25648_0Roman de 1973, écrit par Gabriel Jan, et appartenant à la collection Angoisse du Fleuve Noir.

AUTEUR : Gabriel Jan fut un régulier des collections Anticipation et Angoisse, un auteur audacieux qui tentait des coups pour accrocher les lecteurs. Aujourd'hui ? Eh bien, oui, il est parmi les auteurs de CAMCF !

THÈME : Un homme, Muray, souffrant de psychopathologie, se sent habité par des forces mystérieuses qui le poussent à écrire de façon automatique. Pendant une nuit de cauchemar, il se voit transporté dans un petit village du Loiret, Roche-Noire, où se déroulent des événements étranges. Des gens sont appelés dans une tour mystérieuse et disparaissent. Bientôt, son tour arrive. Mais il va survivre et se réveiller dans sa maison. Le cauchemar est-il terminé ? Pas sûr.

PLAN : Dans la prestigieuse maison Fleuve Noir, qui fit découvrir la lecture à des générations de jeunes Français, la collection Angoisse faisait figure de parent pauvre. Celle qui publiait le moins de livres, celle qui vendait le moins. Jamais elle n'eut la réputation de ses consoeurs Anticipation ou Espionnage. Pourtant, elle existait et elle recélait des choses intéressantes. Comme ce roman, publié en 1973, lorsque la France était encore pompidolienne.

"Au seuil de l'enfer" est un petit joyau de la collection Angoisse. Gabriel Jan a trouvé une construction qui interpelle. Pourtant, sa démarche peut paraître classique, puisqu'il réunit tous les clichés du genre : le Diable, les bruits étranges, l'écriture automatique, le village maudit, la campagne fantômatique, la sorcière lubrique et en robe noire, la messe satanique. Bref, cela pourrait paraître banal et ennuyeux. Or, il n'en est rien. Parce que l'auteur a réussi à caser tous ces clichés dans un récit cohérent. Chacun d'eux est amené de manière logique. Muray est chez lui et se sent dominé par une force invisible qui lui fait vivre un cauchemar. Mais s'agit-il d'un mauvais rêve ou d'une réalité ? C'est cette situation qui permet d'accepter sans rechigner l'alignement de clichés. Muray arrive au village, s'installe dans une cabane, découvre la tour mystérieuse, rencontre la jeune fille qui s'avère possédée, et se réveille régulièrement dans sa maison avant de reprendre son cauchemar. Le récit à la première personne provoque l'identification du lecteur au héros. Une identification malsaine, car on ne sait jamais si Muray est victime d'une machination diabolique, ou plus simplement fou. Les trouvailles sont nombreuses : la dernière scène dans la tour qui est à la fois cliché et "jamesbondienne", les cheminées et les poêles, la cloche sans battant. Autant d'éléments qui pourraient être des paccotilles et qui se révèlent géniaux.

Une intrigue bien ficelée qui permet de voir défiler tous les clichés du genre sans se lasser, une succession de détails frappants et prenants, un stylo à la fois rapide et ralenti : ce bouquin est un vrai joyau oublié dans une collection oubliée. Seul le miracle des bouquinistes permet encore de le découvrir et d'en profiter.

PHRASES :

"Vous ne devriez pas parler ainsi. Il existe des forces maléfiques qu'il faut se garder d'invoquer".

"Un fauteuil, un beau livre, tandis qu'au-dehors le vent souffle, chassant la pluie... C'est merveilleux."

"Lorsqu'un homme se trouve face à face avec le mystère, sa première réaction est d'être étonné. Ensuite, il se demande s'il n'a pas rêvé et, quand il est sûr de lui, il cherche désespérément à établir des comparaisons avec tout ce qu'il connaît."