pas de téléphone portable, pas d’ordinateur. Mais le bouquin est toujours aussi valable. En relisant, je m’aperçois une fois de plus que les années 70 étaient géniales, que j’ai eu la chance de les connaître, et que je ne le regretterai jamais.

 

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09 mai 2021

Gérard Cordier revient de Mexico - Roger Debaye - Editions G.P. - 1969

Un livre-document, datant de 1969, et consacré aux Jeux Olympiques de Mexico.

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THÈME : Le jeune journaliste Gérard Cordier a été envoyé aux Jeux de Mexico, car le journaliste prévu s’est cassé la jambe. Il s’installe donc et suit l’événement, depuis la cérémonie d’ouverture jusqu’à celle de clôture. Pendant quinze jours, il rencontre et interroge tous les protagonistes. Cela donne des moments drôles, ou plus sérieux, ou franchement émouvants. Gérard voit défiler le sport des années 60 dans tous ses aspects. À la fin, il doit repartir, avec des souvenirs plein la tête.

MON AVIS : J’ai lu tant de choses dans ma vie qu’il m’arrive de tomber sur des trucs franchement inattendus, voire incongrus. Comme celui-ci, que j’appellerai « livre » parce qu’il faut bien le désigner par un mot quelconque. Il s’appelle « Gérard Cordier revient de Mexico », il date de 1969. J’ai donc dû le lire vers 1970. Vous le voyez, cela ne me rajeunit pas, et vous non plus.

Un truc inattendu, oui, car il s’avère impossible à définir. Une sorte d’O.V.N.I. Pour tenter de le décrire, je dirai qu’il appartient à un genre peu usité : la fiction-document. Une sorte de mélange des deux. Le récit est romanesque, mais les reportages et interviews qu’il propose sont bien authentiques. Même si, naturellement, ils ont probablement été faits par d’autres que ce « Gérard Cordier ». Allez savoir qui a eu cette idée-là. Je ne l’ai jamais découvert, et il est vrai que je n’ai fait aucun effort pour cela. L’auteur, Roger Debaye, est un inconnu pour moi. Et l’éditeur aussi.

Bref, ce machin existe. Je l’avais lu dans mon adolescence, je l’ai relu aujourd’hui. Il faut expliquer que ce roman-document traite des Jeux de Mexico, en 1968. Problème pour en parler. Parce que franchement, qui se souvient des Jeux de Mexico ? Qui se souvient de Colette Besson, de Kiki Caron, d’Alain Mosconi, de Bob Beamon, de Ray Fosbury ? Et des autres. Autant parler de paléontologie. J’ai connu, moi. Alors, oui, ça me parle.

Ainsi donc, « Gérard Cordier » se trouve à Mexico et il interroge les sportifs qui participent. Ceux qui ont gagné, et ceux qui n’ont pas eu cette chance. Les seconds se révélant souvent plus intéressants que les premiers. Parce que les entretiens nous permettent de découvrir les disciplines sportives, mais surtout les personnalités de ces champions oubliés. Cela nous vaut des moments vraiment inoubliables. Comme Jim Hines, vainqueur du 100 mètres, avouant sans complexe : « Je ne sais pas moi-même pourquoi je cours aussi vite ». Ou bien Bob Beamon, l’homme qui vola sur 8,90 mètres, martelant avec franchise qu’il préfère le basket au saut en longueur. Ou bien Alain Mosconi refusant de célébrer une médaille de bronze, car seule la médaille d’or a de la valeur (dur, mais juste). Ou bien le légendaire Johnny Weissmuller, racontant avec nostalgie comment on nageait de son temps. Il s’agit d’un documentaire sportif, mais aussi et surtout humain. Ces grands champions nous ressemblaient, finalement.

Maintenant, pour ma part, je reconnais un faible pour le chapitre sur Colette Besson. Sacrée Colette, que 50 mètres miraculeux ont fait entrer dans la légende. Bah, il faut bien dire que la suite de sa carrière ne fut pas ce qu’on attendait, mais c’est naturellement une autre histoire. La sienne, qu’elle raconte avec pudeur, suffit à la garder dans notre cœur. De même que Fosbury, l’homme qui sautait à l’envers. Et Jonquères d’Oriola, le grand cavalier.

Tout cela est vieux, dorénavant. Si vieux que personne ne s’en souvient. Excepté nous, puisque nous l’avons connu. Les Jeux de Mexico, 1968. Même si ce bouquin demeure une curiosité et une énigme, il a le mérite de nous les envoyer et de nous les faire revivre. Je ne saurai jamais qui était ce Roger Debaye, mais je le remercie néanmoins.

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08 mai 2021

Fausses pistes pour Lecomte - F.-H. Ribes - Fleuve Noir - 1970

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Un roman du Fleuve Noir, de la collection Espionnage, écrit par F.-H. Ribes et datant de 1970.

THÈME : Gérard Lecomte, agent de la CIA, est envoyé en mission à Los Angeles. Il doit contacter un certain Bruno Lancaster. Mais à peine arrivé, il découvre que ce monsieur a disparu et il rencontre deux femmes qui prétendent, toutes les deux, être la secrétaire de Lancaster. Un imbroglio qui ne fait que commencer. Or, l’heure est grave, car Lancaster avait repéré la présence de Ramirez, un extrémiste dangereux, laquelle n’annonce que des mauvaises nouvelles. Lecomte doit absolument résoudre cette énigme, sous peine de voir l’Amérique du Nord sombrer dans le chaos.

MON AVIS : S’intéresser (en dilettante) à la vieille littérature populaire amène à redécouvrir des noms oubliés, enfouis sous la poussière du temps. Aujourd’hui, nous redécouvrons F.-H. Ribes. Bah, je suppose que ça ne dit plus rien à personne. Quel dommage. Il fut un des grands du Fleuve Noir, un de ceux qui alimentaient les rayons des kiosques et des gares. Comme Paul Kenny, M.G. Braun, Claude Rank, Adam Saint-Moore. Et quelques autres. Scandaleusement sous-estimés à l’époque, tristement oubliés maintenant.

Parce que, voyez-vous, tous ces gens avaient du talent, et beaucoup. Il aurait suffi de les lire pour s’en apercevoir. Prenez F.-H. Ribes. Du talent à revendre. Il montait des suspenses prenants et captivants, qui vous tenaient en haleine. Mais il y rajoutait une note d’humour, une auto-dérision, qui rendaient le récit encore meilleur. Et qui faisaient comprendre qu’il ne se faisait guère d’illusion, ni sur ses contemporains, ni sur lui-même. On vous le dit, à redécouvrir.

Tiens, ce bouquin de la collection Espionnage, mené par l’agent secret Gérard Lecomte, alias KB-09. Imaginez : nous sommes en Californie, en 1970. Cela ne vous dit rien ? À ceux de ma génération, oui. Los Angeles, Santa Monica, les voitures décapotables, les filles cheveux au vent, la musique. C’était notre rêve à nous. Ma génération s’est gavée de rêve californien. Cela s’est estompé avec le temps. Tant pis. Moi, je retrouve ça avec plaisir et un zeste d’émotion. Vive la littérature populaire, F.-H. Ribes et quelques autres. Que je suis heureux d’avoir grandi avec ça.

 

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