Un roman de la collection OSSEX, de Rod Gray, datant de 1979.

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THÈME : Un curieux événement se déroule en Hollande. Une jeune femme qui se promenait est heurtée par un petit avion en modèle réduit qui volait. Rien de grave, sauf que la maquette d’avion contenait de la drogue. La police comprend donc que des trafiquants ont trouvé ce moyen ingénieux pour faire passer leur marchandise. Le service américain soupçonne un certain Ambruster, précisément connu pour ce genre de stratagème, et envoie Eve Drum et David Anderjanian pour tenter de l’arrêter. Dans ce but, la jeune femme victime de l’accident sera employée comme appât. Seulement, les choses ne vont pas se passer comme prévu et Eve va se retrouver prisonnière dans une petite ferme anglaise. Une fois de plus, elle va devoir trouver quelque chose pour s’échapper et neutraliser les méchants.

MON AVIS : La littérature de kiosque, ou de gare (également appelée littérature de cave par les détracteurs), était un phénomène des années 70. Si ancrée dans les années 70 qu’elle paraît bizarre aujourd’hui. Pourtant, elle était intéressante. En tout cas, ma modeste personne s’y intéressait à l’époque.

Pour ceux qui n’ont pas connu, la littérature de kiosque, c’était n’importe quoi. Comme ce bouquin, appartenant à la collection OSSEX. Les dialogues sont parfois présentés entre guillemets et parfois avec des tirets cadratins. Un personnage s’appelle tour à tour Bradley ou Bradlay. Le verbe être revient dans chaque phrase et la ponctuation est plus qu’aléatoire. Vraiment n’importe quoi. On peut prendre exemple sur tout le reste, mais sûrement pas sur le style d’écriture. En fait, ça tombe bien, car c’est justement le reste qui s’avère intéressant.

Ainsi que l’indique le titre, la raison d’être de cette collection, c’était le sexe. De ce côté, on n’a pas à se plaindre. La belle Eve Drum aligne successivement sept hommes et deux femmes ! On ne pourra pas lui reprocher de ne pas se donner à fond pour les lecteurs ! Parce que l’intérêt de la littérature de kiosque était celui-là : les lecteurs en avaient pour leur argent. Pas une seconde, ils ne regrettaient les quelques francs déboursés. N’en déplaise aux esprits atrabilaires, ou plus simplement aux amateurs d’autres littératures, il faut avouer que cette « Came aux damélias » est passionnante et prenante. Chaque page apporte quelque chose : peu importe qu’il s’agisse d’une scène d’action ou d’une description érotique. Aucun temps mort, aucun paragraphe perdu. On est sans arrêt intéressé par quelque chose. Et cet acharnement à contenter le lecteur atteint son zénith à la fin, dans une interminable course-poursuite qui s’étire sur deux chapitres et deux pays avant d’aboutir devant l’Opéra de Paris : un incroyable morceau de bravoure qui démontre à lui seul que ce genre de bouquins méritait mieux que l’indifférence avec laquelle on les traitait à l’époque. Chapeau à l’auteur.

1979, c’était déjà la période tardive de la littérature de kiosque, laquelle n’allait pas tarder à sombrer, victime des années 80 que nous avons aujourd’hui tendance à mythifier un peu hâtivement. Moi, je me replonge dans ces pages et je retrouve, malgré mes réserves, l’engouement de mon adolescence. Ai-je donc tant vieilli ? Je me répète que non, même si je me dis que c’est peut-être le cas. Alors, je rejoins la belle Eve Drum et je suis la blonde espionne dans ses voyages et ses aventures, ses amours et ses cascades, ses coups de revolver et ses coups de cœurs. Et quelque part, je me sens rajeunir.