Arlequin valet de deux maîtres - Goldoni - Comédie Italienne
Dimanche, je suis retourné à la rue de la Gaieté. Une éternité que je n’y étais plus allé. J’ai toujours du mal à réaliser que je n'y habite plus. J'ai retrouvé Montparnasse. Mais moi, je me rendais à la Comédie Italienne. Arlequin serviteur de deux maîtres, de Goldoni.
J’aime bien la Comédie Italienne. Petit théâtre à l’ancienne, où tout est rouge, comme jadis. D’ailleurs, la scène est presque plus grande que la salle. Et on est tout près des comédiens, comme dans un vrai théâtre. Quand le rideau rouge s’écarte, on est presque avec eux. J’aime ça. Le public ? Essentiellement des retraités ou des familles avec enfants.
« Arlequin valet de deux maîtres », c’est la comedia dell arte à l’état pur, avec ses masques, ses costumes bariolés, ses attitudes outrancières. C’est aussi Venise, avec ses gondoles, ses auberges, ses familles bourgeoises. Arlequin est un valet qui meurt de faim. Pour échapper à la famine, il va se mettre au service de deux maîtres. La pièce raconte comment il va réussir à les servir simultanément alors que leurs ordres sont contradictoires. Cela nous permet de retrouver les personnages classiques du genre : le vieux avare, la jeune fille à marier, l’amoureux angoissé, la servante. La nouveauté est que le metteur en scène a joué avec les rôles : le vieil avare est en fait une actrice grimée, la servante est un homme. Grâce aux masques, tout devient possible.
Le théâtre de Goldoni oscille entre le rire et les larmes. À chaque scène, on se demande si on doit rire ou se sentir ému. Bien sûr, les quiproquos sont amusants. Mais à travers la comédie, c’est une réalité sociale qui se présente devant nous. Arlequin et les autres valets se dévouent totalement à leurs maîtres : pour les récompenser, on leur donne des coups de bâton. Mais il leur faudra bien chercher un maître, puisque c’est le seul moyen pour eux de survivre. Goldoni ne dénonce pas, ne revendique rien : il se contente de décrire la société dans laquelle il a vécu. Qu’il le fasse avec humour est une question de méthode. Un grand, Goldoni. Sans doute la présence de Molière et de Marivaux empêche-t-elle de mesurer vraiment sa dimension. Mais l'univers de Goldoni, c'est géant.
Après cela, j’ai retrouvé la nuit et le froid. Je me dis que cela fait peut-être partie du charme du théâtre. Peut-être. Ma seule réserve sur la Comédie Italienne, c’est le prix : 30€, ce n’est peut-être pas à la portée de toutes les bourses.













