123426097_oLa première enquête d’Alice Roy, à la Bibliothèque Verte, édition de 1981.

THÈME : Alice Roy est une jeune fille qui vit à River City, au Missouri. Elle a la manie de mener des enquêtes sur tous les événements bizarres qui surviennent devant elle. Justement, un événement plus que bizarre survient : le vieux Josiah Crosley décède et son testament lègue toute sa fortune à la famille Topham. Étrange, car d’autres personnes auraient dû y figurer aussi. Intriguée, Alice se lance dans une investigation, avec l’assentiment discret de son père, avocat de son état. Mais ladite investigation va se révéler une véritable aventure, parfois périlleuse. Alice devra affronter les membres de la famille Topham, plus virulents les uns que les autres, et aussi des cambrioleurs qui surgissent au moment le plus inopportun. Pourra-t-elle échapper à ces multiples dangers ?

MON AVIS : Une décapotable bleue roule sur une route du Missouri. Au volant, une jeune fille blonde, avec un bandeau rouge dans les cheveux. Ah, vous l’avez reconnue ? Oui, c’est elle, c’est Alice ! Alice la détective, celle qui fait rêver les adolescents depuis tant et tant de générations. Celle qui peuplait notre jeunesse, avec le Club des Cinq ou les Six Compagnons.

Notre jeunesse, car nous voici maintenant devenus vieux. Alice est bien loin de nous. Nous retrouvons ses aventures et nous les rouvrons. Soyons francs : avec l’espoir inavoué de retourner vers l’enfance. Nous savons que cela relève de l’impossible. Mais c’est plus fort que nous, nous l’espérons quand même. Alors, essayons au moins d’étudier Alice, et de déterminer si son succès mondial et durable fut mérité.

Sans hésiter, je réponds oui. J’ai repris ce premier bouquin de la collection, je l’ai relu, et ma conclusion est claire : c’était génial, passionnant, captivant. On comprend pourquoi des gamins du monde entier ont accroché, et sont demeurés fidèles. Dès le chapitre deux, on se sent happé et on continue jusqu’à la fin, page par page. Il paraît que le texte date de 1930. Nul ne le dirait, tout cela est toujours valable. On le lisait jadis, on le lit encore. Bravo.

En fait, on ne sait pas trop à qui dire bravo. Nous savons aujourd’hui que Caroline Quine n’a jamais existé. Pas plus que Glen Chase, ou Rod Gray. Ma foi, je suppose que cela aurait pu avoir de l’importance à l’époque. Mais maintenant… Il nous reste les textes, et les illustrations, et l’image universelle de cette demoiselle insupportable.

Oui, parce que tout le paradoxe d’Alice est là. Voilà une jeune fille horriblement curieuse, qui fouine partout, qui se mêle de ce qui ne la regarde pas, qui embête les gens sous prétexte de démasquer des méchants, qui entre chez eux sans autorisation. Bref, qui fait tout ce qu’on enseigne aux petites filles à ne pas faire. Et on nous la présente comme une jeune fille BCBG, et on nous la donne en exemple, et on nous prie de l’admirer. Vous me direz qu’on pourrait difficilement faire de la littérature, ou du cinéma, avec des poupées modèles. En attendant, le paradoxe est là, depuis presque un siècle.

Alice mène l’enquête seule. Bess et Marion ne sont pas encore là. Ned, l’éternel petit ami, non plus. Cela rend les rebondissements encore plus palpitants. Notre jeune détective interroge les témoins, s’introduit dans une maison isolée, s’échappe devant des cambrioleurs agressifs, découvre une mystérieuse horloge qui contient peut-être la clé de l’énigme. Et nous, nous la suivons, au mépris de toute vraisemblance, de toute analyse rationnelle. Est-il donc vrai que nous restons toujours des enfants ? Je voterai pour, si tel était le cas. Alice est là, depuis la nuit des temps. Il paraît qu’il existerait 150 numéros de ses enquêtes. De quoi tenir encore longtemps. Alice forever ? Eh bien, oui, elle semble bien partie pour demeurer éternelle.