Le Blogue de Manuel Ruiz

14 mai 2015

Le Templier masqué - Cécile Brun - Editions Laska - 2015

le-templier-masque-419889-250-400

Un roman numérique aux éditions Laska.

THÈME : Nous sommes en 1302, au Gévaudan. Le château de Florac est attaqué par les Anglais et son seigneur est tué. Restent sa compagne Hildegarde et sa fille Brune. Conscientes de leurs limites, elles décident de réclamer l’aide des Templiers. Brune se rend chez eux. Les Templiers ne se montrent guère enthousiastes, mais lui conseillent d’engager un mercenaire, un certain Eudes de Sauveterre. Celui-ci porte un masque de fer, affirmant qu’il a été défiguré au combat. Il accepte la proposition et se rend au château avec Brune. Avec Hildegarde, ils vont mener le combat pour défendre la forteresse, et ils vont surtout découvrir l’amour.

MON AVIS : Je l’avoue : j’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman. Ce qui a vraiment fini par m’accrocher, c’est la documentation de l’auteure : impressionnante ! Elle a réellement bûché cette époque. Tous les détails sont si criants de vérité qu’il n’y a guère besoin de vérifier : ils sont manifestement exacts. Les armures, les techniques de combat, les vêtements des dames, tout y est, jusqu’à l’ambiance sauvage des campagnes d’antan. Une fois qu’on est rentré là-dedans, c’est prenant.

Maintenant, cette courte nouvelle numérique a le même défaut que toutes les courtes nouvelles numériques : elle est courte et, en conséquence, simpliste. Elle laisse une impression d’inachevé. On se dit qu’en la développant, on aurait obtenu un superbe roman historique. Je pense notamment à la scène où les deux héros sont encerclés par les loups : elle aurait été formidable en la rallongeant et en la détaillant. C’est malheureusement le défaut de tous ces courts textes qu’on trouve sur Internet.

Cette réserve mis à part, je dois dire que ce voyage au Moyen Âge m’a finalement accroché, grâce à la documentation de l’auteure et aux deux héros qui réussissent à nous attacher.

Posté par Dalleray à 16:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


09 mai 2015

Chasseuse de cristaux - Julie Derussy - Editions du 38 - 2015

12521_aj_m_5432

Un roman numérique de Julie Derussy, aux Editions du 38.

THÈME : Nous sommes dans un univers dominé par le froid et la neige. Une jeune fille, aux origines mystérieuses, gagne sa vie en volant et en cambriolant. Cela lui vaut d’attirer l’attention de la Reine des lieux. Celle-ci la fait enlever et lui impose une mission correspondant à ses compétences : elle doit retrouver et dérober trois cristaux énigmatiques. Or, ils sont détenus par trois personnages ténébreux : le Baron, Esther et Yvain. Le premier vit dans un château-fort : la jeune voleuse se fera engager comme servante pour accomplir sa mission. La deuxième vit dans une sorte de palais oriental où règne la luxure : elle devra participer aux jeux les plus délirants et frisera la folie. Le troisième tient une sorte d’hôpital où la jeune voleuse aboutira après son déséquilibre.

MON AVIS : Ma vie a bien changé depuis quelques années : aujourd’hui, je chronique des livres de personnes que je connais personnellement. Cela prouve au moins que j’ai élargi mon cercle. Je connais Julie Derussy et c’est avec joie que j’ai découvert son bouquin.

Avant toute chose, une précision : je ne suis pas vraiment client de la Fantasy. C’est comme ça. En principe, je ne fréquente guère ce genre. Cela me met à l’aise pour dire que j’ai plutôt apprécié celui-ci. Il faut juste fermer les yeux sur quelques fautes et accords du participe passé qui gâchent un peu l’ensemble. Cela mis à part, l’auteure a réellement réussi à trouver un truc original qui se détache de la Fantasy ordinaire. Pour une fois, on échappe aux sempiternels donjons et dragons. Et pour une fois, l’héroïne n’est pas une princesse blonde et siliconée, mais une jeune cambrioleuse. Ses aventures en paraissent plus « humaines ».

Les dangers n’en sont pas moins présents. Moi, j’avoue avoir été un peu déstabilisé par la deuxième partie, dans un palais oriental. Parce que, soyons francs, quand il est question de « neige qu’on aspire par le nez », tout le monde voit de quoi il est question ! La facilité avec laquelle la jeune voleuse sombre dans ce travers, sous prétexte d’accomplir une mission, m’a étonné. De même que son amour subit pour un type qui, à en juger par la description, ne justifiait guère un sentiment aussi passionné.

Ce paragraphe vous aura, je crois, permis de discerner que ce bouquin est le récit d’un voyage initiatique, celui d’une fille qui va passer par divers états, souvent à la limite de la folie et de la mort. On s’attache vraiment à elle et on souhaite qu’elle s’en sorte. C’est le mérite de l’auteure. Cette « Chasseuse de cristaux » est une œuvre originale et que j’ai découvert avec plaisir. Je vous la recommande.

Posté par Dalleray à 19:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 mai 2015

Quatrevingt-Treize - Victor Hugo - Editions "Ebooks libres et gratuits"

url

Un roman de Victor Hugo, publié en 1873.

THÈME : En 1793, un navire anglais débarque un homme sur les côtes de France. Il s’agit du marquis de Lantenac, chargé de prendre le commandement des armées royales en Vendée. Le navire ayant été coulé, il débarque seul et traverse la forêt pour rallier les combattants royalistes. En route, il découvre une affiche mettant à prix sa propre tête. À Paris, le Comité de Salut Public charge un homme, Cimourdain, de se rendre en Vendée pour s’opposer à Lantenac. La bataille va tourner à l’avantage des Républicains et Lantenac va se réfugier à la Tourgue, une vieille forteresse délabrée, avec trois enfants en guise d’otages. Le siège va être mené par Cimourdain et par Gauvain, son fils spirituel.

MON AVIS : On peut étudier la littérature de bien des manières imaginables. On dira même que c’est un sujet sans fin. Mais à l’arrivée, on aboutira toujours à une conclusion incontournable : Victor Hugo, il était fort. Très fort. Qu’est-ce qu’il était fort ! Naturellement, un type qui se présente à dix-sept ans à un concours de poésie et qui devance des gens possédant vingt ans d’expérience de plus que lui, ce n’est déjà pas banal. Mais il y a davantage : lire ses livres. Là, il faut bien avouer qu’on ressent des complexes. Aucun de nous ne parviendra à écrire comme lui. Jamais la langue française n’a connu un auteur de ce niveau, et jamais plus elle n’en connaîtra. Victor Hugo, c’est L’ECRIVAIN. Le meilleur. Peut-être le seul.

Prenez ce « Quatrevingt-Treize ». Ah, ce bouquin ne bénéficie pas aujourd’hui de la notoriété et de la reconnaissance des « Misérables » ou de « Notre-Dame-de-Paris ». Le public lui préfère le destin tragique de Jean Valjean, ou la figure fascinante d’Esméralda. Compréhensible, si on y réfléchit. Pourtant, c’est, peut-être, possiblement, le meilleur roman de Victor Hugo. Lisez-le donc. Vous découvrirez un texte d’une modernité, et d’un modernisme, stupéfiants. C’est un texte actuel, comparable à la littérature actuelle. Vous connaissez les romans d’espionnage de John Le Carré ? Eh bien, « Quatrevingt-treize », c’est ça. Vous connaissez les thrillers militaires de Tom Clancy ? Eh bien, « Quatrevingt-treize », c’est ça. Vous connaissez les fresques historiques de Ken Follett ? Eh bien, « Quatrevingt-Treize », c’est ça. Avec une différence notable : Victor Hugo écrivait « ça » voilà un siècle et demi ! En somme, il avait un siècle et demi d’avance sur tout le monde. En 1873, il écrivait déjà comme les auteurs modernes, et mieux que les auteurs modernes. Très fort.

« Cette guerre, mon père l’a faite, je puis en parler », dit-il à un moment. Raisonnement discutable, certes, mais il faut bien admettre que sa documentation se révèle impressionnante. C’est dans « Quatrevingt-Treize » qu’on trouve la meilleure description, la plus complète et la plus détaillée, de la Convention. En quelques pages magistrales, Hugo nous fait connaître la grande assemblée mieux que tous les historiens du monde : son aspect, son fonctionnement, ses structures. On apprend tout. Un cours d’histoire d’autant plus passionnant qu’il ne s’agit pas d’un cours d’histoire, mais de littérature. Tout aussi impressionnante, sa connaissance de la Guerre de Vendée : les lieux, les paysages, les troupes engagées, les généraux des deux camps (la façon dont il définit chaque chef vendéen ne manque pas de piquant). On notera surtout l’absence totale de démagogie : les chefs républicains et royalistes montrent le même fanatisme, la même cruauté. À notre époque de propagande généralisée, cette leçon d’objectivité devrait être méditée.

Bref, « Quatrevingt-Treize », c’est un roman à lire. Bien sûr, on peut s’en passer, comme de tous les livres. Mais si on le lit, on se sent époustouflé en le refermant. Rien à dire : ce Victor Hugo, il était fort. Très fort.

Posté par Dalleray à 16:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 avril 2015

OSSEX se découvre (The Lady from L.U.S.T.) - Rod Gray - Editions et Publications Premières - 1971

871493397

Le N°1 de la collection OSSEX, écrit par Rod Gray, datant de 1971.

THÈME : Eve Drum est une jeune secrétaire. Alors qu’elle passe des vacances à Haïti, elle vient en aide à un homme que des lascars menaçaient. Impressionné, l’homme lui propose aussitôt d’entrer dans l’OSSEX, une section féminine des services secrets américains. Elle accepte. La voici au quartier général de l’OSSEX, au dernier étage d’un hôtel de Miami. Elle suit un entraînement intensif en Virginie, fait la connaissance de son chef David Anderjanian. Puis on lui confie sa première mission : espionner un comte sur un yacht. Elle le fait si bien qu’elle découvre une tentative de chantage contre un scientifique qui a inventé un rayon laser capable de protéger l’Amérique de toutes les attaques aériennes. Eve Drum va devoir le protéger, tâche périlleuse car les ennemis vont tout tenter pour l’atteindre et lui voler son secret.

MON AVIS : Dans les années 70, les adolescents de ma génération suivaient une collection de romans populaires qui égayaient notre jeunesse. OSSEX : tel était le titre français. « The Lady from L.U.S.T. », tel était le titre américain. Naturellement, je ne connaissais pas ce dernier à l’époque. Mais l’héroïne était la même : la blonde, belle et intrépide Eve Drum. Le principe de ce genre était relativement usité en ce temps : prendre des histoires classiques de polars, ou d’espionnage, et les détourner pour caser des scènes de sexe, plus ou moins osées, et plus ou moins réussies.

Ainsi naquit cette collection, que nous lisions avec un plaisir coupable. Coupable, parce qu’il faut le dire sans détour : littérairement parlant, ça frise le zéro absolu. Mais plaisir néanmoins, parce que, voyez-vous, ça marche : ces petits bouquins à 2 ou 3 francs, on les prenait et on ne les lâchait plus. Suspense, action, mystère, rebondissements : tout y était. J’oserai dire qu’ils étaient parfois plus passionnants que bien des polars du Fleuve Noir ou de la Série Noire. Encore fallait-il se donner la peine de les lire, ce que beaucoup négligèrent à l’époque. Sans doute les mêmes qui vous répondent inlassablement « Désolé, la science-fiction ne m’intéresse pas », alors que ça les intéresserait peut-être s’ils la lisaient.

Cet « OSSEX se découvre » n’est pas le meilleur de la série, pas plus que le plus mauvais. Son intérêt est qu’il est le premier, celui qui a lancé la collection, en 1971 (un autre siècle, au sens propre). J’avoue que ça se révèle surprenant, voire amusant : on découvre comment la belle Eve Drum entre dans le service secret, comment elle fait la connaissance de son chef (et futur amant) David, comment elle accomplit sa toute première mission. Bref, comment elle est devenue l’héroïne que nous avons connue. L’auteur procède d’ailleurs de manière très habile : la façon dont Eve s’engage dans le service s’avère tout à fait logique et plausible. Moins plausible apparaît le pseudo-scientifique qui pourrait sauver l’Amérique, mais là-dessus, le bouquin n’est pas plus invraisemblable que beaucoup d’autres. On s’en fiche, puisque l’auteur offre ce que le lecteur attend : du suspense, de l’action, et du sexe, du sexe à tire-larigo.

Cette OSSEX, ou cette « Lady from L.U.S.T. », a accompagné toute la période de la libération sexuelle, jusqu’au début des années 80, faisant rêver des milliers d’adolescents. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Des vieux bouquins usés, dans des cartons. Souvenirs d’un temps où on croyait, on croyait vraiment, que la liberté sexuelle produirait un monde meilleur. Comme on s’est trompés ! Et puis, il reste un chroniqueur un peu illuminé qui s’obstine à en parler sur son blog. Parce que, malgré tout, les aventures d’Eve Drum, c’était bien, et je suis heureux de les avoir lues à l’époque, désormais lointaine.

LST 1

Posté par Dalleray à 16:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

26 mars 2015

M. Gallet décédé - Georges Simenon - Fayard - 1932

RO80094377

Un roman de Georges Simenon, de la série du commissaire Maigret, datant de 1932.

THÈME : Le corps sans vie de M. Emile Gallet a été découvert dans un hôtel de Sancerre. Il s’agissait d’un représentant de commerce domicilié à Saint-Fargeau. Le commissaire Maigret est chargé de l’enquête et sa première surprise est d’apprendre que M. Gallet n’était plus représentant de commerce depuis dix-huit ans. Que faisait-il donc ? Maigret poursuit ses investigations et découvre que la victime était en fait un escroc : il soutirait de l’argent à des familles aristocratiques en employant un pseudo-journal royaliste. Cela n’explique pas pourquoi il était descendu dans cette auberge, juste à côté du château de M. de Saint-Hilaire, ni pourquoi son fils Henry Gallet traînait dans le secteur, accompagné de sa fiancé. Cela n’explique pas non plus pourquoi il avait souscrit une assurance-vie juste avant de mourir. Bref, le mystère s’épaissit. Pour l’éclaircir, Maigret doit absolument déterminer qui était réellement Emile Gallet et quel fut son parcours.

MON AVIS : Je sais que cette comparaison fera sourire, mais il existe un parallèle entre le commissaire Maigret et la série de SF Star Trek. Les premiers épisodes de Star Trek furent diffusés dans le désordre, provoquant des incohérences amusantes sur l’écran. Parce que la chaîne de télé n’attachait aucune importance à une série de SF. Pour Maigret, ce fut un peu pareil. Simenon avait écrit une rafale d’enquêtes du commissaire et l’éditeur Fayard eut l’idée incongrue (pour nous) de les publier dans le désordre. De sorte qu’on ne sait plus maintenant quel fut le premier Maigret, ou le deuxième, ou le troisième. Il est vrai que tout le monde s’en fout, à part quelques collectionneurs pointilleux.

On se contentera donc de dire que « M. Gallet décédé » faisait partie des premiers. On s’en aperçoit assez vite, car le commissaire porte encore un chapeau melon. Pour le reste, une lecture aujourd’hui s’avère passionnante et aussi un peu intrigante. En effet, nous voici replongés dans une France que nous ne connaissons plus, puisqu’elle a disparue depuis longtemps et à jamais. Il y a des poules dans la cour de l’auberge, on entend les sabots des chevaux, les personnes se disent « Monsieur » ou « Madame », on salue le châtelain du coin, on compte en anciens francs. Disons-le : c’est un peu déstabilisant. On aimerait bien succomber à la nostalgie, ce serait agréable. Seulement, cette France-là est définitivement ensevelie sous la poussière du passé. Alors, l’impression est étrange.

Si l’on revient au bouquin, il faut bien dire qu’il est formidable. Je comprends que les lecteurs de l’époque aient été fascinés au point de devenir fans absolus de Maigret. Chez Sherlock Holmes, le suspense est créé par des faits concrets et palpables. Chez Maigret, la démarche est toute autre : le suspense naît des émotions ressentis par les personnages. Ici, le commissaire se met à la place du mort, reconstitue son parcours en s’efforçant de retrouver les mêmes sentiments, et c’est ainsi que, peu à peu, nous voyons se reformer la chaîne des événements. Et ça marche. À moins de faire preuve de mauvaise foi, on doit avouer que le suspense est prenant.

Alors, on se dit que le livre est très bien, que le commissaire Maigret, c’était formidable, et on comprend qu’il soit devenu un personnage-phare de la littérature.

Posté par Dalleray à 11:35 - - Commentaires [1] - Permalien [#]



18 mars 2015

Pietr le Letton - Georges Simenon - Presses Pocket - 1931

363156521

Un roman de Georges Simenon, datant de 1931, considéré comme le premier de la série des Maigret.

THÈME : Le commissaire Maigret, de la 1ère Brigade Mobile, est informé par un message international de l’arrivée prochaine de Pietr le Letton, célèbre escroc recherché par toutes les polices. Il se rend aussitôt à la Gare du Nord. À l’arrivée du train, il voit Pietr le Letton qui passe. Mais à ce moment, on l’appelle. Dans un wagon, il découvre un cadavre : celui de Pietr le Letton. Qui était donc l’homme qui vient de passer ? Pour le savoir, Maigret va poster un de ses hommes à l’hôtel Majestic et entamer ses investigations.

MON AVIS : J’ai pas mal bourlingué depuis, mais je dois dire que « Pietr le Letton » est resté mon Maigret favori. Je l’ai lu chez un coiffeur, alors que j’attendais mon tour, et je me souviens que je tournais les pages sans parvenir à décrocher. Vraiment passionnant. Soyons directs : c’est un chef-d’oeuvre. Pour ma part, je le classe toujours parmi les cent meilleurs romans du XXème siècle. Parmi mes cent préférés, en tout cas.

Maintenant, on est bien obligé de poser la question, et je sais bien que je ne suis pas le premier à la poser : peut-on considérer ça comme un roman policier ? Franchement, je ne le pense pas. Ici, pas de véritable enquête, pas de véritable suspense, et très peu de rebondissements. L’enquête s’arrête au premier chapitre. À partir de là, il est clair que Pietr le Letton (ou celui qu’on voit comme tel) est voué à être arrêté tôt ou tard, et que les recherches du commissaire ont simplement pour but d’éclaircir son identité. On est loin de la définition classique du polar.

En revanche, on est tout près de la surprise et de l'incompréhension. Nous sommes en 1931, époque où la France était censée être le plus grand pays du monde. Or, les descriptions de Simenon nous montrent une Gare du Nord tout près du délabrement, avec un toit prêt à s'effondrer, et des verrières brisées que nul ne se soucie de réparer. Les mêmes descriptions qui nous montrent aussi des trains de province miteux et évoquant davantage le Tiers-Monde qu'un état industriel. On demeure perplexe. Véritable portrait de la France ou exagération ? On ne sait.

Parce que Simenon est un mystère permanent et éternel. Avec ce grand écrivain, on ne sait jamais. Lui-même a toujours raconté qu’il avait écrit « Pietr le Letton » (et donc créé le commissaire Maigret) sur une péniche en Hollande, en 1930. Or, les biographes ont démontré qu’il avait déjà employé ce personnage (quasiment à l’identique) auparavant, dans quelques nouvelles. C’est ainsi avec Simenon : on n’arrive jamais à déterminer ce qui est exact et ce qui l’est moins. Peut-être lui-même ne s’en apercevait-il pas.

Ce qu’on sait, c’est que « Pietr le Letton » marque la naissance d’un style qui va fasciner le monde entier, le style Maigret : la pluie, le froid, la marche sur les trottoirs humides, l’odeur des frites. Aujourd’hui encore, on se demande comment le commissaire a pu supporter pendant un demi-siècle les quantités de pluie qui dégringolent sur son chapeau, et les quantités de bière qu’il ingurgite pendant ses enquêtes ! Quelques mystères de plus dans un grand mystère : celui de Georges Simenon. À la fin de ce bouquin, on sait qui était Pietr le Letton, mais on ignore toujours qui était Simenon.

Posté par Dalleray à 16:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 mars 2015

Trois chambres à Manhattan - Georges Simenon - Paperview Edition - 1946

834901695

Un roman de Georges Simenon, datant de 1946, édité par le journal suisse Le Matin.

THÈME : François est un acteur français qui vit seul à New York. Une nuit de cafard, il entre dans un bar à saucisses et rencontre fortuitement une femme, Kay, qui se trouve être aussi seule et perdue que lui. Sans savoir pourquoi, ils commencent à se promener ensemble. Rapidement, ils vont devenir amants, sans se connaître, sans rien savoir l’un de l’autre. Peu à peu, ils vont se découvrir, apprendre leur histoire réciproque. En fait, leurs parcours étaient assez similaires. Puis ils seront séparés. François doit contacter un agent pour travailler, Kay doit rejoindre sa fille malade au Mexique. Se retrouveront-ils ?

MON AVIS : Comme tout le monde (je le suppose), j’ai lu beaucoup de Simenon dans ma vie, presque toujours du Maigret. Alors, en lire sans le commissaire, ça surprend. Quoique Maigret, en fait, ne soit pas si loin que ça.

Parce qu’il faut le dire : il y a un mystère Simenon. De même qu’il y a un mystère John Ford, pour les cinéphiles. Ces deux hommes ont conquis le monde en faisant les choses les plus simples. Mais le cas de l’écrivain franco-belge me semble plus frappant. Ce type écrivait des romans qui se vendaient aussitôt par millions, dans tous les pays et dans toutes les langues. Pourquoi donc ? Qu’est-ce que les gens trouvaient dans ses bouquins ? Certes, il avait du talent, et beaucoup. Mais s’il fallait compter tous les écrivains qui ont du talent et qui ne vendent pas un seul livre...

« Trois chambres à Manhattan » fut, paraît-il, un énorme best-seller en 1946. Je n’en doute point. Seulement, nous sommes 69 ans plus tard. Les esprits ont un peu évolué, et je crois deviner le principal reproche que des lecteurs d’aujourd’hui adresseraient à ce roman : c’est que Simenon en rajoute un peu trop sur le côté pathétique de ses personnages, jusqu’à friser le misérabilisme dans certaines pages. Nous sommes devenus plus « pudiques », probablement. La description de la situation matérielle des héros (surtout celle de Kay) devient presque gênante. Dans le même élan, on dira également que cette interminable errance de bar en bar, de taxi en boîte de nuit, peut paraître passionnante ou lassante. Pour ma part, j’ai oscillé entre les deux.

Maintenant, en rester là serait une erreur. Je préfère insister sur le positif. D’abord, Simenon nous épargne le coup du dépliant touristique : son New York est gris, froid, et surtout horriblement banal. Seuls les numéros des rues nous permettent de savoir où nous nous trouvons. L’auteur met dans le mille. Ensuite, il y a le personnage de Kay. Contrairement à une tendance répandue dans la littérature (et le cinéma) de l’époque, elle ne se révélera pas à la fin comme une prostituée. Son parcours apparaîtra comme celui d’une femme pareille aux lectrices, ce qui la rendra encore plus émouvante, encore plus proche. Parce que c’est le dernier point à souligner : ici, il y a des sentiments. Justement ce qu’on cherche en vain dans les Maigret.

Le livre se termine par une porte qui se ferme. Nous, nous refermons le bouquin, et le mystère Simenon reste entier.

Posté par Dalleray à 11:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 mars 2015

"La dentelle du Colorado" sur Price Minister

dentelle-du-colorado_web

C’est curieux, mais « La dentelle du Colorado » est déjà disponible sur Price Minister :

http://www.priceminister.com/offer/buy/542652401/la-dentelle-du-colorado.html#filter=10

 

Posté par Dalleray à 11:05 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

Une chronique sur "La dentelle du Colorado" sur Babelio

dentelle-du-colorado_web

Une nouvelle chronique sur « La dentelle du Colorado », celle-ci sur Babelio :

http://www.babelio.com/livres/Ruiz-La-dentelle-du-Colorado/694219

 

Posté par Dalleray à 10:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

04 mars 2015

Nouvelle chronique sur La dentelle du Colorado

dentelle-du-colorado_web

 

Et voici une nouvelle chronique sur mon dernier roman :

http://joanskingdom.blogspot.fr/2015/03/la-dentelle-du-colorado-de-manuel-ruiz.html

Posté par Dalleray à 09:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,