IMG00459Un roman de la collection western du Masque (N° 80), datant de 1973.

THÈME : Un vagabond perd son cheval dans un accident et se retrouve perdu en plein désert. Il marche et parvient à un ranch isolé, où on lui accorde l’hospitalité, en échange de menus travaux. Ce qu’il ignore, c’est que les hôtes, April Jackman et son frère Clint, se trouvent dans une situation difficile : le grand propriétaire du coin, Frank Sutter, veut absolument racheter leur ferme pour une bouchée de pain, et il emploie tous les moyens pour y parvenir. Tous les moyens, y compris la violence. Bien malgré lui, le vagabond va se voir impliqué dans ce conflit. Cela l’amènera à révéler sa véritable identité et un passé tragique.

MON AVIS : Je crois l’avoir déjà écrit, quelque part sur ce blog : le drame de ma vie est que je n’ai pas vécu au Far-West. Je me suis trompé d’époque, de lieu. Je me suis trompé sur tout, et j’ai passé mon existence à chercher ma place, sans la trouver. Ma place, la vraie, elle était là-bas. J’aurais du naître vers 1825. À la majorité, j’aurais du atterrir du côté du Missouri. J’aurais du embarquer sur un chariot bringuebalant, suivre la Piste de Santa fé en cahotant, voir le soleil se coucher sur l’immense Prairie, manger autour d’un feu de brindilles, m’endormir en craignant une attaque des Indiens. J’aurais du aboutir à une ville de pionniers, parmi le bruit des forgerons et des charpentiers. Qu’aurais-je fait alors ? Bah, dans une contrée neuve, tout est à bâtir : j’aurais trouvé du boulot sans problème, et sans doute d’un genre inattendu. J’aurais vécu parmi les chevaux et les cow-boys, me déplaçant en diligence, guettant l’horizon en tremblant à l’idée de voir apparaître les silhouettes des hors-la-loi. J’aurais connu le Colorado, le Nevada, le Wyoming, avant les routes et les voitures. J’aurais été heureux, probablement, sûrement.

J’aurais du, j’aurais du… Mais je n’ai point. C’était ma place et je n’y étais pas. J’ai raté ça. Je me suis trompé d’époque. Du coup, je vais et je viens dans un monde qui ne me convient pas, et qui me considère comme un anticorps. Tant pis pour moi. Je ne peux vivre le temps de la Frontière qu’à travers le cinéma, et la littérature.

Bon, je papote, je papote, et je m’aperçois que je ne vous ai pas encore parlé du bouquin d’aujourd’hui. Je le qualifierai d’intéressant. En fait, au bout de quelques pages, on reconnaît assez vite la trame, et l’ambiance, de « Shane ». Ici, Alan Ladd est remplacé par un mystérieux vagabond aux mains gantées. Mais la description du ranch et de la ville de Cabezo correspond assez bien. Ray Hogan apporte néanmoins sa touche personnelle et la façon dont il implique le héros dans un conflit qui ne le concernait pas au départ se révèle franchement originale et bien amenée. Pour le reste, on ne voit pas vraiment de suspense, car on devine rapidement comment cela va finir. Aucune importance, puisqu’on aime le western et qu’on suit quand même. S’il est vrai qu’un western est un film qui se passe à la campagne, dixit Jean Rochefort, on est bien servis ici : nous sommes effectivement à la campagne, avec les troupeaux de bœufs, les broussailles, les genévriers. À la ferme, on coupe du bois, on répare les portes et les fenêtres, on mange des œufs au bacon. À la ville, en fait un village, on entre au magasin général pour acheter les provisions, au saloon pour s’envoyer une bière réconfortante. Un univers campagnard qui n’est pas le nôtre, mais auquel on s’attache, comme les personnages attachent leurs chevaux aux barres horizontales.

Alors, je me suis trompé d’époque et de lieu, je n’ai pas trouvé ma place, mais j’essaye de compenser. Vive le western, les amis !