gautier

TITRE : Récits fantastiques

AUTEUR : Théophile Gautier.

EDITEUR : Flammarion

THÈME : Un recueil de nouvelles et récits, du genre fantastique, écrits par Théophile Gautier entre 1831 et 1856.

LA CAFETIÈRE (1831) : Un homme s'arrête dans une vieille maison. Pendant la nuit, les objets se mettent à bouger, surtout une cafetière bleue et blanche, et les personnages des tableaux prennent vie, notamment celui d'une jeune fille très belle, Angela. Le héros valse avec elle. Mais à l'aube, il s'évanouit. En se réveillant, il apprend qu'Angela était la fille de son hôte et qu'elle est morte depuis 8 ans.

ONUPHRIUS (1832) : Un jeune peintre est victime de multiples visions, provoquées par un homme aux cheveux rouges et aux yeux verts qui est probablement le diable : il se voit enterré vivant, son âme se sépare de son corps et vole librement dans Paris, ses tableaux lui ont été volés par un de ses amis, ses vers sont transformés pendant une soirée. Impossible de savoir si tout cela est réel ou s'il s'agit d'un délire.

OMPHALE (1834) : Un jeune homme dort dans une chambre ornée d'une tapisserie représentant la légende d'Omphale et Hercule. Une nuit, Omphale en descend pour lui parler. Elle est une dame de la Régence qu'un marquis a fait ainsi représenter et elle est amoureuse du jeune homme. Hélas, son oncle décide de vendre la tapisserie.

LA MORTE AMOUREUSE (1836) : Un jeune prêtre tombe amoureux d'une très belle et mystérieuse femme. Un soir, il découvre qu'il s'agit d'une vampire : chaque nuit, elle vient boire un peu de son sang et c'est ainsi qu'elle se maintient en vie. Un vieux prêtre ouvre la tombe de la courtisane et le charme s'évanouit. Le héros regrettera toujours sa belle amante.

LA PIPE D'OPIUM (1840) : Les visions étranges d'un homme sous l'influence de l'opium.

LE CHEVALIER DOUBLE (1840) : Ensorcelée par un étranger, une noble dame met au monde un enfant double, l'un marqué par une étoile verte, l'autre par une étoile rouge. Un jour, ils se rencontrent et le « vert » tue le « rouge », mettant fin au sortilège.

LE PIED DE MOMIE (1840) : Un homme achète un pied de momie chez un antiquaire. Cela provoque chez lui des rêves étranges où il se voit propulsé en Egypte.

DEUX ACTEURS POUR UN RÔLE (1841) : Un acteur joue le rôle du Diable. Mais le vrai diable, mécontent de la prestation, prend sa place pour la représentation.

LE CLUB DES HACHICHINS (1846) : Les membres d'un club secret se réunissent une fois par mois, dans un hôtel particulier, pour fumer de l'opium.

ARRIA MARCELLA (1852) : Un homme visitant Pompéi se croit ramené vers l'époque antique pendant une nuit.

AVATAR (1856) : Un mini-roman génial. Un jeune homme désire une femme qui le repousse. Il s'adresse à un étrange docteur. Ce dernier, par une opération magique, échange les âmes du mari et du soupirant, inversant ainsi leurs personnes. Mais la belle femme a des soupçons et les âmes reviendront à leurs propriétaires.

Théophile Gautier a été enfermé dans « Le Capitaine Fracasse », de même que Daniel Defoë a été isolé sur l'île de Robinson Crusoë, ou Conan Doyle limité à l'appartement de Sherlock Holmes. De nos jours, on doit toujours faire un effort pour se souvenir que ces braves gens ont oeuvré dans d'autres choses, et parfois avec plus de réussite.

Ainsi donc, Gautier a écrit des histoires fantastiques. Nous pouvons aujourd'hui les redécouvrir. Quel intérêt ? Après tout, la question se pose. Alors, posons-la. L'intérêt, c'est surtout de redécouvrir ce qu'était le fantastique, le vrai, avant que le genre soit mélangé à la science-fiction et donc transformé. Gautier, c'est le fantastique à l'état pur, sans aucune influence extérieure : les meubles et objets se mettent à bouger, les portraits sortent de leurs tableaux, les héros sont enterrés vivants, les belles femmes sont des vampires, les chevaux (noirs de préférence) galopent vers des demeures mystérieuses. Tout cela paraîtra simpliste aujourd'hui, mais on aurait tort de le prendre ainsi. C'est du grand fantastique. Et c'est un grand écrivain. On est étonné de découvrir, dans « Le Chevalier Double », une prémonition de la future Fantasy. On découvre aussi que Gautier avait de l'humour, mais oui : il le montre dans « Le pied de momie » et « Deux acteurs pour un rôle ». Et on découvre aussi un homme bien dégagé des contraintes sociales de l'époque : il parle de l'opium et du haschisch avec une « liberté » (ou une franchise) surprenante, quelques histoires sont terriblement osées pour son temps.

D'ailleurs, sa palette est large : très proche de la réalité quotidienne dans certains récits, il s'en éloigne volontiers dans d'autres. Son style est celui de l'époque et demande un effort, mais on peut considérer qu'il a mieux vieilli que d'autres, en dépit des longues descriptions. Parce qu'au moment de lire, il est nécessaire de prendre conscience que nous sommes au début du XIX° siècle, au temps de Louis-Philippe pour la plupart des récits. On se déplace à cheval, ou en carrosse. Les femmes ont des bras blancs. Un voyage en Italie est une expédition. Les amateurs de drogue se groupent en société secrète. On écrit avec des plumes. On s'éclaire à la bougie. Dans ce monde si différent du nôtre, la nuit tombe vite et l'obscurité est vraiment obscure. La campagne n'est jamais bien loin et avec elle le cri du loup. Il n'est pas étonnant que les gens soient effrayés par les escaliers sombres et les couloirs sans lumière. Pour eux, les histoires fantastiques sont presque naturelles et évidentes. Elles font partie d'un quotidien que nous ne connaissons plus. Gautier ne parle pas d'extra-terrestres, mais bien de ses contemporains.

Très inégaux, ces récits constituent pourtant une base, celle sur laquelle s'est bâtie notre fantastique moderne. « La morte amoureuse » ne déparerait pas dans le gothique, « Avatar » est une étonnante prémonition de la science-fiction. En dépit des différences culturelles, on peut et on doit toujours lire Gautier.