Une nouvelle fantastique de Howard Phillips Lovecraft, publiée en 1926, réédition de 1975 en poche.

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THÈME : Un jeune étudiant apprend la mort de son grand-oncle. Il doit se rendre chez ce dernier pour inventorier ses biens et découvre un étrange bas-relief, et des papiers non moins étranges. Tout cela raconte une enquête menée par le grand-oncle. En Louisiane, en Afrique, au Groënland, des peuples primitifs se livrent à un culte horrible, ponctué de sacrifices humains, et dédié à une étrange créature dénommée Cthulhu, représentée tel un monstre multiforme. Le jeune décide de reprendre l’enquête à son compte. Elle le mène en Nouvelle-Zélande, où il recueille le témoignage d’un marin ayant assisté à un phénomène extraordinaire. Qui est donc ce Cthulhu, et pourquoi des gens lui livrent-ils un culte ?

QUI CTHULHU CRU ? : Un des plus grands mythes littéraires du XX° siècle tient entièrement dans une nouvelle de 50 pages. Incroyable ? Oui, un des paradoxes de ce siècle qui n’en a point manqué. Le fait est que l’univers de Cthulhu a changé et marqué toute la littérature fantastique jusqu’à aujourd’hui. Toutes les histoires que vous connaissez d’aventuriers découvrant des vestiges étranges et plongeant dans des mondes occultes proviennent de là, de ce texte publié en 1926. Romans, BD, films, tous sont venus s’abreuver à cette source. Et l’univers de Cthulhu, c’est 50 pages. Un cas qui mérite étude.

Cthulhu, c’est un monstre, une déité. On ne sait pas trop, et on ne saura pas. « Une tête molle, tentaculée, surmontait un corps grotesque et écailleux, équipé d’ailes rudimentaires ». Telle sera sa description, et l’unique image que l’on nous donnera de lui. Le fait qu’il soit issu de la mer semblerait indiquer que Lovecraft se serait inspiré, apparemment, des légendes mésopotamiennes. Peut-être, allez savoir. On nous explique qu’il a régné voilà longtemps, avant de s’enfouir sous la mer, et qu’il peut revenir à n’importe quel moment.

Lovecraft. Après l’avoir lu, je peux témoigner qu’il est fidèle à sa réputation, et qu’il la justifie. Morbide, macabre, angoissant, sinistre, au point de dépasser ces adjectifs qui se révèlent faibles pour résumer son style. À croire qu’il a voulu démolir sciemment tout ce qui rendrait supportable la vie humaine. Nous vivons une époque où la démagogie et le populisme s’imposent partout. Dans ce contexte, Lovecraft apparaît comme une incongruité. Bien simple : il n’a fait AUCUN effort pour attirer les éventuels lecteurs. Au contraire, il s’est acharné à les décourager : pas le moindre dialogue, paragraphes denses comme des taillis, phrases interminables, expressions fumeuses, noms propres imprononçables. Rien pour plaire, tout pour rebuter. Lire du Lovecraft représente une épreuve de volonté. Je dirais que lire du Lovecraft, ça se mérite.

En tout cas, il avait du talent. Il en fallait pour intéresser le public à une histoire qui n’en est pas une. « L’appel de Cthulhu » n’a pas vraiment de récit, pas vraiment d’intrigue. On ne sait pas de quoi il s’agit exactement. Cela ne raconte rien, et cela se termine sans une fin véritable. Que des gens aient pu accrocher à une œuvre pareille permet de mesurer le don de cet écrivain si déroutant.1926. Plus de 90 ans plus tard, Cthulhu rôde toujours, nous angoisse toujours, nous fascine toujours. Parce que, tout en faisant semblant de le rejeter, nous sommes attirés par le mal. Lovecraft avait compris ça. Tel était son génie.