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Il faut bien s’occuper. Et puis, un homme de culture doit bien faire semblant, de temps en temps, de s’intéresser à la culture. En vertu de quoi, je me suis offert le coffret DVD du « Virginien », la légendaire série des années 60 que je regardais dans mon enfance, et que j’ai donc revue, une éternité plus tard.

Qu’en penser ? Eh bien, je dois dire que ce qui m’a le plus intéressé, c’est l’interview de James Drury, calée à la fin. Il est horriblement vieux maintenant, mais il arbore toujours cette curieuse expression de la bouche, qui me surprenait déjà à l’époque. Il porte un chapeau, il est assis devant une fenêtre. Par cette dernière, on aperçoit une plante qui s’agite sous la force du vent. Ce maudit vent qui a emporté notre jeunesse, et nos souvenirs. Qu’y faire ? Se plaindre serait ridicule, et vain. Cultivons plutôt la chance d’avoir connu cette grande série.

James Drury nous raconte donc et nous l’écoutons volontiers. « Le Virginien » était à l’origine un livre, un roman américain devenu un énorme succès. Il fut plusieurs fois adapté au cinéma, notamment avec Gary Cooper. En 1962, le studio Universal décida d’en faire une nouvelle adaptation, à présent pour la télévision. Parce que les chaînes réclamaient des westerns, et toujours plus de westerns. La distribution reprenait simplement les personnages du roman. C’est ainsi que nous eûmes le formidable générique demeuré dans nos mémoires : James Drury (Le Virginien), Doug McClure (Trampas), Gary Clarke (Steve), Lee J. Cobb (le juge Garth), Roberta Shore (Betsy). Toute notre enfance. Par la suite, la distribution varia. Mais celle-ci est restée gravée dans nos esprits. Avec le ranch de Shiloh, avec la ville de Medicine Bow.

La particularité du « Virginien » était que les épisodes, au lieu d’être les classiques 50 minutes, duraient 70 minutes. J’ignore qui eut cette idée, mais il s’agissait d’un coup de génie. 70 minutes, cela correspondait peu ou prou à un film de série B de l’époque. Ainsi donc, regarder un épisode équivalait à regarder un véritable film. De là viennent l’incroyable succès et popularité de la série. Elle a fait le tour du monde. Tous l’ont vue, au moins une fois. Pour nous (pour moi, en tout cas), elle représentait, et représente encore, les longs dimanches après-midis de notre jeunesse. Longs, car qu’aurions-nous pu faire, à part regarder la télé ? Nous n’avions ni Internet, ni smartphone, ni rien. Sans doute sommes-nous enclins à enjoliver un peu trop cette période.

On revoit ça aujourd’hui et on est surpris. Pas d’effets spéciaux, pas d’explosions. Simplement des acteurs qui se mettent devant la caméra et disent leur texte. Ils ont le temps de développer leurs personnages, les réalisateurs ont le temps de les diriger. Tout le contraire de maintenant, où les séries se font à la vitesse grand V. Les personnages ? Ceux du « Virginien » ne sont ni bons, ni méchants. Les scénarios se donnent la peine de les présenter dans toutes leurs facettes. Ils nous ressemblent. Tout ce qu’on voit dans la série nous est proche. On se dit que ce qui arrive dans ces histoires pourrait très bien nous arriver à nous-même. En fait, ces aventures sont presque les nôtres. Voilà l’explication du succès. Ce « show » dura 8 ans, avant de disparaître. Comme tous les autres westerns, genre tombé en désuétude. Bien dommage. J’aimerais beaucoup que ça revienne.

Sur le DVD, je regarde une dernière fois la silhouette de James Drury, j’écoute une dernière fois sa voix. À quoi bon se mentir ? Ma jeunesse est partie. Je suis vieux désormais. Tant pis, le Virginien chevauche en direction du ranch de Shiloh. Pour toujours.