Hawai Police d'Etat (Hawai Five-0)
Voilà une belle série qui a accompagné les dimanches après-midi de mon adolescence. Je la retrouve avec plaisir et la considère comme une des grandes réussites de la TV. C'est une série mythique, et le héros, Steve McGarrett, fait partie du panthéon télévisuel.
Hawai repose sur un sujet de base simple : un groupe de policiers parcourt l'archipel en poursuivant les gangsters. Leur chef est Steve McGarrett (Jack Lord). Il y a aussi l'Irlandais Danno Williams (James McArthur), le Chinois Chin Ho (Kam Fong), et le Hawaïen Kono (Zulu). Ils dépendent directement du gouverneur de l'état (Richard Denning). Le concept a beau être simple, il s'est révélé efficace : aujourd'hui encore, on n'arrive pas à expliquer aux gens que Five-0 n'existe pas et que Hawai est le seul état américain à ne pas posséder de police d'état !
Comme beaucoup de séries de l'époque, celle-ci est née par hasard, ou presque. Le producteur Leonard Freeman passait des vacances à Hawai quand il se dit, comme ça, que ce serait une bonne idée de faire une série dans ce décor. En fait, juste une saison. Personne n'imaginait que cela durerait 12 ans. Le projet fut établi en se basant sur Richard Boone, acteur très populaire et grand copain de John Wayne. Mais Boone ne se sentait guère enthousiaste à l'idée de vivre une année entière à Hawai, et il préféra rester dans sa confortable maison de Los Angeles. Le rôle échut à Jack Lord, qui avait joué avec Sean Connery dans "Dr No" et qui avait été pressenti pour faire le capitaine Kirk dans Star Trek. Il s'impliqua dans la série à un point tel qu'il devint assez vite le producteur exécutif et le véritable patron.
Au niveau des réalisateurs, on est surpris de lire : Paul Stanley, Herschel Daugherty, Nicholas Colasanto, John Newlands... Des artisans honnêtes n'ayant guère laissé de trace indélébile. On est étonné de découvrir que cette série mythique fut faite par des metteurs en scène moyens.
Pour les acteurs, on fit appel au catalogue des studios Desilu et Paramount, ce qui nous vaut de voir défiler une flopée d'acteurs (actrices) déjà vu(e)s dans Star Trek, Mission Impossible, Mannix ou Au-delà du réel. Cela va de la modeste Marj Dusay au célébrissime Ricardo Montalban. Il est vrai que les guest-stars sont un des atouts de la série. Mais la véritable nouveauté de Five-0, c'est que, pour la première fois, des acteurs non-blancs avaient des rôles importants et réguliers. Noirs, Chinois, Hawaïens, Japonais intervenaient dans nombre d'épisodes. Que leurs rôles aient parfois été simplistes et caricaturaux (comme on l'a dit et répété) est un autre problème. Ils étaient là, et c'était nouveau.
Le succès et la longévité de la série ont été profondément étudiés. En fait, ils tiennent au décalage du concept : tout se passe dans un décor paradisiaque et tout le monde porte des chemises à fleurs. Dès lors, les histoires devraient être légères. Eh bien, non, elles sont réalistes, violentes et parfois sordides. Belles plages et cadavres. C'est ce contraste qui fascine le spectateur. On peut regarder Hawai pendant des heures sans se lasser. Et elle a bien vieilli, contrairement à d'autres.
On l'a considérée comme un produit de distraction superficiel. Quelle injustice, et surtout quelle erreur ! Five-0 était peut-être la série la plus sociale de son époque. Les scénaristes avaient puisé dans tous les sujets sociétaux des sixties. Dans Hawai, on voit des prisons vétustes où les détenus se révoltent. On voit des paysans chassés de leurs terres par la spéculation immobilière. On voit des trafics de toutes sortes : or, armes, faux billets. On voit de braves citoyens se ruiner au poker. Loin d'être une collection de cartes postales, Five-0 était un reflet réaliste de l'Amérique.
La série a été dénigrée et taxée de "réactionnaire" et "fasciste". C'est évidemment une analyse fausse et sans fondement. le véritable reproche qu'on pourrait lui adresser, c'est l'invraisemblance. Hawai est un archipel dont la population ne dépasse pas le million d'habitants. Il est évidemment impossible qu'il s'y passe tout ce qu'on voit dans la série ! Les scénaristes, tenus de fournir un épisode par semaine, ont fait feu de tout bois et ont employé tout ce qui traînait :
-L'espionnage de la Chine rouge : régulièrement, McGarrett doit affronter le machiavélique Wo Fat, espion à la solde de la Chine maoïste. Cela nous vaut des histoires de sabotage et chantage mettant souvent en scène la communauté chinoise de Hawai.
-La guerre du Viet-Nam : une aubaine pour les scénaristes. Nombre d'épisodes montrent des soldats revenant du Viet-Nam, en permission ou en mission. C'est le prétexte à des intrigues policières, mais aussi à des réflexions sociales. C'est dans un épisode de Five-0 qu'on évoquera pour la première fois le fameux massacre de My Lai. Un autre épisode fera preuve d'iconoclastie en renvoyant dos à dos militaristes et pacifistes ! D'autres montreront les déserteurs et insoumis refusant la guerre.
-La drogue : elle revient comme un leit-motiv. Elle est généralement un élément du scénario, mais plusieurs épisodes en font leur sujet central. "Le grand voyage" est d'ailleurs une exposition dramatique de l'incompréhension entre les drogués et les "gens normaux".
Le principal intérêt de la série, et ce qui lui a assuré une place dans la légende télévisuelle, c'est évidemment le personnage central. Steve McGarrett est devenu une figure mythique sans être Hercule ou Jason. Bien au contraire, il est un homme ordinaire, qui éprouve bien du mal à mener ses enquêtes, qui est ému quand il doit tuer, qui se trompe parfois. Au nom de l'antiaméricanisme, on l'a parfois jugé de manière péremptoire. Il est plus facile de dire n'importe quoi que de se donner la peine de visionner des heures d'aventures policières. Et la fainéantise conduit à la bêtise. En fait, Steve McGarrett, c'est l'histoire d'une obsession. Cet homme passe sa vie à pourchasser les criminels, avec acharnement, avec obstination. Rien ne l'arrête, rien d'autre ne semble compter pour lui. Pourquoi s'acharne-t-il ainsi ? Impossible de le savoir. Pour défendre la société ? On n'en a pas l'impression. Pour défendre la démocratie et la liberté ? Pas davantage. Pour régler des comptes personnels ? C'est bien possible, mais ne saura pas lesquels. La croisade de McGarrett contre les criminels demeurera inexplicable. En fait, il rappelle assez Batman, ce justicier qui s'obstine à voler au secours de gens qui ne lui ont rien demandé et qui sont tout étonnés de voir quelqu'un leur apporter une aide qu'ils n'ont pas réclamé.
Steve McGarrett, c'est Jack Lord, et les deux se rejoignent. Nous avons vu que Jack Lord était plus qu'un acteur sur la série. En fait, il était le véritable producteur exécutif. Les témoignages nous le décrivent sur le plateau comme étant taciturne et solitaire. S'identifiait-il à son personnage ? Plus sûrement, il était conscient que ce rôle était la chance de sa vie et il le jouait à fond. Jack Lord est mort en 1997, de la maladie d'Alzheimer. Sans doute était-il fatigué de poursuivre les criminels. Parce que Steve McGarrett n'était qu'un homme.













