29 juin 2012

Un écrivain est toujours un marginal

Je suis écrivain. Ce n'est pas mon métier. Ce n'est pas mon moyen de subsistance. C'est pourtant ainsi que je me considère, modestement. Être écrivain, c'est une passion, une vocation, une aventure. Mais c'est aussi un état, lequel implique logiquement des conséquences. Il en est une que je n'ai pas saisi tout de suite, dont je n'ai pris connaissance que progressivement, et que j'ai fini par admettre : un écrivain est toujours, forcément, inéluctablement, en marge de la société dans laquelle il vit. Pour le dire autrement, le fait d'écrire vous transforme automatiquement en marginal.

Vous écrivez ? La société vous ignore. Vous écrivez bien ou mal ? La société vous ignore. Vous écrivez des polars, de la science-fiction ? La société vous ignore. Vous écrivez des traités philosophiques sur les grands problèmes de notre temps ? La société vous ignore. Vous écrivez des menus pour les restaurants ? La société vous ignore. Vous arrêtez d'écrire ? La société ne s'en aperçoit pas.

Bien entendu, on pourrait s'interroger sur l'origine et les raisons de ce phénomène. Je vous dirai en toute franchise que je ne les connais pas. Aucune explication convaincante n'a été trouvée. Pour abréger, on dira simplement et brutalement que c'est « comme ça ». Dans le même ordre d'idées, je ne sais pas si on doit en imputer la faute à la société, ou aux écrivains. C'est peut-être la faute aux seconds, après tout.

Cela vous permettra de comprendre pourquoi je suis devenu, peu à peu, assez indifférent au monde qui m'entoure, et que ses changements ou immobilismes me touchent de moins en moins. J'ai admis que la société m'ignore, et m'ignorera quoi que je fasse. Je suis écrivain, je suis en marge. La société est-elle religieuse ou laïque ? Je suis en marge. La société progresse-t-elle ou régresse-t-elle ? Je suis en marge. La société est-elle de gauche ou de droite ? Je suis en marge. La société est-elle occidentale, orientale, extrême-orientale ? Les écrivains sont toujours en marge. Dans une société totalitaire, les écrivains seront censurés. Dans une société démocratique, ils seront ignorés. À l’arrivée, ils seront toujours en marge.

Alors, je suis en marge. J’observe la société et ses bouleversements ne me troublent plus guère. Quel que soit mon point de vue, mon analyse, la société ne m’accordera qu’indifférence. Un écrivain n’a pas suffisamment d’importance pour soulever l’intérêt de la population.

Je suis en marge et j’y reste. D’abord, parce que je n’ai pas le choix. Ensuite, parce que… Eh bien, finalement, je ne me trouve pas trop mal à cet endroit.

Posté par Dalleray à 10:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



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