socrate5 Une traduction et version publiée en 2008 par Flammarion, dans la collection Le Monde de la Philosophie, avec la collaboration du journal Le Monde.

THÈME : En 399 avant J.C., le philosophe Socrate est jugé par l'assemblée athénienne et il risque la peine de mort. Il présente son apologie, c'est-à-dire sa défense, dans laquelle il s'efforce de démontrer son innocence. Peine perdue : l'assemblée le condamnera à mort. C'est ce discours de défense que nous rapporte Platon.

COMMENTAIRES : La philosophie, c'est Socrate. Pas Saint-Augustin ni Pascal ni Descartes ni Spinoza ni Marx ni Heidegger. Oui, ça paraît fou, comme ça. Mais c'est ainsi : 25 siècles et des centaines de guerres plus tard, on n'a pas fait mieux que le vieux monsieur à barbe. Les philosophes se sont succédés, Socrate est resté LA référence, et on revient toujours à lui.

Précisons cependant que nous sommes ici devant un cas un peu particulier. En effet, l'Apologie n'est pas un de ces textes où Socrate expose longuement ses théories philosophiques. Il s'agit du discours qu'il prononça devant l'assemblée athénienne pour se défendre des accusations portées contre lui. Difficile, donc, de se replacer dans un contexte aussi ancien, et surtout de prendre conscience qu'il est prononcé devant une foule bruyante : à plusieurs reprises, le philosophe demande aux gens de « cesser de faire du tapage ». Ainsi donc, pas de théories philosophiques : Socrate parle pour tenter de sauver sa peau. Du coup, ce n'est pas un philosophe que nous avons en face, mais un homme. L'homme Socrate. Celui que des siècles de réflexion intellectuelle ont englouti et qui nous réapparaît. Le discours est un mélange d'argumentations, de réponses à des accusations, d'ironies mordantes et... de supplications. Oui, Socrate, le grand philosophe, a peur de mourir, et il supplie les juges (en fait, des membres de l'Assemblée) de l'épargner. On en est tout retourné. C'est donc possible ? Oui, et on se sent plus proche de cet homme si lointain, et on mesure mieux sa grandeur, et on comprend mieux le travail qu'il a dû abattre pour devenir ce qu'il est devenu. Socrate est là, devant nous, et on a envie de lui serrer la main.

L'Apologie est un texte très court et n'importe quelle personne ayant fréquenté l'école primaire peut le lire. Je dis cela pour ceux que la philosophie rebuterait. C'est même la meilleure initiation pour les débutants. En quelques pages, tout est dit, sur la vie, la mort, l'amour, la politique, la religion, les hommes. En fait, toute la philosophie occidentale est là, sous nos yeux, et tout ce qu'on a écrit depuis n'a été qu'une longue étude de l'Apologie.

Et puis, il y a la dernière phrase, celle qui conclut le discours : « Mais voici l'heure, pour moi de mourir et pour vous de vivre. De votre sort ou du mien, je ne sais lequel est le plus enviable. » La plus belle phrase jamais prononcée ? Je le pense, oui.