473000363Un recueil de textes et de planches de dessins, à propos de l’histoire de l’armée des Etats-Unis, chez Casterman et datant de 1980.

 

On ne vit pas que de romans. Dit-on. Cela se discute. Parce que tout se discute dans le domaine de la création artistique, y compris les choses les plus évidentes. En tout cas, nous délaissons aujourd’hui le genre romanesque pour commenter un bouquin que l’on qualifierait de livre d’histoire. Intéressant ? Il faut croire que non, à en juger par les réactions que j’ai recueillies autour de moi. En résumé, tout le monde semble s’en foutre. Sans doute pour de bonnes raisons. Je n’en disconviendrai pas. Laissons tomber. Moi, ça m’intéresse, et c’est ce qui compte. Quand on aime les westerns, on est forcément attiré par l’histoire de l’Amérique du Nord. Voilà de quoi il s’agit.

Tout d’abord, il ne s’agit pas vraiment d’un livre, mais d’un recueil de planches de dessins accompagnées de textes explicatifs. Je sais, certains rejettent cela comme on rejette une hérésie. Ils ont tort, parce que c’est passionnant. Les nombreux dessins nous en apprennent autant que les textes. Ce qu’ils nous apprennent ? Une belle histoire, étirée sur 141 années. Et souvent ignorée. Parce qu’il faut bien le dire : en dépit de la multitude de films, et de séries TV, qu’on a vu défiler, cette histoire demeure peu connue.

Elle débute en 1776, quand les colons américains se révoltent contre les Anglais. Ils forment une armée et choisissent de porter un uniforme bleu, pour se distinguer du rouge des Britanniques. Cela, on le sait. Du moins, je le suppose. Ce qu’on ignore, c’est la suite. Les uniformes demeurèrent bleus, mais ne cessèrent d’évoluer au fil du temps. Dans leur coupe, dans leur taille, dans leurs boutons, dans leurs cols. Les changements furent si nombreux et si fréquents que rien ne rapproche un uniforme américain de 1833 d’un autre de 1783, hormis la couleur. Avouons-le : on s’y perd.

Il faudra attendre 1861, et la menace d’une guerre civile, pour que l’état-major se décide enfin à abolir le charivari et à unifier l'ensemble. Tout le monde reçut donc la tenue suivante : veste bleu-foncé, pantalon bleu-clair, bottes, casquette molle, galons jaunes, bande jaune. Cela vous dit quelque chose ? Oui, voici enfin « l’uniforme de la cavalerie américaine », celui que nous connaissons pour l’avoir vu, et revu, dans des centaines de westerns. Celui qui a servi contre les Sudistes et contre les Indiens. Celui d’Audie Murphy et du lieutenant Blueberry. Celui de Fort-Apache et de Fort-Navajo. Le nôtre, en quelque sorte, car nous l’avons vu si souvent que nous avons presque l’impression de l’avoir réellement porté. C’est quand même une sensation agréable de se dire que John Ford n’a rien inventé, et que les uniformes qui apparaissent dans ses films correspondent à la réalité. Une justification a posteriori de nos rêves d’enfant.

Cette tunique bleue s’est tellement ancrée dans les esprits que nous nous figurons qu’elle fut éternelle. Naturellement, il n’en est rien. Dans les années 1890, une nouvelle couleur se glissa subrepticement entre les murs des campements : le kaki. Elle s’imposa assez rapidement, de même que les casquettes rondes, et les chapeaux à quatre plis. Le bleu se vit relégué à la tenue de parade, et aux cérémonies de commémoration. Le dernier régiment en uniforme bleu le fit disparaître définitivement en 1917. La fin d’une longue histoire, débutée 141 années plus tôt. Celle que ce bouquin raconte, et illustre, avec des planches de dessins magnifiques.

Elles nous en apprennent des choses, ces planches : que les soldats de la Guerre d’Indépendance touchaient une prime pour chaque boulet de canon ramassé, que dans les années 1880 on tenta d’imposer un casque colonial au Far-West, que les Indiens de 1890 portaient une chemise sacrée qui devait les protéger contre les balles, que l’insigne des actuelles Forces Spéciales est simplement celui des anciens éclaireurs indiens. Elles ressortent de l’ombre des combats oubliés et héroïques, comme celui de Waggon Box en 1867, où 12 Tuniques Bleues résistèrent à 1500 Indiens : vous avez bien lu !

Alors… Alors, ce livre passionnant m’a passionné, et je me suis replongé avec joie dans cet univers qui me fascine tant, et qui restera, quelque part, le mien.