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Un roman de la collection OSSEX, datant de 1973, écrit par Rod Gray.

THÈME : En 1973, en Amérique, des militants gauchistes décident d'organiser une grande marche pacifiste et écologiste jusqu'à Washington. Eve Drum est une agent fédéral. On lui ordonne de s'infiltrer dans la manifestation. Elle enfile donc la panoplie « beatnik » et accompagne la marche, forte de centaine de milliers de personnes, à travers le pays. Très vite, elle va repérer deux ou trois manifestants suspects qu'elle va suivre de près. Elle fait bien, car ces personnages sont en fait des espions du KGB soviétique. Ils projettent d'utiliser l'anonymat de la manifestation pour s'introduire à la Maison Blanche et assassiner le Président des Etats-Unis. Avec l'aide de son supérieur David Anderjanian, Eve Drum va devoir se battre pour contrecarrer l'attentat.

MON AVIS : Dans les années 70, la littérature populaire comprenait une catégorie aujourd'hui oubliée : les romans de série Z. Cette appellation désignait des bouquins encore plus ignorés et méprisés que les séries B. Ce qui n'empêchait pas de les trouver dans tous les kiosques et toutes les gares, et ce qui ne les empêchait pas de se vendre.

C'est à ce genre qu'appartenait la collection OSSEX, née en 1971 et qui accompagna les seventies avant de disparaître au début des années 80. Même si plus personne ne daigne s'en souvenir, c'était un grand succès à l'époque. L'héroïne de la série était Eve Drum, une agent fédéral américaine. Elle a un supérieur direct, David Anderjanian, sorte de chippendale avant la lettre, lequel est aussi son amant, parce qu'il est parfaitement possible de joindre l'utile à l'agréable. Elle a aussi un grand patron et c'est lui qui lui confie à chaque fois des missions dangereuses. Naturellement, et malgré les embûches, elle parvient toujours à les remplir et elle repart sans arrêt vers d'autres aventures. Pour définir Eve Drum, nous dirons qu'elle représentait la tendance seventies : elle est blonde avec des yeux bleus, elle est super-sexy, elle est courageuse, elle se bat comme un commando, et... elle couche avec tout le monde. Son appétit sexuel et sa science amoureuse semblent n'avoir aucune limite. Bon, ne me dites pas qu'il s'agissait d'un fantasme : je le sais bien. Mais un fantasme se reflétant dans le miroir d'une époque.

Pour ma part, et j'ai déjà eu l'occasion de le dire, j'ai toujours préféré sa copine et rivale Cherry O, la rousse héroïne de l'autre collection, parallèle à celle-ci. C'était elle ma favorite. Pourtant, j'ai également lu pas mal d'aventures d'Eve Drum. La différence est assez nette. Cherry O représentait la candeur des années 70, le sourire, et la conviction que la liberté sexuelle amènerait un monde meilleur. Eve Drum, c'était plus réaliste, plus cru, plus sombre. C'était le sexe sans les illusions.

Pour en revenir au début, je n'ai jamais compris le mépris dans lequel on tenait les séries Z. Oui, c'était de la littérature de bas étage. Oui, l'écriture était réduite à son état minimum. Mais si certains avaient bien voulu les lire, ils auraient découvert que c'était des ROMANS. Oui, oui, des vrais. Par exemple, celui-ci. Je vais surprendre ? Choquer ? Tant pis, « Pique-nique chez les beatniks » est un véritable thriller, aussi valable et aussi intéressant que des centaines d'autres publiés dans des collections mieux « acceptées ». Rod Gray a ficelé un suspense de haut vol. Déguisée en hippie, Eve Drum accompagne une manifestation monstre à travers l'Amérique. Elle partage le quotidien de ces activistes, les soirées autour du feu de camp, se prend de sympathie pour quelques-uns, se découvre des affinités surprenantes avec ces militants si différents d'elle. Et puis, c'est la découverte du complot pour assassiner le Président. Quel suspense ! Jusqu'au bout, on se demande si notre blonde héroïne va stopper les agents ennemis. Je le répète : un thriller authentique qu'ont peut lire sans honte et sans regret. Dommage que beaucoup soient passés à côté.

Vous me rétorquerez que la raison d'être de cette collection, c'était le sexe. Exact. De ce point de vue, Eve Drum ne nous déçoit pas. Elle se sert de ses belles fesses autant que de son revolver. Nous avons droit, notamment, à une gigantesque partouze dans une grange perdue en pleine campagne. Surréaliste ! Comme elle assure aussi le cahier des charges auprès de son amant David (il faut bien maintenir la paix dans le couple), on peut considérer que le pourcentage d'érotisme correspond à ce qu'attendait le lecteur.

J'ai toujours préféré Cherry O. Mais OSSEX a également fait partie de mes lectures d'adolescent. La blonde Eve Drum est toujours dans mes souvenirs. Désormais lointains.

 

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