Le Blogue de Manuel Ruiz

09 avril 2013

Manifestes du Surréalisme - André Breton - Jean-Jacques Pauvert Editeur - 1962

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Cette édition de 1962 regroupe le premier manifeste du surréalisme (1924), le second (1930) et les Prolégomènes pour un troisième manifeste (1942) qui n'a jamais vu le jour.

Le Manifeste du Surréalisme est une oeuvre majeure du XXè siècle. Il a marqué une révolution artistique et étendu son influence à toutes les disciplines : poésie, littérature, peinture, sculpture, cinéma. Un nombre incalculable de personnes, dans le monde entier, se sont revendiqués de l'héritage surréaliste. Malgré le temps écoulé depuis les années 20, et malgré la disparition d'André Breton en 1966, beaucoup d'artistes se disent aujourd'hui encore surréalistes. On peut dire que la vie intellectuelle toute entière a été modifiée par le surréalisme.

En conséquence, ce n'est pas un modeste scribouillard tel que moi qui pourrait faire l'exégèse d'une oeuvre aussi importante. Reconnaissons nos limites. Je me bornerai à donner mon avis sur la lecture.

Soyons clairs : nous allons surtout parler du premier manifeste (1924), le vrai, celui qui a fixé et défini le surréalisme jusqu'à nos jours. Le second (1930) est décevant : il se résume à une suite de règlements de comptes politiques ou artistiques, dans laquelle Breton s'en prend à tout le monde, surtout à ses anciens compagnons, souvent avec virulence. Les Prolégomènes (1942) sont intéressants et font regretter qu'il n'y ait pas eu un troisième manifeste.

Prenons donc le premier manifeste de 1924. André Breton lui-même nous raconte comment le surréalisme lui est apparu. Pendant la guerre de 14-18, il a l'idée de venir en aide aux soldats blessés en employant les méthodes psychanalytiques de Freud. Il leur demande de fermer les yeux, de faire le vide dans leur esprit, et de parler, parler, parler, en disant tout ce qui leur passe par la tête. Il s’aperçoit alors que les soldats, de cette manière, en arrivent à dire des choses qu’ils n’auraient jamais dit autrement. Après la guerre, Breton et son ami Philippe Soupault décident d’explorer la méthode pour l’appliquer à l’écriture : vider son esprit, atteindre un état de quasi-hypnose, et écrire, écrire, écrire, sans s’arrêter et sans plan préparé à l’avance. Le but est d’atteindre ce « point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement ». C’est ainsi qu’ils écrivent « Les Champs Magnétiques », acte de naissance officiel du surréalisme. Le mot, semble-t-il, était employé par Apollinaire et c’est pour lui rendre hommage qu’on l’a choisi. L’école surréaliste est née. Elle verra passer Louis Aragon, Paul Eluard, Robert Desnos, Roger Vitrac, Antonin Artaud, Pablo Picasso, Salvador Dali, Francis Picabia. Tant d’autres. Une autre famille artistique a-t-elle connu une telle quantité de géants ? Pas sûr. André Breton en sera le « pape », admiré et controversé, jusqu’en 1966. Le manifeste en restera le texte de référence.

Le second manifeste, celui de 1930, a peu d’intérêt littéraire, mais il peut retenir l’attention des amateurs d’Histoire, car on y découvre quelques anecdotes amusantes, ou édifiantes, sur l’époque. André Breton nous raconte l’histoire de cet intellectuel qui subtilisa 200 000 francs au Parti communiste pour aller jouer au casino à Monaco. Nous voilà obligés de voir autrement ces révolutionnaires que le temps a sans doute un peu magnifiés ! Le Parti communiste… Sans doute le grand malentendu du parcours d’André Breton. Pour en donner une idée, signalons simplement qu’on le casa, lui le poète, dans une cellule composée par des employés du gaz ! On se demande encore ce qu’il allait faire là-dedans. Mais les surréalistes avaient décidé que leur philosophie rejoignait la pensée marxiste… Passons.

Ces débats, parfois violents, sont lointains. Aujourd’hui, c’est le talent d’André Breton qui nous intéresse. Le plus grand écrivain français du XXè siècle. Chacune de ses phrases donne envie d’applaudir. Si vous êtes candidat à une carrière littéraire, c’est une leçon permanente et magistrale. Lui-même rappelle avec ironie qu’il était jugé « ennuyeux comme la pluie », ce qui permettra aux plumitifs actuels de garder espoir. « La littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout », dit-il, et c’est une définition de la littérature à garder en mémoire. Et si André Breton, finalement, était le seul écrivain méritant d’être lu ?

D’ailleurs, c’est lui qui nous fournira la conclusion : « Au bout de vingt ans je me vois dans l’obligation… de me prononcer contre tout conformisme. » Il avait raison. 89 ans plus tard, André Breton et le surréalisme sont toujours parmi nous. Une œuvre exceptionnelle et un écrivain extraordinaire.

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31 mars 2013

Les Chevaliers de l'Espace - Jean-Gaston Vandel - Fleuve Noir - Collection Anticipation - 1952

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Un roman de la collection Anticipation (N° 7), du Fleuve Noir, de Jean-Gaston Vandel, datant de 1952.

L’AUTEUR : Jean-Gaston Vandel, un peu oublié aujourd’hui, était pourtant l’un des mousquetaires qui oeuvrèrent pour lancer la collection Anticipation dans les années 50. Son nom était familier dans tous les kiosques. Un classique de la littérature populaire.

THÈME : En l’an 2050, une guerre mondiale éclate. L’Empire Américain, l’Empire Européen et l’Empire Asiatique vont s’affronter. Ils s’attaquent mutuellement à coups de missiles atomiques. Soudain, une chose incroyable se produit : les missiles sont détournés et tombent à la mer. Les machines de combat ne fonctionnent plus. L’incompréhension est générale. Puis une grande fusée blanche apparaît dans le ciel et un message parvient aux gouvernements : des extra-terrestres, les Chevaliers de l’Espace, ordonnent au humains de cesser de faire la guerre, sous peine de représailles. Ils veulent imposer la paix sur terre. Mais qui sont vraiment ces Chevaliers de l’Espace, et quelles sont leurs véritables intentions ?

MA LECTURE : Si vous venez de lire le thème, un peu plus haut, cela vous aura sauté aux yeux : ce bouquin présente une ressemblance flagrante avec « Le Secret de l’Espadon », grand classique de la BD, appartenant à la série Blake et Mortimer. On y retrouve le même schéma, à savoir une guerre mondiale entre des empires imaginaires. En 1952, cela devait parler au gens, et de façon proche et dramatique. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas, personnellement, trop accroché. Parce que, soyons francs, la BD de E.P. Jacobs est infiniment supérieure. C’est peut-être lapidaire, mais c’est ainsi. Il est vrai aussi que je ne suis pas réellement un client de ce genre assez particulier.

Reconnaissons cependant que Vandel a eu le mérite de trouver une fin intéressante, quoiqu’un peu téléphonée. Il a eu aussi l'intelligence de glisser une histoire d'amour, pour ne pas s'enfermer dans un récit purement guerrier. Manifeste pacifiste, ou autre chose ? Cela s’avère difficile à déterminer aujourd’hui, tant le contexte est différent. Les descriptions de chacun des trois empires imaginaires sont assez contradictoires. D’autre part, n’ayons pas peur de nous attaquer aux mythes : l’écriture de Vandel est franchement faible. Plus faible, en tout cas, que celle de Richard-Bessière, que j’ai chroniqué auparavant.

« Les Chevaliers de l’Espace » ont sûrement passionné les lecteurs de 1952, parce qu’ils correspondaient aux angoisses de l’époque. Les lecteurs de maintenant, disons-le, risqueraient de passer à côté.

 

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26 mars 2013

Les massacreurs du Kansas (Stranger wore a gun) - André de Toth - 1952

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Les massacreurs du Kansas (Stranger wore a gun) – Production : Columbia – Date : 1952 – Mise en scène : André de Toth – Avec : Randolph Scott, Claire Trevor, George McReady, Lee Marvin, Ernest Borgnine.

THÈME : Pendant la Guerre de Sécession, Travis est mêlé bien malgré lui au massacre de la ville de Lawrence par les guérilléros de Quantrell. Après le conflit, il traîne son remords de ville en ville. Jusqu'au jour où le passé le rattrape, sous la forme de Jules Mourret, un gredin dirigeant une bande de hors-la-loi spécialisés dans les attaques de diligences. Il propose à Travis de s'infiltrer dans une compagnie de diligences et de les informer afin de planifier les attaques. Travis va devoir faire un choix : gagner de l'argent, ou tenter de se réhabiliter à ses propres yeux.

LE FILM : Le fait est assez rare pour être signalé. Alors, signalons-le : pour une fois, le titre français est meilleur que le titre américain. « Les massacreurs du Kansas », ça indique clairement de quoi il s'agit : le film commence par l'affreux massacre de Lawrence, commis par les hommes de Quantrell. Un événement historique. Cela donne un cachet d'authenticité que les westerns n'ont pas toujours.

Pour en revenir à l'aspect cinématographique, le film est intéressant, si l'on se targue d'être un cinéphile averti. En effet, c'est ici que Randolph Scott va commencer à travailler le personnage qui deviendra progressivement le sien : celui d'un homme traumatisé par un passé douloureux et qui cherche une rédemption. Mais à la différence de ce qu'on verra dans l'univers de Bud Boetticher, le traumatisme nous est révélé dès les premières images, et tout le reste sera le récit de la réhabilitation. En somme, le justicier Randolph Scott en est à ses prémices.

Bien entendu, nous restons dans la série B. La façon dont Travis va tromper à plusieurs reprises les hors-la-loi paraît un peu simpliste : de vrais bandits ne se laisseraient pas rouler aussi facilement ! La rivalité amoureuse entre les deux femmes est aussi un peu convenue. Le travail de de Toth est de faire passer ces facilités grâce à des scènes de poursuites en diligence spectaculaires dans des paysages grandioses et variés, et à un grand incendie purificateur qui viendra clore l'affaire.

Série B aussi dans la distribution, puisque nous demeurons dans le classique : George McReady fait toujours le méchant élégant, Lee Marvin et Ernest Borgnine font toujours les tueurs à gages. L'équipe gagnante de la Columbia. Plus étonnante est la présence de Claire Trevor, décidément abonnée aux histoires de diligences : elle accompagnait déjà John Wayne dans « La Chevauchée Fantastique ». La même Claire Trevor, quelques années auparavant, avait déjà tourné dans « Le Commando Noir », de Raoul Walsh, qui racontait aussi l'attaque de la ville de Lawrence.

Ainsi donc, tout en restant une série B, « Les massacreurs du Kansas » se révèle un film passionnant et intéressant, digne d'un intérêt et d'une étude, au même titre que d'autres westerns plus réputés.

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Le cavalier de la mort (Man In The Saddle) - André de Toth - 1951

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Le cavalier de la mort (Man in the saddle) – Production : Columbia – Date : 1951 – Mise en scène : André de Toth – Avec : Randolph Scott, Joan Leslie, Ellen Drew, Alexander Knox.

THÈME : Le rancher Owen Merritt entretient des relations tendues avec son puissant voisin Will Isham. Pour des raisons d'intérêt, mais aussi sentimentales : ils aiment la même femme. Après son mariage, Isham décide de lancer les hostilités et envoie ses hommes de main attaquer le ranch de Merritt. Celui-ci, ayant échappé de peu à l'agression, se réfugie dans la montagne pour préparer sa contre-attaque. Il redescendra dans la ville pour l'ultime affrontement avec les sbires d'Isham.

LE FILM : Avant le duo Scott-Boetticher, il y eut l'association Scott-De Toth. Elle est un peu oubliée aujourd'hui. Et c'est normal : il faut bien dire que les films d'André de Toth n'atteignent absolument pas le niveau de ceux de Boetticher. C'est sec et abrupt, mais c'est ainsi. Pourtant, avant de parcourir le désert aux ordres du grand Bud, Randolph Scott avait d'abord passé 10 ans à travailler avec de Toth. Il faut le rappeler.

Justement, ce film de 1951 est leur première collaboration. 1951, oui. C'est-à-dire, soyons francs, qu'il a pris un petit coup de vieux. L'ensemble peut paraître simpliste, voire naïf, au public actuel. Et à moi-même, je le dis. Ne soyons pas injuste. C'est vrai que le scénario n'est là que pour permettre à Randolph Scott de faire son numéro de justicier irréprochable et invulnérable : quoi qu'il arrive (poursuite à bord d'un chariot en flammes, bagarres, duels au revolver), il s'en sort toujours. C'est vrai aussi que la fin est un peu bâclée. OK. C'était le cahier des charges des séries B de l'époque.

Mais rendons justice à André de Toth : il a essayé de faire son boulot. Au-delà des chevauchées et des coups de feu, les personnages sont développés dans des scènes visiblement très étudiées. Je pense notamment au méchant Isham, que je considère comme un des meilleurs de l'histoire du western. Surtout, de Toth emploie un système qu'il reprendra dans tous ses westerns : créer un contraste entre les paysages. On passe de la classique plaine à cactus aux montagnes enneigées et boisées. Cela afin de permettre au spectateur de suivre l'évolution psychologique des héros. La plus belle scène du film est d'ailleurs une bagarre dans la neige : absolument superbe. Elle justifie à elle seule la vision de ce western. Peut-être un peu démodé, mais qu'on aurait tort de négliger.

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24 mars 2013

L'enfer vaut l'endroit (The Jersey Bounce) - Glen Chase - Editions et Publications Premières - 1974

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Un roman d’action et d’érotisme, appartenant à la collection Cherry O (N°9), écrit par Glen Chase, datant de 1974.

THÈME : Cherisse Delissio, dite Cherry O, agent du SPASM, se trouve en vacances sur la côte atlantique quand elle doit intervenir pour sauver un homme sur le point d’être assassiné. Or, les assassins appartenaient à la mafia. Il n’en faut pas plus pour que notre espionne rousse abandonne ses vacances et poursuive l’enquête, cette fois à titre officiel. Elle use de ses charmes pour se faire engager dans un club privé, en tant qu’hôtesse d’accueil. De là, elle intrigue pour provoquer un affrontement entre deux bandes rivales de gangsters. Son plan sera couronné de succès, après moult combats au revolver.

MA LECTURE : Revoici donc Cherry O, l’aventurière rouquine qui fit découvrir la sexualité à des milliers d’adolescents des années 70. La voici dans le N°9 de ses aventures. La photo de la couverture est assez juste, puisque l'essentiel du récit se déroule dans un bar privé.

C’est toujours un grand plaisir de la retrouver. Hélas, disons les choses sans détour : cet opus est extrêmement faible. Sans doute un des plus faibles de la série. À la différence des seins de Cherry, lesquels défient toujours les lois de la pesanteur, ce bouquin ne décolle jamais. En fait, on a l’impression que l’auteur a bâclé ça en quelques jours. Le pire est que c’est probablement le cas. L’intrigue est sans intérêt, cousue d’avance et prévisible jusqu’à la fin. Pas une scène pour réveiller l’attention.

Notre espionne rousse se faisant passer pour une hôtesse d’accueil dans un bar privé (en clair, une strip-teaseuse), on ne sera pas surpris d’apprendre qu’elle passe les 180 pages à se déshabiller et allumer les mecs, ce qui nous vaut nombre de descriptions de ses sous-vêtements. C’est malheureusement la seule chose à sauver de ce roman. Le comble, pour moi, étant que cette sublime rouquine consacre la moitié de l’histoire à séduire un mafieux méchant, laid et bête. Je veux bien admettre qu’on soit nymphomane, mais un tel manque de goût étonne de la part de Cherisse Delissio. Vraiment, un des numéros les plus faibles de la série, à oublier aussi vite qu’on l’aura lu.

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17 mars 2013

À l'assaut du ciel - Richard-Bessière - Fleuve Noir - Collection Anticipation - 1951

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Un roman de la collection Anticipation (N°2), datant de 1951, écrit par Richard-Bessière.

THÈME : Ce roman est la suite du N°1 : « Les conquérants de l’univers ». On y retrouve les mêmes personnages : le professeur Bénac et ses compagnons Richard Beaumond, Jeff Dickson, Don Gonzales, Mabel Peterson et Ficelle. Cette équipe héroïque poursuit son exploration de l’espace à bord du Météore. Ayant quitté Mars, ils atterrissent sur Jupiter où ils explorent un continent au stade préhistorique. Puis ils atteignent Neptune, où ils découvrent un monde proche du Moyen-Âge. Enfin Pluton, où ils contactent au contraire une civilisation très avancée. À la fin, le professeur Bénac choisit de poursuivre l’aventure.

MA LECTURE : Voici donc la suite des « Conquérants de l’univers ». Richard-Bessière nous replace en compagnie du professeur Bénac et de ses compagnons, et nous lance avec eux dans de nouvelles explorations. Soyons francs : celui-ci est un peu moins bon que le premier. Ce fut du moins mon impression à la lecture. Il est vrai que nous savons aujourd’hui que Mars, Jupiter ou Neptune n’abritent aucune forme de vie, ce qui doit influer sur les conclusions. D’accord. Mais le roman tient la route autant que le précédent. La ressemblance avec Jules Verne, visible dans le premier, devient flagrante dans celui-ci : à plusieurs reprises, on croit lire « Voyage au centre de la terre » ou « Robur le Conquérant ». On comprend que les lecteurs de 1951 aient été enthousiasmés. Ceux d’aujourd’hui le seraient certainement moins. Ce qui résiste à l’usure, c’est le souci de Richard-Bessière de faire un tour d’horizon du genre : on passe d’une période préhistorique sur une planète à une autre en avance sur la technologie. Et en avant pour de nouvelles aventures, toujours dans la légendaire collection Anticipation.

 

 

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24 février 2013

Les Conquérants de l'Univers - Richard-Bessière - Fleuve Noir - Collection Anticipation - 1951

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Le roman N°1 de la collection Anticipation, du Fleuve Noir, datant de 1951, écrit par Richard-Bessière.

L’AUTEUR : Un monument de la littérature populaire française, pilier de la collection Anticipation, et dont les écrits ont accompagnés plusieurs générations de lecteurs à toutes les étapes de leur vie.

THÈME : Le professeur Bénac a mis au point le Météore : un vaisseau spatial révolutionnaire, capable de décoller et de voler jusqu’au fond de l’espace. Il improvise un équipage : son filleul Richard Beaumond, le journaliste Jeff Dickson, la belle Mabel Peterson. Par un accident imprévu, l’astronef devra aussi embarquer le mécanicien Ficelle et le mystérieux Don Alfonso. Le Météore atterrit d’abord sur la lune, où les voyageurs doivent échapper à des monstres préhistoriques. Puis sur Mars, où ils découvrent la surprenante civilisation martienne. Le roman s’achève au moment où ils se dirigent vers Jupiter.

MA LECTURE : Comment créer un mythe ? Ce livre vous apporte la réponse. En septembre 1951, le Fleuve Noir le publia et il s’agissait du N°1 d’une nouvelle collection : Anticipation. Une collection entièrement dédiée à la science-fiction, écrite en français, à destination d’un public francophone. Ce fut le début d’une légende. Anticipation allait devenir un pan entier de la littérature française. Ces petits romans de SF ont fait partie de la vie de millions de lecteurs et sont aujourd’hui des trésors pour les collectionneurs.

Alors, les Conquérants de l’Univers ? Je devine les commentaires qui planent. Que c’est de la science-fiction vieillotte, jaunie, comme les anciens numéros de « Nous Deux ». Que c’est simpliste et naïf. Que c’est du Jules Verne amélioré. Bref, que ça ne vaut pas la SF de maintenant. Eh bien, je dis, moi, que ça tient la route aussi bien qu’en 1951. Les aventures du professeur Bénac et de ses compagnons sont peut-être simplistes, mais n’empêche qu’on y accroche et qu’on les suit avec passion jusqu’au bout. Justement à cause de leur simplicité : Richard-Bessière ne nous assomme pas avec des dissertations philosophiques, ou autres. Il est écrivain, et il écrit de la science-fiction. Il fait son boulot. Point. Après, inutile de pointer du doigt les erreurs et approximations scientifiques : l’astrophysique de 1951 n’avait pas le niveau de la nôtre, voilà tout. Tel qu’il est, le bouquin se révèle aussi passionnant qu’à l’époque. Il recèle d’ailleurs des moments amusants, tel que celui où les Martiens entendent du jazz et se demandent comment les Terriens peuvent écouter cette musique barbare.

Enfin, rien de vieux ou de démodé là-dedans. 63 ans plus tard, le professeur Bénac et ses compagnons volent toujours dans l’espace. Et la collection Anticipation est devenue un mythe du XXè siècle.

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17 février 2013

Le Horla - Maupassant - Théâtre du Petit Hébertot

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Une pièce de théâtre inspirée par la nouvelle de Guy de Maupassant, mise en scène par Slimane Kaciaoui, jouée par Florent Aumaître.

THÈME : Un homme est victime d'hallucinations. Il s'imagine être persécuté par une créature mystérieuse, qu'il appelle le Horla. Jour après jour, il nous livre son journal intime et cela nous permet de suivre sa lente descente aux enfers de la folie. Le dénouement sera tragique.

MON AVIS : On dira ce qu'on voudra, Facebook a du bon. C'est grâce au réseau social que j'ai été informé que le Théâtre du Petit Hébertot proposait cette pièce. J'ai décidé d'y aller, pour voir. Je ne regrette pas.

Le théâtre est sympa et l'accueil très bon. La présentation de l'oeuvre est celle des trois-quarts des spectacles actuels : rideau noir, décor minimaliste, mise en scène dépouillée, jeu de projecteur. Un comédien remarquable, Florent Aumaître, tient la scène à lui seul pendant 1H20. Cela marche, c'est-à-dire que le cas de cet homme victime d'hallucinations accroche. On s'aperçoit à peine que la pièce a été écrite voilà longtemps.

Maintenant, j'avouerai que je suis en désaccord sur des petits points de la mise en scène. Par exemple, quand le personnage livre son journal, il serait bon qu'il marque une pause et qu'il sorte son agenda à chaque fois, pour qu'on voit qu'il change de journée. C'est en tout cas mon avis.

Le spectacle semble avoir du succès et je m'en réjouis. De même que je me réjouis d'avoir découvert le Théâtre du Petit Hébertot.

 

 

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14 janvier 2013

Le médecin malgré lui - Molière - Théâtre Clavel

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Une pièce de Molière présentée au Théâtre Clavel par la Compagnie de l'Eventail.

THÈME : Pour se venger de son mari Sganarelle qui la bat, Martine emploie un stratagème : elle fait croire qu'il est médecin et capable de guérir n'importe quelle maladie. Ainsi donc, Sganarelle se retrouve chez un riche bourgeois qui lui demande de soigner sa fille, devenue muette. D'abord décontenancé, Sganarelle finit par jouer le jeu et fait semblant d'être médecin. Il découvre vite que la fille n'est pas muette : il s'agit d'une feinte pour éviter un mariage non-désiré. Sganarelle devra s'allier avec le véritable fiancé pour se sortir de cet imbroglio.

MON AVIS : N'écoutant que mon courage (modeste, mais réel), j'ai bravé le froid pour aller au théâtre Clavel. Bien m'en a pris. La Compagnie de l'Eventail propose « Le médecin malgré lui » joué dans le style de la Comedia dell'Arte : masques, coups de bâton, grimaces. Molière en version Comedia dell'Arte, il fallait y penser. Je ne suis pas sûr que les puristes, et autres habitués de la Comédie Française, apprécient forcément. Moi-même, je dirai sans détour que quelques effets comiques m'ont paru un peu... exagérés. C'est le genre. Acceptons-le. Il en vaut un autre.

Pour la pièce en elle-même, je dois avouer que je ne la connaissais pas. Elle m'a surpris, car elle m'a parue plus réaliste, plus dure que les autres de Molière. Et surtout plus cynique. Le cynisme est triomphant ici, jusqu'à la fin, absolument immorale. Tous sont cyniques, à commencer par Sganarelle : il prend tout l'argent qu'il peut, il tente sans vergogne de tripoter la servante. Son épouse, Martine, ne vaut guère mieux. Pas plus que le bourgeois qui vendra pratiquement sa fille à la fin. Seul le couple d'amoureux apportera une note positive. Molière était-il sur la pente descendante (celle de la vieillesse) quand il a écrit ça ? J'avoue que je l'ignore. Comme dans beaucoup d'autres pièces, il s'attaque aux médecins. Sganarelle, qui n'y connaît rien, dit n'importe quoi et ses « remèdes » ne sont finalement pas plus absurdes que ceux des véritables docteurs. Pourrions-nous adresser les mêmes reproches aux médecins modernes ? Je me garderai bien de le dire.

« Le médecin malgré lui » est au Théâtre Clavel, les mardi, mercredi, et dimanche (en matinée).

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27 novembre 2012

Coolie piégé (Made in Japan) - Glen Chase - Editions et Publications Premières - 1974

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Roman d'action et d'érotisme de Glen Chase, de la collection Cherry O (N°12), datant de 1974.

THÈME : En visitant un musée new-yorkais, Cherry Delight vient en aide à un vieux Japonais menacé par des tueurs. En fait, il s'agit d'un homme d'affaires en butte aux Yakuzas. Il n'en faut pas plus pour que le Gouverneur expédie son espionne rousse au Japon, avec pour mission d'en finir avec les Yakuzas à elle toute seule. La belle Cherry O va accomplir sa mission à la lettre : elle va traquer les Yakuzas et les exterminer, d'abord avec l'aide de la police, ensuite avec le soutien de prostituées victimes des gangsters. Jusqu'à la mort de leur chef, un certain Tetsuko. Sa mission remplie, Cherry s'octroiera d'autorité deux semaines de vacances au pays du Soleil Levant.

MA LECTURE : Et hop, on repart à l'aventure avec Cherry O, espionne invincible et nymphomane, figure mythique des années 70. Le temps passe : nous voici, déjà, en 1974. Cet opus s'inscrit dans une ligne classique de l'époque : celle des romans d'action se déroulant au Japon. Un cas de figure vu dans James Bond, dans OSS 117, et dans bien d'autres. La scène, superbe, où Cherry joue la femme-grenouille pour s'introduire dans le repaire du méchant est d'ailleurs strictement calquée sur les James Bond des sixties. Pour le reste, l'intrigue est complètement invraisemblable, comme d'habitude, et ça n'a aucune importance. L'important est de suivre la merveilleuse rousse et d'assister à ses exploits. Guerriers tout d'abord : à elle seule, elle extermine les gangsters par dizaines en gardant son maquillage et son brushing. Exploits sexuels ensuite : fidèle à elle-même, Cherry couche avec tout le monde, y compris un vieux Japonais dont on se demande s'il peut être encore « opérationnel ». Cela nous vaut une scène sublime de saphisme avec une prostituée de luxe, ponctuée par une cérémonie du thé. Bien trouvé.

Au chapitre du négatif, puisqu'il y en a, on doit admettre que le bouquin porte la candeur des années 70. Notamment quand Cherry conseille aux prostituées de se grouper dans un syndicat pour faire face aux Yakuzas : nous savons aujourd'hui que la méthode a ses limites. Mais le livre vient d'une autre époque, quand on se berçait encore d'illusions. Perdues depuis.



Fin »