20 octobre 2009
Lettre du 20 octobre
Depuis que j'ai rangé mon dictaphone (pour combien de temps, je l'ignore), je constate que j'ai repris sans m'en apercevoir ma vie d'antan. Quand arrive le week-end, je ferme ma porte et je m'en vais à travers les rues de Paris, dans une longue flânerie sans but, avec mes bonnes chaussures pour compagnes. Je marche, je m'arrête, je regarde. Voilà bien longtemps que je ne le faisais plus. Je retrouve donc des sensations oubliés, et des lieux où je ne remettais plus les pieds, et ces brasseries dont j'étudie l'ardoise avant d'entrer. C'était ma vie, jadis, et elle le redevient. Sauf que mes cheveux ont un peu blanchi.
Ces flâneries amènent quelquefois des surprises : dans une librairie, j'ai découvert que, par la grâce du classement alphabétique, Zemmour était à côté de Zola. Curieux rapprochement ! Et Beigbeder n'est pas très loin de Chateaubriand. J'ai calculé que, si mes bouquins étaient sur les étagères, je serais (probablement) voisin de Sagan. Flatteur.
Tiens, j'ai d'ailleurs repris la lecture des « Mémoires d'Outre-Tombe ». Que dire ? Simplement qu'un seul paragraphe de Chateaubriand contient plus de littérature que tout un livre d'aujourd'hui. Quel écrivain, et que je me sens petit en le lisant.
Mais qui s'y intéresse encore ? Le niveau culturel de notre société ne cesse de décliner. J'en veux pour preuve cet incroyable débat sur les « dérives monarchiques » de notre Président de la République. Je me vois obligé de rappeler que, dans l'Histoire de France, ce n'est pas le terme exact : les « dérives monarchiques » désignent quelqu'un qui se lance dans les fêtes luxueuses et les apparats grandioses. Ce qu'on reproche à Sarkozy (népotisme, copinage, contrôle de la presse, etc) s'appelle normalement des « dérives bonapartistes », et c'est le mot qu'on devrait entendre, puisque c'est celui qu'employèrent Victor Hugo et Zola pour pourfendre Napoléon III. Le fait qu'on ne l'entende pas démontre que nos journalistes ne connaissent plus l'Histoire de France.
Quoique, pour être franc, le summum de l'inculture demeure l'inqualifiable Séguéla. Dernièrement, il n'a rien trouvé de mieux que de dire que Internet était « la plus grande saloperie de tous les temps ». Bon, rappelons rapidement que ce Séguéla était le chargé de communication de Lionel Jospin pendant la campagne de 2002. On connaît le résultat...
Voilà où j'en suis. Bien sûr, je réalise qu'il s'agit d'une parenthèse pour moi. Un jour ou l'autre, il faudra que je reprenne la plume. Quand, et pour écrire quoi ? Mis à part que je veux poursuivre ma radio-série, j'avoue que j'ignore de quoi demain sera fait.
Commentaires
Le fil de tes réflexions est toujours étonnant et intéressant. Il nous conduit vers les rives et les dérives du pouvoir, dans les pensées d'illustres philosophes, au milieu du charabia journalistique, au sein de l'actualité déguisée par les media complaisants.
Heureusement, les promenades parisiennent gomment le sentiment d'impuissance devant ces amalgames de plus en plus superficiels, ce vernis qu'on dit culturel et qui n'est que mondain.
Ma pensée du jour rejoint celle de Socrate avant de mourir :
Attachante, mystérieuse, d'une richesse infinie est la vie. (Virginia Woolf)
une promenade
Tu as raison de regarder tes chaussures quand tu marches. Mais quand même, il y a bien un peu de ciel bleu, quelques nuages, les platanes, les piétons.. les magasins.. Ah ! Tu entres dans une librairie.. J'entre avec toi.. Me vois tu ?
Puis tu vas chez toi, te reposer et lire. Tu as bien raison..
Je termine la promenade.. Le ciel est quand même triste aujourd'hui.
bonne soirée
clem
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