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Un roman de la collection Anticipation (N° 128) du Fleuve Noir, datant de 1959.

THÈME : Une expédition terrestre, menée par le capitaine Brady, a découvert l’existence de civilisations extra-terrestres très avancées. Plus exactement, il y en a une, les Rhiniens, qui contrôle la galaxie à travers les autres. Se sentant menacés, les Terriens choisissent de passer à l’attaque. Ils s’emparent de la technologie des aliens et déclenchent les hostilités. D’ailleurs, ils sont victorieux et deviennent à leur tour les maîtres de la galaxie. Du moins le croient-ils. Car le capitaine Brady va s’introduire dans un vaisseau isolé où une énorme surprise l’attend.

MON AVIS : 1959, ça remonte loin. À un autre siècle, au propre et au figuré. Les reliques que nous retrouvons de cette époque nous apparaissent comme des vestiges du Moyen Âge. Un peu dur, j’en suis conscient. Mais telle est la réalité.

Comme ce roman, par exemple. Un nouveau numéro de l’imposante collection Anticipation, du Fleuve Noir. Peut-être la plus énorme de la littérature populaire. Elle contient tant de volumes qu’on serait tenté de leur donner un numéro et de les aligner, tel un assemblement uniforme. Ce serait une erreur. Celui-ci en apporte la preuve. Naturellement, je ne connais ce Lan Wright ni d’Ève, ni d’Adam. Mais son bouquin vaut la découverte.

Certes, il appartient à un genre précis : la science-fiction militaire. En le lisant, j’ai beaucoup pensé à « Starship Troopers », ou à « Babylon 5 ». Surtout, j’ai pensé à « Dispergerums Antecesors », de mon copain A.J. Crime, chroniqué ici même. Oui, je sais bien que ce genre ne branche pas tout le monde. Je sais que cette succession d’opérations et de batailles dans l’espace peut devenir répétitive. J’ai moi-même ressenti cette impression. Un énième récit sur la lutte entre les Terriens et les Aliens ? Vous êtes tenté de stopper la lecture et de refermer le livre ? Ne le faites pas !

Parce que si vous allez jusqu’au bout, vous ne regretterez pas le temps consacré. La deuxième partie se révèle simplement passionnante. D’abord, le dénommé Lan Wright est superbement documenté : tous les détails qu’il donne sur les planètes et le cosmos sont d’une absolue précision. Convenons que ce n’était toujours le cas dans la SF de l’époque. Et puis, il y a le dénouement, vraiment génial et complètement inattendu. Un dénouement fort et d’une ironie féroce, qui pulvérise tous les discours sur la gloire et la puissance. L’auteur désirait-il transmettre un message ? Bien possible. Ce dénouement, à lui seul, justifie qu’on se tape les 186 pages.

Alors, un numéro de plus ? Sûrement pas. Ce bouquin surgi de la nuit des temps possède son originalité, son audace. Ici, les Terriens ne sont point des pauvres victimes sans défense. Bien au contraire, ce sont eux qui déclenchent la guerre en employant une ruse franchement condamnable. Une philosophie peu répandue en ce temps. Même si ce Lan Wright s’est englouti dans le trou noir du passé, son roman mérite d’être découvert.