Le Blogue de Manuel Ruiz

Manuel Ruiz, écrivain, scénariste, producteur de radio, s'adresse à son public, avec amitié et avec le désir d'entamer un dialogue. Manuel Ruiz est membre de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

10 novembre 2009

Psychopathes et Compagnie - Collection Dix de Plume - 2009

"Psychopathes et Compagnie" est un ouvrage collectif, une anthologie de nouvelles sur le thème desFile0004 psychopathes. Il est édité aux Editions Maruja Sener, dans la collection Dix de Plume.

Il comprend les histoires :

-Les feux de l'amour (Cyrille Audebert)

-Le plus doux des hommes (Jean Gualbert)

-Amour fou (Frédéric Vasseur)

-La défensive (Pitoum)

-La rivière a promis (Michèle Desmet)

-Saraba (Pascal Hurbourg)

-Premier jour de soldes (Macha Sener)

-Inspiration (Stéphane Thomas)

-Doudou (Brigitte Vasseur)

-Huit vies de trop (Pitoum)

-Léonard (Jacques Païonni)

-Coq au vin (Anne-Laure Buffet)

-L'instrument du diable (Stéphane Thomas)

-Bien dégagé autour des oreilles (Vincent Cuomo)

-Nuisibles (Frédéric Vasseur)

-Je suis un misérable (Evariste de Saint-Germain)

Comme tous les ouvrages de ce genre, celui-ci se révèle inégal. Mais le niveau général est excellent. L'embêtant est qu'en lisant, on en arrive à se demander si les plus psychopathes sont les personnages de ces histoires ou ceux qui les ont écrites ! En effet, mieux vaut avoir le moral pour lire jusqu'au bout. Le titre n'est pas une publicité mensongère.

On démarre très fort avec, tout de suite, le roi incontestable des psychopathes : M. Landru en personne. Ensuite, on a droit à toute la collection : tortionnaire nazi, tueurs multirécidivistes, assassins compulsifs. Mais aussi, pour élargir l'éventail, des cas plus pointus : épouse trahie punissant le mari volage, femme se rendant aux soldes, personne souhaitant purger la société des gens nuisibles. On en vient à se demander si on est normal quand on n'appartient à aucune de ces catégories ! Les thèmes sont forts, ainsi qu'on le voit. Pour le style, c'est variable, mais c'est globalement de la bonne écriture. Je signale surtout Pascal Hurbourg, au style impeccable.

Ma seule réserve, c'est que l'imprimeur a visiblement assuré le service minimum et que ce bouquin aurait mérité mieux.

En conclusion, un bon recueil de nouvelles, à découvrir. Mais à lire après avoir pris un comprimé !

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31 octobre 2009

Emile Zola : Contes et Nouvelles - Flammarion

zolaSi je vous dis suspense, épouvante, fantastique, je suppose que vous penserez à l'actuelle littérature de genre. Je me trompe ? Et si je vous dis Emile Zola, je suppose que vous pensez à tout à fait autre chose. Je me trompe ?

De là l'intérêt de ces Contes et Nouvelles, parce qu'elles nous forcent à redécouvrir un Emile Zola que les manuels scolaires ont bêtement enfermé dans Germinal et l'affaire Deyfus. C'est le Zola "officiel". Et ces Nouvelles nous rappellent qu'il y en eut un autre. Tout simplement un grand, un fabuleux écrivain, au talent immense et universel. Remarquons bien que pas mal de gens auraient intérêt à le garder dans son cadre officiel. Parce que, disons-le, cette lecture nous oblige à remettre à leur place beaucoup de choses, et beaucoup de personnes. Par exemple, l'épouvante. Si, si, Zola fut le maître de l'épouvante. Vous en doutez ? Lisez "L'inondation" (une famille décimée par la crue d'un fleuve, au cours d'une nuit d'enfer), "La mort d'Olivier Bécaille" (l'histoire d'un homme enterré vivant), "Angeline" (figure classique de la maison hantée). Monumental. En comparaison, Stephen King paraît un honnête scribouillard.

9782081208230Et le suspense ? Une spécialité moderne ? Que nenni, voici "Nantas", un suspense psychologique d'une intensité telle qu'il démode tous les thrillers d'aujourd'hui, y compris par le coup de théâtre final. Le suspense et l'épouvante sont si présents qu'ils imprègnent tous les contes, que ce soit les drames sociaux (Le capitaine Burle, Comment on meurt) ou le récit de guerre (L'attaque du moulin). Pourtant, Zola reste Zola : son naturalisme est là, omniprésent. Il l'emploie simplement à autre chose. Il élargit sa palette, et avec quelle maestria. Dans "Comment on meurt", il nous livre une étude sociale à la fois impitoyable et tendre. Dans "L'attaque du moulin", il détourne les images d'Epinal de 1870 pour nous asséner un rigoureux réquisitoire contre la guerre.

On sort de là heureux, regonflé, en se disant que la littérature est bien la plus belle chose jamais inventée, du moins quand elle est pratiquée par des gens ayant du talent et de la passion. Est-ce si difficile ? Il faut croire. Zola était un génie ? Oui.

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19 octobre 2009

L'Apologie de Socrate - Platon - Le Monde de la Philosophie - 2008

socrate5 Une traduction et version publiée en 2008 par Flammarion, dans la collection Le Monde de la Philosophie, avec la collaboration du journal Le Monde.

THÈME : En 399 avant J.C., le philosophe Socrate est jugé par l'assemblée athénienne et il risque la peine de mort. Il présente son apologie, c'est-à-dire sa défense, dans laquelle il s'efforce de démontrer son innocence. Peine perdue : l'assemblée le condamnera à mort. C'est ce discours de défense que nous rapporte Platon.

COMMENTAIRES : La philosophie, c'est Socrate. Pas Saint-Augustin ni Pascal ni Descartes ni Spinoza ni Marx ni Heidegger. Oui, ça paraît fou, comme ça. Mais c'est ainsi : 25 siècles et des centaines de guerres plus tard, on n'a pas fait mieux que le vieux monsieur à barbe. Les philosophes se sont succédés, Socrate est resté LA référence, et on revient toujours à lui.

Précisons cependant que nous sommes ici devant un cas un peu particulier. En effet, l'Apologie n'est pas un de ces textes où Socrate expose longuement ses théories philosophiques. Il s'agit du discours qu'il prononça devant l'assemblée athénienne pour se défendre des accusations portées contre lui. Difficile, donc, de se replacer dans un contexte aussi ancien, et surtout de prendre conscience qu'il est prononcé devant une foule bruyante : à plusieurs reprises, le philosophe demande aux gens de « cesser de faire du tapage ». Ainsi donc, pas de théories philosophiques : Socrate parle pour tenter de sauver sa peau. Du coup, ce n'est pas un philosophe que nous avons en face, mais un homme. L'homme Socrate. Celui que des siècles de réflexion intellectuelle ont englouti et qui nous réapparaît. Le discours est un mélange d'argumentations, de réponses à des accusations, d'ironies mordantes et... de supplications. Oui, Socrate, le grand philosophe, a peur de mourir, et il supplie les juges (en fait, des membres de l'Assemblée) de l'épargner. On en est tout retourné. C'est donc possible ? Oui, et on se sent plus proche de cet homme si lointain, et on mesure mieux sa grandeur, et on comprend mieux le travail qu'il a dû abattre pour devenir ce qu'il est devenu. Socrate est là, devant nous, et on a envie de lui serrer la main.

L'Apologie est un texte très court et n'importe quelle personne ayant fréquenté l'école primaire peut le lire. Je dis cela pour ceux que la philosophie rebuterait. C'est même la meilleure initiation pour les débutants. En quelques pages, tout est dit, sur la vie, la mort, l'amour, la politique, la religion, les hommes. En fait, toute la philosophie occidentale est là, sous nos yeux, et tout ce qu'on a écrit depuis n'a été qu'une longue étude de l'Apologie.

Et puis, il y a la dernière phrase, celle qui conclut le discours : « Mais voici l'heure, pour moi de mourir et pour vous de vivre. De votre sort ou du mien, je ne sais lequel est le plus enviable. » La plus belle phrase jamais prononcée ? Je le pense, oui.

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12 octobre 2009

Les Lettres Incestueuses - Nathalie More - 1975 - Collection Aphrodite Classique - Eurédif

clas005 Après des années de recherches patientes et obstinées, j'ai enfin réussi à trouver un exemplaire des « Lettres Incestueuses ». Inespéré, car ce livre est devenu quasiment introuvable. Je l'avais lu dans ma jeunesse et c'est le meilleur roman érotique que j'ai lu de ma vie. Je suis heureux de l'avoir enfin récupéré, et il ne quittera plus ma bibliothèque.

THÈME : En 1929, Jérôme, un jeune aventurier pas très scrupuleux, épouse Claire Seguin, une riche héritière. Il croit d'abord que ce mariage va être conventionnel et ennuyeux. Mais peu à peu, il découvre que sa belle-famille est particulière, et en fait complètement dépravée : la mère Adrienne, et les enfants, Claire, Lise et Didier, se livrent aux vices, y compris l'inceste. Il va lui-même y participer. Les choses vont encore changer avec l'arrivée de la soeur de Jérôme, Gabrielle. Le frère et la soeur forment un duo immoral et dangereux. À partir de là, l'ambiance va devenir de plus en plus lourde, jusqu'au dénouement, tragique.

COMMENTAIRES : Comme dit plus haut, ce livre est le meilleur roman érotique que je connaisse. Il fut un des fleurons de la défunte collection Aphrodite Classique. J'avoue que son auteure, Nathalie More, m'est totalement inconnue. D'ailleurs, le livre lui-même est resté anonyme. Ainsi donc, la qualité n'est pas toujours reconnue et c'est bien dommage.

Si ce roman érotique est le meilleur, c'est parce qu'il est le plus inhabituel et le plus déroutant du genre. À bien des égards, on serait tenté de le classer dans une autre catégorie, et pourquoi pas dans la littérature pure. Comme l'indique le titre, il est ouvertement calqué sur « Les Liaisons Dangereuses » : les personnages échangent des lettres pour se raconter leurs aventures, et le lecteur arrive ainsi à suivre la progression du récit. Ce style épistolaire n'a jamais été mon favori. Pourtant, dans ce cas précis, j'ai accroché. Les lettres s'imbriquent parfaitement et les événements se suivent avec logique. D'autre part, tout cela est écrit dans un français impeccable, si l'on veut bien oublier quelques fautes d'imprimerie, hélas courantes dans ce genre de collections. Insistons : c'est de la vraie littérature, et cela seul justifie la lecture.

Venons-en au roman lui-même. Ainsi donc, le jeune Jérôme épouse la riche Claire. C'est avec habileté que Nathalie More décrit cette famille bourgeoise qui semble si banale, car cela fait ressortir ensuite la surprise de la découverte des amours incestueuses qui s'y déroulent. Surprise renforcée par la parfaite description de la société des années 30. La famille Seguin occupe donc toute la première partie. Dans la seconde, Jérôme prend le rôle principal et nous entraîne dans les boîtes échangistes de Paris. La troisième partie voit intervenir la soeur, Gabrielle, qu'on serait tenté de comparer à la marquise de Merteuil : d'une séduction fascinante et malsaine. Pendant 250 pages, le lecteur a droit à tout ce que la débauche peut proposer : inceste, échangisme, zoophilie, orgies, homosexualité masculine et féminine. Les personnages ne semblent connaître aucune limite, ni dans leurs actes ni dans leurs paroles. Ces scènes sont d'autant plus frappantes qu'elles s'inscrivent parfaitement dans l'histoire qu'on nous raconte. Le lecteur est d'abord émoustillé et fasciné. Ensuite, peu à peu, l'ambiance du livre se fait lourde, voire inquiétante.

En effet, il serait temps d'y venir : « Les Lettres Incestueuses » ne sont absolument pas un manifeste pour la liberté sexuelle. Bien au contraire ! C'est la description rigoureuse, détaillée et impitoyable de la descente aux enfers d'une famille. Le dénouement pourrait même paraître moralisateur. Il n'en est rien, naturellement. Plus simplement, et à la différence des auteurs érotiques des années 60 qui croyaient que la liberté sexuelle amènerait une société meilleure, Nathalie More est consciente que, sexe ou pas, les êtres humains restent des êtres humains. Elle crée donc, avec maestria, une atmosphère de plus en plus malsaine. Les derniers chapitres sont irrespirables pour le lecteur, et dignes des grands polars. Plaisir et effroi se mêlent jusqu'à la tragédie. À la fin, il n'y a aucune morale et aucune conclusion : Nathalie More a raconté une histoire, sans faire l'apologie de quoi que ce soit. Et moi, j'avoue que je me suis beaucoup attaché à ces personnages, et que je les ai retrouvés avec plaisir.

CONCLUSION : « Les Lettres Incestueuses » sont un roman inhabituel, déroutant, immoral, mais écrit avec classe et talent. Un grand livre, injustement oublié, et qui mérite d'être redécouvert.

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11 septembre 2009

Les frères de la côte - The Book Edition - Christian Gouy - 2009

couv_products_23986Les Frères de la Côte est un polar, écrit par Christian Gouy, et publié par The Book Edition, de 240 pages. Il s'agit de la suite de "L'épopée nomade", publiée chez le même éditeur.

THÈME : Deux marginaux, Ludo Steiner et Alex Monte, arrivent sur la Côte d'Azur, avec caravanes, femmes et enfants. Leur but : faire fortune. Les marchés n'étant pas la meilleure méthode pour cela, ils s'intéressent à un groupe de jeunes écumant les discothèques, et qui les mettent sur la piste d'un yacht occupé par de riches Libanais. Ils montent alors une petite équipe pour tenter un casse audacieux. Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises.

COMMENTAIRES : Il y a une amélioration très nette par rapport au premier livre. "L'épopée nomade" était un long reportage sans véritable intrigue. Ici, il s'agit vraiment d'un roman, avec un début, un milieu, une fin. Le début, c'est l'ensemble des circonstances qui vont amener le casse sur le yacht. Le milieu, ce sont les préparatifs et le casse lui-même. La fin, c'est ce qui va arriver après. Ainsi donc, un bouquin plus proche de la définition du polar.

J'ai aimé : le roman en lui-même, passionnant - La psychologie de Ludo est plus approfondie, on le connaît mieux - La préparation et l'exécution du casse, minutieusement étudiées et réalisées. C'est le gros morceau du bouquin - Le duo Ludo - Alex Monte, qui fonctionne bien : je verrais bien Dolph Lundgren en Ludo, et peut-être Armand Lanoux (avec quelques années de moins) en Alex Monte - Les membres de l'équipe de casseurs : chacun ayant son profil et son rôle. Bien trouvé.

J'ai moins aimé : Les longues descriptions des marchés, ainsi que la profusion de détails techniques sur les voitures - Les gangsters qui se promènent en Ray-Ban : pas évident pour passer inaperçus ! - Les outrances, exagérations et approximations coutumières chez Christian Gouy : par exemple, Ludo mettant KO une pauvre femme simplement coupable de ressembler à une starlette - Le casse paraît un peu facile. J'aurais aimé voir un incident le mettant en péril - La fin, après le casse, qui traîne en longueur : peut-être s'agissait-il de préparer un troisième volume.

CONCLUSION : C'est un bouquin à découvrir. Une fois de plus, Christian Gouy nous plonge dans un univers marginal, et d'autant plus effrayant qu'il se trouve juste à côté du nôtre. Son grand mérite est que ses casseurs n'ont aucun rapport avec les figures de mode de "Ocean's Eleven". Ludo et Alex ont des femmes et des enfants : pour eux, réussir le casse est une question de survie. De là, un côté poignant. Si l'on ferme les yeux sur quelques outrances, un roman très réussi et un bon documentaire sur la délinquance itinérante.

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01 septembre 2009

Le château de l'angoisse - Christine Casuso - The Book Edition -

couv_products_20832LE CHÂTEAU DE L'ANGOISSE, écrit par Christine Casuso, publié chez The Book Edition. Roman fantastique.

THÈME : La jeune Célina vient d'hériter d'un vieux château, où elle va vivre seule. Mais très vite, des phénomènes étranges se produisent. Une reine fut jadis emprisonnée en ces lieux : est-ce son fantôme qui se manifeste ? La jeune fille va devoir se battre contre des forces invisibles, jusqu'au dénouement, lequel sera tragique.

Voilà un sujet drôlement bien trouvé et original : dans un château désert, deux femmes, une vivante et une morte depuis quatre siècles, se livrent un duel silencieux. L'idéal pour faire un bon film, avec Wes Craven ou John Carpenter derrière la caméra.

En revanche, j'ai moins accroché au style choisi par l'auteur : une longue narration avec peu de dialogues, et très courts. J'avoue avoir eu du mal à rentrer là-dedans. Dommage : avec des dialogues, l'ensemble aurait été plus vivant (si j'ose m'exprimer ainsi) et plus accrocheur. L'ensemble est perfectible.

À découvrir pour le sujet et... l'angoisse, chez The Book Edition.

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13 juillet 2009

Les explorateurs - Alan Spade - Editions Lokomodo - 2009

couvlesexplorateurs"Les explorateurs" est un roman de science-fiction (space-opera) écrit par Alan Spade et publié par les éditions Lokomodo.

THÈME : Il ne s'agit pas vraiment d'un roman, mais de huit nouvelles qui se suivent. Cependant, elles se déroulent dans un univers cohérent : au XXXVIè siècle, avec une toile de fond qu'on retrouve dans toutes les histoires. On peut donc les lire comme un roman. Certaines, comme "Confrontation" ou "Désastre", sont des récits classiques de guerre spatiale. D'autres, comme "La chasse", "Le plasmode" ou "Marinopolis", sont des fables écologiques. Au total, c'est une longue plongée dans l'univers du space-opera.

LE POSITIF : Alan Spade (pseudonyme d'Emmanuel Guillot, bien connu sur les forums de SF) a fait un travail énorme. Son univers est complet, cohérent et tient la route. Rien que pour ça, il mérite des éloges. On entre donc dans un monde de droïdes, d'aliens, de planètes plus ou moins dangereuses. J'ai apprécié "Le plasmode", une fable écologique à l'humour... noir. J'ai un peu moins apprécié les histoires de guerre spatiale, mais il est vrai que le sujet devient récurrent. J'ai aussi été impressionné par le souci de Spade de crédibiliser son univers. Par exemple, il cherche sans arrêt à expliquer la lutte contre l'apesanteur : ceinture gravitationnelle, siège gravitationnel, plate-forme gravitationnelle. Ce sont des détails que 90% des auteurs négligent, mais celui-ci a tenu à les intégrer. Ainsi donc, la création de Spade est solide, tient la route, et on y reste sans problème jusqu'au bout.

LE NEGATIF : Comme dit plus haut, c'est du space-opera classique. Autrement dit, les amateurs du genre seront comblés, mais ceux qui n'adhèrent pas spontanément à cette catégorie de la littérature ne seront peut-être pas attirés. Un auteur cherche à élargir son public : ce livre risque de rester dans le cercle des puristes du space-opera et ne pas mordre sur un lectorat plus vaste, ce qui serait dommage, eu égard à sa qualité.

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19 juin 2009

Identités - Editions Glyphe - 2009

book_1376"Identités" est une anthologie de nouvelles, publiée par les Editions Glyphe, et dirigée par Lucie Chenu.

Le volume de décompose en trois parties : Identités meurtrières - Identités miroirs, identité mémoire - Miroirs brisés, puzzles éclatés. Il totalise 26 histoires de longueur variable.

La première observation à faire, et qui est un petit reproche, est que le thème général de cette anthologie est un peu... vague. Il s'agit de traiter des "identités", mais de quoi s'agit-il ? La plupart des nouvelles pourraient s'insérer dans n'importe quelle anthologie, quel que soit le sujet. Il n'y a guère que l'introduction, faite par Lucie Chenu, pour donner un semblant d'unité à cet ensemble.

Maintenant, le livre en lui-même. La première partie est un peu déroutante : des textes superbement écrits, mais grandiloquents, voire pompeux, et sans une once d'humour (comme "Les Fées Noires" ou "Temps métisse"). J'avoue que j'ai failli lâcher le bouquin.

Heureusement, les deux autres parties m'ont remis sur les rails. Des histoires plus abordables, percutantes et tranchantes, ce qu'on attend de ce genre de recueil. Un style qui atteint son apogée avec "Résurrection", digne d'un scénario de "La Quatrième Dimension", et de loin le meilleur chapitre de l'anthologie. Réussite aussi que "Tout le monde aime Benedict Valdez", régénérant le thème classique du tueur en série. Bien aimé aussi, quoiqu'un peu moins, "APE", sur le thème du SIDA. Finalement, le bouquin se termine mieux qu'il ne commence, ce qui est la meilleure manière de laisser une bonne impression au lecteur.

En conclusion, une anthologie d'un niveau très élevé sur le plan littéraire (style, vocabulaire, qualité des histoires), mais qui aurait peut-être gagné à proposer un zeste d'humour, histoire de prendre un peu de distance.

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17 juin 2009

Les héritiers d'Homère - Editions Argemmios - 2009

HomereLes éditions Argemmios ont eu l'idée de lancer une anthologie de nouvelles consacrées à la mythologie grecque. Initiative originale, à notre époque où la mythologie de Star Wars tend à se substituer aux autres. Rien que pour cela, les éditions Argemmios doivent être saluées.

Pour "Les Héritiers d'Homère", 18 auteurs prennent la parole et donnent leur vision personnelle des mythes grecs. En effet, la démarche a été de leur laisser une liberté totale à l'heure d'interpréter et raconter la mythologie. Cela nous vaut un voyage étonnant à travers les genres, puisqu'on passe du merveilleux au Fantastique, ou à la science-fiction, et qu'on a même droit à un road-movie de type américain. On est donc surpris, tout en retrouvant une mythologie familière, et c'est le principe de cette anthologie.

Il faut se mouiller ? OK. Alors, je dirais que mes préférées sont :

-"La bouteille, le barbu et le sens du monde" : une vision originale du repaire de Dionysos.

-"La caverne des Centaures mâles" : curieuse réflexion sur la masculinité (l'auteur est une femme, je précise)

-"Mayday" : une histoire... heu, saignante !

-"Le chêne et le tilleul" : un peu inférieure aux trois précédentes, mais une version novatrice du mythe de Cybèle.

Pour le reste, les nouvelles sont d'un niveau inégal, allant du très bon au franchement moyen. Mais l'ensemble est une réussite à découvrir.

"Les Héritiers d'Homère", une anthologie publiée par les éditions Argemmios, au prix de 22€.

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20 mai 2009

Bad Dog - Elisa Vix - Odin Editions - 2006

9782913167551Roman policier écrit par Elisa Vix, vétérinaire de profession, et prix du polar au salon de Montigny-les-Cormeille. En cours d'adaptation pour France2.

LE THÈME : À Soissons, plusieurs femmes sont égorgées par des rottweilers. Accidents ? C'est ce qu'on croit au début. Mais les inspecteurs Sauvage et Joana, accompagnés par la nouvelle Laure Bettinger, mènent une enquête qui leur fait soupçonner une autre réalité.

LE POSITIF : Voilà vraiment un concept original. Elisa Vix reprend les personnages classiques du polar, mais en les accommodant à sa sauce. Le flic est un dragueur pas forcément sympathique et en butte à son ex-femme et son petit garçon (il évoque assez le héros de la série "Californication"). Sa collègue est une femme taillée comme une nageuse de l'ex-Allemagne de l'Est. Et la nouvelle, Laure, sous couvert de froideur, se révélera une vraie nymphomane. Tout le bouquin est un défilé de personnages pittoresques, représentant autant d'aspects de notre société. Quant au style, il est original aussi : avec un humour féroce, Elisa multiplie les phrases cinglantes. Enfin, il y a le côté documentaire sur les chiens, à propos desquels on apprend beaucoup de choses.

LE NEGATIF : Chacun ayant les défauts de ses qualités, Elisa s'amuse tant avec ses personnages qu'elle donne parfois l'impression de ne pas trop s'intéresser à l'histoire qu'elle raconte. Impression sans doute fausse, mais il est vrai qu'on prend tellement de plaisir à suivre les héros que le dénouement de l'intrigue paraît secondaire.

CONCLUSION : Elisa a trouvé un concept original et qui accroche dans le cadre du polar actuel. Je comprends que la télévision s'y soit intéressé. La question est : comment reconstituer sur l'écran le style si particulier d'Elisa ? Moi, je ne vois pas.

MEILLEURES PHRASES : Alors, là, il y en a tellement qu'on pourrait, et devrait, faire une liste des mots d'Elisa. On trouve deux ou trois phrases cinglantes à chaque page. En attendant, j'ai appris qu'ouvrir une association pour l'apprentissage de la lecture en braille était un bon moyen pour se taper des nanas : je sais ce que je vais faire avec mes économies !

Le livre est disponible aux éditions Odin et chez l'Harmattan, pour 18,50€.

J'oubliais : Elisa Vix, c'est elle :

vix

Quant à moi, je vous conseille encore et toujours de consulter le blog de ma série radiophonique : http://manuelruiz4.canalblog.com

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